22/10/2008

Bloquer l’immigration est une utopie

Penser pouvoir bloquer l’immigration est une utopie.

 Paolo Ferrerro, ministre italien de la solidarité sociale  Le Monde, 09 août 2006 

__________________________________________

Le mythe de l’appel d’air

PaJean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme

Les discours refusant la régularisation des sans-papiers cherchent à s’appuyer sur la peur d’une « invasion » et sur le risque d’« appel d’air » que provoquerait une régularisation de grande ampleur. Ces propos sont démentis par les faits : en Espagne, en Italie, au Portugal et en Grèce, des centaines de milliers d’étrangers ont été régularisés par des gouvernements fort divers (Silvio Berlusconi serait-il trop laxiste aux yeux de nos gouvernants ?), sans que des hordes d’immigrants submergent ces pays pourtant « en première ligne » dans la gestion des flux migratoires Sud-Nord.

La vérité est que, régularisation ou pas, l’immense majorité des sans-papiers restera ici, parce que l’avenir de ces femmes, de ces hommes et de ces enfants est ici. La responsabilité des hommes politiques est d’expliquer que c’est une bonne nouvelle pour notre société, et d’accompagner ce fait social et culturel en ne sacrifiant ni le respect des droits fondamentaux de chaque individu, ni la diversité culturelle, ni le légitime débat démocratique sur l’avenir de ce pays.

La vérité est encore que le durcissement des législations relatives à l’entrée et au séjour des étrangers, partout en Europe, conduit non pas à faire baisser le nombre de sans-papiers mais à le faire croître, à fabriquer du sans-papiers à grande échelle, ce qui crée plus de misère et de racisme, tout en entretenant ce que ces législations prétendent combattre.

La régularisation des sans-papiers est aujourd’hui une évidente nécessité, pour faire cesser des situations massives de négation des droits fondamentaux incompatibles avec les normes d’une société démocratique. Elle ne créera en elle-même aucun « appel d’air », mais contribuera au contraire, comme ce fut le cas récemment en Espagne, à faire reculer le travail clandestin et à améliorer la situation financière de la Sécurité sociale.

 

Elle constituerait une rupture bienvenue avec l’exploitation, depuis des décennies, de la peur, des fantasmes et des préjugés qui dressent travailleurs, voire exploités, les uns contre les autres, pour le plus grand profit économique et électoral de gouvernants sans scrupule.


 

Immigration : pour une stratégie européenne

Accompagner plutôt que réprimer

Par Kofi Annan

Si les sociétés européennes relèvent le défi, l'immigration les rendra plus riches et plus fortes. Sinon, le prix à payer pourrait être un niveau de vie en baisse et des dissensions sociales.

Il ne fait aucun doute que les sociétés européennes ont besoin d'immigrants. Les Européens vivent plus longtemps qu'avant et ont moins d'enfants. Sans l'immigration, la population des pays de l'Union, bientôt au nombre de 25, déclinera : d'environ 450 millions de personnes aujourd'hui, elle pourrait tomber à moins de 400 millions en 2050.

L'immigration n'est pas une panacée, mais toute solution à ces problèmes passera nécessairement par elle. (...)

ll n'est donc pas surprenant que - comme les dizaines de millions d'Européens pauvres mais entreprenants qui furent attirés par les promesses du Nouveau Monde - beaucoup voient l'Europe comme un continent aux possibilités illimitées, où une nouvelle vie pourrait commencer.

Tous les pays ont le droit de décider s'ils souhaitent ou non accueillir les gens partis de chez eux, mais les Européens auraient tort de fermer leurs portes. Non seulement cela nuirait, à long terme, à leur situation économique et sociale, mais cela amènerait de plus en plus de gens à essayer de pénétrer sur leur territoire par des moyens détournés (...) et dangereux.

La lutte contre l'immigration clandestine doit s'inscrire dans une stratégie beaucoup plus vaste. Ce qu'il faut, c'est créer de véritables filières d'immigration régulière et chercher à en exploiter tous les avantages, tout en sauvegardant les droits fondamentaux des migrants.

Les migrations peuvent aussi profiter aux pays pauvres. En 2002, au moins 88 milliards de dollars ont été expédiés dans les pays en développement par des migrants. C'est 54 % de plus que le montant de l'aide au développement, qui n'a atteint que 57 milliards de dollars.

(...) Gérer l'immigration, ce n'est pas que ouvrir ses portes et coopérer avec les autres pays. C'est aussi faire en sorte que les nouveaux arrivants puissent s'intégrer. Les immigrants doivent s'adapter à la société qui les accueille, et celle-ci doit s'adapter à eux. Des stratégies d'intégration créatives sont indispensables pour que l'immigration soit un atout, non un fardeau.

Certes, chaque pays voit les choses à travers le prisme de son identité et de sa culture, mais nul ne doit perdre de vue l'inestimable contribution que des millions d'immigrants ont déjà apportée aux sociétés européennes modernes. Sans être célèbres, bien d'autres immigrants apportent leur pierre à l'édifice social. Ils travaillent dans les hôpitaux, gardent les enfants dont les parents travaillent et occupent de nombreux emplois utiles pour lesquels les candidats ne se bousculent pas. L'immigration n'est pas un problème : c'est une solution.

Tous ceux qui ont à cœur l'avenir de l'Europe et la dignité des êtres humains se doivent donc de s'élever contre la tendance qui consiste à attribuer à la présence des immigrés tous les maux dont souffre la société. La grande majorité des immigrants sont travailleurs, courageux et déterminés. Ils ne cherchent pas à profiter du système, ils demandent seulement qu'on leur donne une chance, à eux et à leur famille. Ils ne sont pas des criminels ou des terroristes. Ils ne souhaitent pas vivre à part, mais s'intégrer sans perdre leur identité.

En ce XXIe siècle, les migrants ont besoin de l'Europe. Mais l'Europe a aussi besoin des migrants. Une Europe repliée sur elle-même, ce serait une Europe plus dure, plus pauvre, plus faible, plus vieille. Une Europe ouverte et capable de gérer l'immigration, ce sera une Europe plus juste, plus riche, plus forte, plus jeune.

Kofi Anan, secrétaire général de l'ONU


"En Italie, les clandestins ont afflué malgré des lois restrictives"

Entretien avec Paolo Ferrerro, ministre italien de la solidarité sociale - Le Monde, 09 août 2006

Nous avons eu 520 000 demandes d’embauche de travailleur immigré de la part d’entrepreneurs ou de familles italiennes qui s’engageaient à leur assurer emploi et logement.

Nous avons donné à tous la possibilité d’y accéder. D’autant que la plupart de ces personnes sont déjà en Italie, et  leur dire "non" reviendrait à les maintenir dans l’illégalité.

Le problème est d’établir un rapport avec les pays d’origine, en particulier d’Afrique du Nord, pas d’ériger un mur.

La droite, qui prône une politique de fermeté, a régularisé 700 000 clandestins en 2001 et, aujourd’hui, nous en avons à nouveau 700 000. Cette politique ne fonctionne donc pas. Nous sommes pour une politique plus flexible et peut-être plus risquée.

Les mesures préconisées ne constituent qu’une première étape. La seconde, c’est faire une politique d’inclusion sociale où se retrouvent provenances, cultures et religions différentes. C’est le défi pour l’Europe, aujourd’hui. 


 

L’immigration face aux défis économiques du vieillissement démographique

Xavier Chojnickia, Frédéric Docquier, Lionel Ragota; Janvier2005

IRES - Institut de Recherches Economiques et Sociales http://www.ires.ucl.ac.be/CSSSP/home_pa_pers/docquier/filePDF/CDR_RevEco.pdf  

Les retombées économiques potentielles des politiques de quotas choisis sont largement méconnues. Elles affectent les trois catégories d’acteurs concernées : les migrants, la population des pays d’origine et les natifs dans les pays d’accueil.

2 politiques possibles dans ce cas :

immigration de remplacement : Elle envisage l’immigration nécessaire pour stabiliser la taille de la population en âge de travail avec une structure par qualification de ces immigrés qui suit la tendance actuelle. Nous montrons que l’immigration de remplacement requiert des flux importants et n’engendre que des effets modérés, mais toutefois bénéfiques sur les finances publiques et l’économie.

immigration choisie: Elle envisage les mêmes volumes mais considère que les immigrés additionnels ont les mêmes qualifications que les natifs.

- Une sélection accrue des immigrés permet d’obtenir, à moyen terme (à l’horizon 2050), des effets plus marqués mais d'une ampleur toujours faible comparativement aux changements induits par le vieillissement de la population.

À plus long terme, les bénéfices pour les finances publiques de la politique sélective (immigration choisie) sont inférieurs à ceux de l’immigration de remplacement.

Dans les deux cas, toutes les nationaux voient leur bien-être s’accroître et ceci quel que soit leur niveau de qualification. (infos et document complet :cliquez ici)


                   En mémoire de Josiane Nardi 18 octobre 2008             

Expulsions -

     Josiane Nardi est décédée après s'être immolée par le feu, ce 18 octobre 2008 devant la maison d'arrêt du Mans,

pour protester contre l'expulsion vers l'Arménie de son compagnon sans papiers,incarcéré dans cet établissement.