31.07.2007
VICTOIRE DES SANS PAPIERS et défaite de l'état
Sur un total de 13 enfants recensés hier dans les cellules voisines de celle d'Angelica au centre fermé ;
(information obtenue en communiquant à travers les barreaux avec les détenus)
il y a :
- Une famille de 3 enfants, dont un malade de 8 ans.
- 2 philipins de 2 et 6 ans
- Un petit népalais avec ses parents enfermés depuis 23 jours, il a 2 ans.
- Une femme enceinte de 4 mois.
- 2 jumeaux ( d'un an et demi), tchétchènes. Enfermés depuis 2 semaines.
Cette liste sera déposée au cd&v ce matin lors de la manifestation devant le siège du parti à 11h30.
- A 13h nous irons receuillir pplus d'informations au 127 bis en parlant avec les prisonniers.
Rassemblement au siège du CD&V
La victoire de Angelica et Anna est celle de toute les personnes sans papiers. Merci aux innombrables solidarités qui se sont jointes à cette lutte.
Ce mardi 31 juillet, l'UDEP sera reçue par le CD&V afin de lui présenter ses recommendations en matière de politique de régularisation.
La question des migrants sans papiers se trouvant sur le territoire belge étant à l'agenda des négociations de ces prochains jours, l'UDEP continue le tour des différents partis politiques dans le but qu'ils entendent les propositions des personnes sans papiers de Belgique.
L'UDEP tentera de tirer les conclusions de l'affaire Angelica avec le CD&V, le cas de Angelica et sa mère étant en totale contradiction avec la politique d'immigration proposée par le CD&V, étant donné que le parti ne prévoit à ce jour aucune mesure de régularisation pour les personnes n'ayant jamais introduit de demande et du fait que ce parti ne prévoit ni la suppression des centres fermés, ni l'abolition de l'incarcération des enfants sans papiers.
L'UDEP remettra au CD&V la liste des enfants incarcérés au centre 127 bis en ce moment.
Cette rencontre aura lieu à 11h au 26 rue de la loi.
Tél de contact 0472/ 89 59 61
30.07.2007
Infos à vérifier 15h15:
Des médicaments auraient été administré à Angelica ce matin.
Infos confirmées:
Angelica et sa mère ont été séparées, la mère menottées jusqu'au coup (l'avocat), et jettée dans les cellules du centre Inads de l'aèroport.
Le consul qui a vu Angelica, dit qu'elle sera emmenée à Amsterdam en voiture.
La maltraitance de la mère d'Angelica, confirmée par le médecin qui a fait une ordonnance sur des coups probants aux jambes et aux doigts.
On a tenté d'administrer des médicaments à Ana et Angelica.
Une vingtaine de personnes de l'Udep et de l'Assemblée des voisins se sont rendue ce matin (10h) au siège du MR afin de l'interpeller sur le cas d'Angelica et sur sa position dans ce dossier. Le MR a refusé de recevoir une délégation, prétextant que personne ne pouvait nous recevoir. Nous sommes revenus 2h plus tard et avons envahi avec une quinzaine de personnes le hall du MR, exigeant cette fois ci d'être reçu sans plus attendre vu les nouvelles alarmantes sur Angelica nous parvenant de toutes parts. Après un appel à la rédaction du JT de la RTBF, le MR a finalement dépêché quelqu'un pour nous recevoir, en la personne de Johanna Delaunoy, attachée de presse du président du MR.
Qui a confirmé la position du MR dans cette affaire, à savoir qu'il soutiennet Mr De Wael dans sa position et qu'ils estiment que Mr De Wael est habilité en tant que ministre démissionnaire, à se prononcer dans cette affaire et qu'il a la légitimité pour prendre une décision politique dans ce dossier pourtant hautement politisée et malgré le fait qu'un gouvernement en affaires courantes n'a pas à prendre de décision politique.
Une manifestation se tiendra devant le siège du parti de Mr De Wael ce Jeudi à Bruxelles afin d'exiger qu'il se déssaisisse de cette affaire et la laisse à l'appréciation du futur ministre de l'intérieur, habilité à prendre une décision et à se prononcer dans cette affaire.
Infos à vérifier 15h15:
Des médicaments auraient été administré à Angelica ce matin.
Infos confirmées:
Angelica et sa mère ont été séparées, la mère menottées jusqu'au coup (l'avocat), et jettée dans les cellules du centre Inads de l'aèroport.
Le consul qui a vu Angelica, dit qu'elle sera emmenée à Amsterdam en voiture.
La maltraitance de la mère d'Angelica, confirmée par le médecin qui a fait une ordonnance sur des coups probants aux jambes et aux doigts.
On a tenté d'administrer des médicaments à Ana et Angelica.
URGENT
URGENT
Les avocats ont déposés une requête unilatérale dès à présent pour Angelica et sa mère.
Ont apprend des avocats qu'elles ont été séparées et droguées -
avocat néerlandophone 0476 947 258 ivo Flachet
La famille est sur place. L'Udep dénonce et condamne ces pratiques illégales et odieuses. Indignes d'un état de droit et montre l'état de non-droit dans lequel se trouve les sans papiers en Belgique.
Il est temps que les partis politiques prennent leurs responsabilités, le rêve naîf d'Angelica de rentrer à l'école flamande de St-Jos en septembre est en train de virer au cauchemard - responsable - Mr DeWael - Qui a maintenant clairement montré sa position politique dans cette affaire.
COURAGE Angi, on fait tout ce qu'on peut pour t'aider. On voudrait te dire qu'on les laissera pas te faire du mal, malheureusement on ne peut pas te protéger d'eux.
il est 10 : 58
11 : 00
La femme du président Correa est sur place.
11:05
La famille est sur place.
29.07.2007
L'UDEP INTERPELLE LE MR
Dans la même perspective, un rassemblement sera organisé mardi 31 juillet
28.07.2007
PERSCONFERENTIE / CONFERENCE DE PRESSE - ANGELICA
- De zaak van Angelica is moet door de nieuwe minister worden behandeld
| Réponse des papas de Angelica et de leur conseillers : |
27.07.2007
A l'appel de l'UDEP, de la ligue des droits de l'homme, du mrax, du ciré,...
Melsensstraat 34
B-1000 BRUSSEL
contact@openvld.be (par la poste c'est beaucoup plus fort évidemment)
En 2006, plus de 700 enfants ont été envoyés dans les centres fermés par l'office des étrangers, dirigé par Mr De Wael.
Le centre fermé 127 bis où est incarcérée Angelica est l'un de ceux qui a le régime carcéral le plus dur en Belgique. Une enfant n'a rien à faire là!
Ce Lundi, la famille d'Angelica ira personnellement porter sa requête au palais Royal. Laissons donc vivre Angelica loin de cette prison et près de sa famille, en Belgique. C'est si précieux l'enfance. Chaque année pendant les vacances en Belgique, nous découvrons le drame d'un enfant, cette année nous avons la chance de pouvoir réparer ces drames. Pensons-y!
Ministres interpellés à Val Duchesse
Ce vendredi 27 juillet à 9h00 à Val Duchesse, l'Union de défense des personnes sans papiers (UDEP) et la Ligue des Droits de l'Homme rejoints par d'autres associations ont remis aux partis politiques démocratiques de Belgique l'appel lancé pour la libération d'Angelica Cajamarca détenue au centre fermé 127bis depuis bientôt un mois. Mr De Wael s'en est montré très gêné et s'est réfugié une fois de plus derrière son administration et sa grande voiture. C'est pourtant lui qui donne les ordres à son administration et non le contraire. Le pouvoir discrétionnaire des ministres lui permet de faire libérer Angelica sur l'heure s'il le souhaite et lui donner une chance de grandir en Belgique. Sa mère a déjà une promesse d'embauche et le consul lui même a proposé de les prendre chez lui! (voir lettre) Ses avocats ont introduit un pourvoi en cassation et préparent le mémoire, le délégué aux droits de l'enfant a rendu visite à Angelica aujourd'hui et nous a promis qu'il ferait tout ce qui est en son pouvoir (cela pourrait retarder l'expulsion), Joelle Milquet ce matin s'est engagée dans le même sens.
Toutes ces démarches sont infiniment louables et utiles, mais seules elles n'empêcheront pas de libérer Angelica. Ecrire à Monsieur De Wael via le siège de son parti peut s'avérer très utile! Merci à vous tous qui entendez cet appel.
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zaterdag 28-07 samedi
28 juillet 2007
- De zaak van Angelica is moet door de nieuwe minister worden behandeld
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26.07.2007
APPEL AUX PARTIS DEMOCRATIQUES- OPROEP
à Monsieur Yves Leterme
Formateur
Angelica peut elle vivre parmis nous?
Je vous écrivais le 20 juillet dernier pour vous exprimer mon inquiétude face à l'enfermement de la mineure Angelica Loja Cajamarca, Equatorienne agée de 11 ans, au centre 127bis à Steenockerzeel, et je vous faisais part de mon indignation face à son enfermement, contraire aux Droits de l'Enfant, Convention souscrite par la Belgique;
Vous n'êtes pas sans savoir que l'internement, la mise derrière des barreaux et toute autre forme de réclusion de mineurs est parfaitement contraire à cette convention souscrite par la Belgique.
Je m'étonne dès lors, Monsieur le Formateur, que non seulement cette situation perdure, mais qu'apparemment ceci se passe avec le consentement du Gouvernement et des autorités Belges, garantes du respect et des valeurs démocratiques auxquelles a souscrit le pays par mandat des citoyens qui les ont élus.
Je ne pense pas qu'une enfant de 11 ans puisse constituer une menace pour la sécurité du pays. Je ne conçois pas que nos autorités puissent agir à l'encontre des conventions auxquelles elles ont souscrit.
La petite Angelica a suivi l'école en Belgique depuis la première primaire. Je ne pense pas qu'elle ait jamais perturbé par sa présence "illégale" sur le territoire Belge, l'ordre public.
Monsieur le Formateur, je vous propose; afin de permettre à cette jeune fille de poursuivre paisiblement et hors toute forme d'enfermement et de litige juridique qui ne concerne que les adultes, un séjour serein en attendant un examen également serein et tranquille de l'examen de son dossier et de celui de sa maman, de m'offrir à l'accueillir au sein de ma famille, elle et si possible sa maman, où, j'en suis certain, l'une et ou l'autre seront dans des conditions plus convenables que dans un centre fermé.
J'ose espérer, Monsieur le Formateur, que dans vos hautes responsabilités vous pourrrez faire entendre raison en ce qui concerne le respect pris par la Belgique en matière de Droits de l'Enfant et que vous permettrez à Angelica et à sa maman de résider paisiblement dans notre pays. Vous pouvez compter sur mon entier dévouement pour la recherche d'une solution humaine et respectable à cette malheureuse affaire.
Je vous prie de croire, Monsieur le Formateur, en l'expression de mon plus profond respect.
Philippe van Heurck
Consul Honoraire de l'Equateur
Bravo pour votre courage monsieur le consul!
Et pour Anji, merci. Vous êtes resté humain dans ce monde de considérations purement politiques et pragmatiques où les valeurs humaines semblent ne plus avoir de place.
Wij zeggen “neen” tegen de opsluiting van kinderen !
Kinderpsychiaters en gespecialiseerde verenigingen starten een petitie op om de regering te vragen een einde te maken aan de opsluiting van vreemdelingenkinderen.
Het aantal opgesloten vreemdelingenkinderen in gesloten centra is het laatste jaar blijven groeien. Naast de centra 127 en 127 bis bij de luchthaven van Zaventem vangen sinds 2006 ook de centra van Vottem en van Merksplas kinderen met hun gezinnen op en soms niet-begeleide kinderen. Sommige weken werden er tot 70 opgesloten kinderen geteld. Hun opsluiting duurt soms meerdere maanden.
Meer dan 100 Belgische beroemdheden, waaronder universitairen, artsen, vakbondsvertegenwoordigers, advocaten, vertegenwoordigers van verschillende religies en kunstenaars hebben de oproep van de kinderpsychiater Jean-Yves Hayez, van de kinderpsychologe Francine Dal en van gespecialiseerde verenigingen (CIRE, Vluchtelingenwerk Vlaanderen, Jesuit Refugee Service Belgium) beantwoord om de petitie « Wij zeggen « neen » tegen de opsluiting van kinderen ! » te ondertekenen.
In deze oproep wordt opnieuw bevestigd dat detentie ernstige psychologische schade oplevert bij opgesloten kinderen. Alle burgers die hun afkeuring van detentie voor minderjarigen in gesloten centra willen kenbaar maken, kunnen dit doen door de petitie on-line te ondertekenen of te downloaden op de website http://www.cire.irisnet.be/opgeslotenkinderen
L'Appel d'Angelica
Nb ; Angelica et sa mère vivent depuis 4 ans en Belgique, à St-Jos où Angelica va à l’école. Les 2 frères d’Angelica et son père vivent également à Bruxelles. L'originale de cette lettre a été remise à son avocat.
Ik schrijf naar jullie omdat ik ben opgesloten tijdens mijn vakantie en dat doet mij pijn.
Ik begrijp niet waarom ik mag niet naar buiten kan gaan om te spelen met mijn vrienden.
Ik ben triestig. Op zaterdag (30 juni) toen ik de bus 116 naar Dilbeek wou nemen, heeft de politie onze papieren gevraagd en gecontroleerd. Ik was nerveus en bang omdat we moesten in de auto stappen en een controle doen (!). Nadien moesten wij naar een donkere en lelijke kamer zonder venster binnengaan. Mijn mama was zeer nerveus en ze weent veel omdat ze naar buiten wou en ze was bang dat de politie ons naar Ecuador zou terugbrengen. Ik was ook bang !
Ik voelde me niet goed en wou mijn familie hier zien. Ik heb geen familie in Ecuador. Mijn enige familie is in Brussel. En als we terugkeren naar Ecuador , zal ik moet werken om Mama te helpen en ik zou graag iemand worden in mijn leven!
Ik weet dat jullie zullen iets doen voor onze vrijheid,
ik ben bang dat ik moet naar Ecuador terugkeren.
Help mij aub, ik heb vrienden op school en ook een Papa, en het is de enige papa die ik heb. Laat me niet zonder mijn eigen Papa aub !
Deze morgen, als ik wakker was, was ik ziek, ik heb koorts, ik heb hoofdpijn.
Bedankt voor u begrip,
Angelica"
-
voir aussi Condamnation de la Belgique par la Cour européenne des droits de l'homme soulignant le mépris, le traitement inhumain et dégradant avec lequel l'Office des étrangers traite les migrants en Belgique. Condamnation spécifiant notamment que le régime carcéral des centres fermés en Belgique ne peut être destiné aux enfants ( 12 octobre 2006 ). La maltraitance, les conditions de détention et le régime des centres fermés ont été dénoncés à maintes reprises par les organisations de défense des droits de l'homme ( Amnesty, Comité européen pour la prévention de la torture, Mrax, Ligue des droits de l'homme…).
Centres fermés - Camps de la honte
ER IS GEEN WEG TERUG:
EEN ANDERE MIGRATIEPOLITIEK IS NOODZAAK
Opsluiting van de Ecuadoriaanse Angelica en haar moeder toont glashelder de mankementen in het beleid, zegt KMS.
Brussel, 28 juli 2007 - Kerkwerk Multicultureel Samenleven (KMS) uit haar bezorgdheid over het lot van de Ecuadoriaanse Angelica en haar moeder, en tegelijk over dat van enkele duizenden clandestiene werknemers en hun families uit Latijns-Amerika, Azië en Afrika die in België verblijven. De vermoedelijke repatriëring van de twee Ecuadoriaanse onderdanen is een illustratie van de mankementen in het actuele migratie- en vreemdelingenbeleid. Het nieuwe regeerakkoord kan niet anders dan resoluut voor een andere aanpak te kiezen.
KMS wijst er op dat op elk ogenblik - ook bij de toepassing van een wet - de menselijke waardigheid moet blijven primeren. KMS stelt vast dat er in de samenleving, het maatschappelijk middenveld en ook bij partijen die aan de regeringsonderhandelingen deelnemen, een uitgesproken tendens bestaat om het migratiethema, het regularisatiebeleid en de aanpak van de oorzaken van vluchten en migratie uit nood, op een andere leest te schoeien. De organisatie pleit er dan ook voor dat beslissingen in deze en andere situaties zouden worden genomen vanuit het toekomstperspectief van de betrokkenen. In het bijzonder van de minderjarigen. KMS stelt voor dat we ons meer vragen durven stellen over onze huidige handelwijze in zo'n situaties, dan te denken dat alles goed geregeld is.
De eerste vraag die zich opdringt - ook bij een repatriëring - is niet alleen: 'Zijn we in orde met de vreemdelingenwet?', maar ook: 'Wat is de zin en de betekenis van onze wetten en van deze uitwijzing?'. De tweede vraag is niet: 'Hoe kunnen we ze zo snel mogelijk terugsturen?', maar wel: 'Vermits we zelf toegeven dat deze immigranten misbruikt worden als goedkope werkkrachten in huishoudens in Brussel: is het Belgische arbeidsrecht gerespecteerd? Heeft deze vrouw haar wettelijk loon gekregen?'. De derde vraag is niet: 'Hoe boeken we het snelst een retourvlucht naar Ecuador?' maar wel: 'Wat kunnen de Belgische en Ecuadoriaanse regeringen en niet-gouvernementele organisaties doen om de talloze migraties uit nood om te keren en zinnige projecten te ontwikkelen waar alle partijen iets aan hebben?'.
Duizenden clandestiene families werken in Brussel en andere steden in de schoonmaak, de kinderoppas, de horeca, bij het optrekken van gebouwen,...ten gunste van al wie hier woont, consumeert, werkt, schoolloopt of geniet van de vrije tijd. Deze immigranten zijn in de eerste plaats werknemers en verdienen volgens de Uno-Conventie 158 (1990) bescherming. Deze werkende families uit Ecuador, de Filippijnen, en andere landen krijgen geen kans of hebben het geloof verloren om tot ontplooiing te komen in hun herkomstland. Een sterk beleid van ontwikkeling, eerlijke handel met en bevordering van sociale bescherming in de landen van herkomst én de creatie van legale migratiemogelijkheden, zijn de enige uitwegen om het menselijk leed dat we vandaag meer en meer ontdekken, te vermijden. Dat is niet alleen een boodschap voor de nieuwe regering, maar ook voor de ontwikkelingsorganisaties, de vakbonden en werkgeversfederaties.
KMS doet een dringende oproep om niet blind te blijven voor deze realiteit. Het is de gemeenschappelijke verantwoordelijkheid van Noord en Zuid om de noodkreet - die deze migratie is - ernstig te nemen. Het Noorden staat daarbij in het krijt bij het Zuiden. Een humaan vreemdelingenbeleid is één van hefbomen om te bouwen aan een meer rechtvaardige wereld. KMS deed daartoe n.a.v. de verkiezingen beleidsvoorstellen en sluit zich aan bij de brede beweging van het Forum Asiel en Migraties.
KMS/Kerkasiel.anders denkt tenslotte dat het zinniger en effectiever is deze moeder en haar kind vrij te laten. Zodoende kan ze de kans grijpen om - in het kader van een nieuw beleid - haar zaak voor te leggen aan een onafhankelijke commissie en werk te maken van een zinnig traject voor haar toekomst, die van haar dochtertje en van haar lotgenoten.
contact: Didier Vanderslycke telefoon:0478/234564.
De advertentie van De Beweging voor Kinderen Zonder Papieren werd met 24 anderen genomineerd door De Standaard Solidariteitsprijs 2007. Op 16/07 verscheen deze advertentie paginagroot. Worden de Kinderen Zonder Papieren voor één keer winnaar en krijgen wij nog vier keer publiciteitsruimte?
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Le « centre de rapatriement 127 bis » (Steenokkerzeel)
(source; Centres fermés: État des lieux - par Ciré, LDH,...)
Ce centre se situe à Steenokkerzeel, à 400 mètres d’un tunnel passant sous une des pistes de l’aéroport de Bruxelles. Il est entouré de deux rangées de barbelés. Le centre est constitué de
deux bâtiments en dur. S’y trouve aussi la cellule d'isolement disciplinaire. Au-delà d’une cour intérieure, et derrière des rangées de treillis surmontés de fils de fer barbelés à 5 mètres de hauteur, on entre dans le deuxième bâtiment, réservé aux détenus.
À chacun des deux étages de ce bâtiment, il y a 2 ailes, séparées par un palier central, d’où les gardiens peuvent surveiller le corridor de chaque aile à partir d’une baie vitrée. A gauche
et à droite du corridor, on trouve d’abord, se faisant face, le local pour les fumeurs et le bureau de l’aile. Ensuite, la salle à manger (qui est aussi la salle commune, souvent bruyante), les toilettes et douches, puis, se faisant face également, 6 chambres contenant 2
lits superposés, pas d’armoire mais une étagère, des chaises, et au fond une fenêtre étroite avec barreaux.

Une des ailes du rez-de-chaussée est normalement inoccupée. Elle ne sert que pour isoler des détenus, et de temps en temps pour y loger durant une nuit des personnes en provenance d’autres pays ou d’autres centres, avant le départ d’un vol charter sécurisé en vue de rapatriements groupés. La capacité du centre, calculée sur l’utilisation normale de trois ailes sur quatre, est de 120 places.
Deux de ces trois ailes sont prévues pour des familles, et pour des femmes seules ou avec enfants. On trouve dans le centre des personnes prises sur le territoire en situation irrégulière,
des réfugiés déboutés, mais aussi des demandeurs d’asile encore en procédure, et notamment parmi ces derniers, des gens en attente de « reprise Dublin » par un autre pays de l’Union
Européenne. A titre d’exemple : mi mai 2006, il y avait 122 personnes au total. Sur le nombre total de personnes détenues dans l’aile affectée aux familles, soit 80 personnes, étaient détenus 30 mineurs, le plus souvent en bas âge.
La promiscuité insoutenable, le bruit, les pressions diverses, l'univers carcéral et la coexistence entre détenus font que les détentions, parfois très longues (dans certains cas plus de 5 mois), sont difficiles à supporter.
Conséquences médicales et psychologiques de la
détention
L’article 5 de la Convention européenne des droits de l’homme stipule que « toute personne a droit à la liberté et à la sûreté. Nul ne peut être privé de sa liberté, sauf dans les cas suivants et selon les voies légales... »
La Convention énonce un droit fondamental : la liberté est la règle, l’enfermement l’exception. La privation de liberté est une épreuve très lourde. Or, des personnes sont enfermées, dans le cadre du contentieux des étrangers, au motif qu’on leur interdit l’entrée sur le territoire, ou parce qu’elles n’ont plus les papiers nécessaires et doivent être expulsées.
La législation belge autorise l’enfermement dans le but d’organiser l’expulsion.
Il est important de souligner ici que ces étrangers sont enfermés pour le seul motif qu’ils séjournent « illégalement » dans le pays. Rien ne leur est reproché pénalement. Ils n’ont pas commis d’infraction. Ils sont détenus pour des raisons purement administratives.
Nos visites hebdomadaires dans les centres fermés en Belgique et nos contacts avec des personnes détenues nous permettent d’affirmer que la privation de liberté sur décision administrative et les conditions de l’enfermement ont un impact sur la santé physique et psychologique des migrants.
source; Centres fermés: État des lieux

L'évasion des prisonniers
UDEP Bruxelles - Frères de sans
Evasion au 127 bis
Nous vous appelons à venir creuser un tunnel ce samedi 21 juillet au centre fermé 127 bis, afin d’organiser l’évasion des personnes sans papiers qui y sont détenues, munissez vous chacun d’une petite cuillère.

En declaraciones a Efe, el Chileno-Belga Gerardo Cornejo, portavoz de la Unión de Defensa de los Sin Papeles (UDEP), afirmó que se trata de “un caso inhumano”, en cuya protesta tomaron parte “unos cincuenta inmigrantes latinoamericanos y un buen número de ciudadanos belgas".
En la manifestación ante el centro también participaron varias asociaciones defensoras de los inmigrantes, miembros del Partido Socialista francófono y del ecologista Ecolo.
La niña ecuatoriana Angélica Cajamarca, de 11 años, y a su madre, Ana Elizabeth Cajamarca Arízaga, permanecen internadas y con una orden de expulsión desde hace dos semanas, cuando fueron detenidas por haber residido irregularmente en Bélgica desde 2003.
Ambas denunciaron estar encerradas “como criminales”, tal y como dijo la pequeña en una carta que remitió a los medios de comunicación del país el pasado lunes, en la que denunciaba su encierro y decía sentir “miedo” por la expulsión.
La niña pide no ser expulsada del país porque Bélgica es “su casa”, en la que estudia y donde tiene a su padre y a sus amigos.
Durante la protesta ante el centro y sirviéndose de una cuchara, cada uno de los asistentes simularon cavar un túnel para devolver la libertad a la pequeña y a su madre, en una iniciativa impulsada por la UDEP.
Correa: es una “infamia”El presidente ecuatoriano, Rafael Correa, calificó como una “infamia” la detención de la mujer emigrante ilegal y su hija en Bélgica, y criticó el endurecimiento de las leyes migratorias en la Unión Europea (UE).
“Con consternación vimos cómo la Unión Europea ha endurecido sus leyes migratorias, olvidándose de que ellos (los europeos) fueron de una región de emigrantes y que América Latina recibió millones de inmigrantes de Italia, de España, de los Países Bajos”, entre otros, afirmó Correa en su habitual programa radial sabatino. Se refirió al caso de la ecuatoriana Ana Cajamarca y su hija Angélica, de 11 años, a las que visitó el miércoles pasado en una prisión cerca de Bruselas, durante una visita privada a Bélgica. “¡Qué infamia, qué insulto a la dignidad humana! ¿Cómo se puede concebir que haya seres humanos ilegales y por eso se castigue con prisión?”, se preguntó Correa.
POURQUOI REGULARISER LES PERSONNES SANS-PAPIERS
Par Georges-Henri Beauthier, Annabel Belamri, etc, Monday, Jul. 23, 2007 at 1:52 PM |

DROITS DE L'ENFANT EN BELGIQUE?
Il semble qu'en Belgique, tous le monde ne soit pas égal devant la loi, une personne, si elle est sans papiers, est pratiquement privés de tous droits, même Marc Dutroux a des droits qu'Angelica et que les enfants sans papiers n'ont pas.
Pourtant eux n'ont commis aucun crime.
Même à Guantanamo, on n'incarcère pas des enfants.
Il semble qu'en Belgique il y ait deux catégories d'êtres humains...
Ceux dont on respecte les droits et ceux dont on les viole.
Angélica y Ana pueden ser deportadas mañana
Hola Gerardo
Según el abogado, Angélica y Ana pueden ser deportadas mañana, o
cuando la la la posibilidad en un avión se presente. Aunque el abogado
no cree, que las autoridades del centro lo hagan, la ley no les impide
hacerlo tampoco.
Como se puede estar al tanto de una posible expulsión inesperada?
Saludos
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Hola
mira, tenemos que estar muy atento y listo para ir al aeropuerto de un dia pa l'otro.
Asi que dejame tu telefono(gsm), y el dia que te llamemos o te mandemos un mensanje, venga si puede coriendo a zaventem (te dire la ora) para hablar con los passajeros del vuelo haciendo la cola y convencerlos que no dejen que expulsen a Angelica y su mama. Venceremos, terminaremos con esta deverguenza.
Ecuadoraanse president bezoekt 127 bis
et le triste centre 127 bis
- Le président de l'Equateur Rafael Correa, s'est rendu au 127 bis rencontrer Angelica et sa mère avec une délégation de l'Udep Bruxelles (De Standaard, 2007.07.20), Le président Correa s'est dit outré et choqué qu'existe pareille violation des droits de l'homme en Belgique !
- D'autre part, l'appel aux bourgmestre à la désobéissance civile en Flandre, marque une augmentation de l'indignation face aux traitements inhumains réservés aux migrants en Belgique.
Le président de l'Equateur visite Angelica
Mis en ligne le 20/07/2007 à 08:46
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Comité Tegen Armoede aan de heer Yves Leterme/ reproduit ici le texte de Laurent Lévy : La «gauche», les Noirs et les Arabes
Ik schrijf naar jullie omdat ik ben opgesloten tijdens mijn vakantie en dat doet mij pijn.
Ik begrijp niet waarom ik mag niet naar buiten kan gaan om te spelen met mijn vrienden.
Ik ben triestig. Op zaterdag (30 juni) toen ik de bus 116 naar Dilbeek wou nemen, heeft de politie onze papieren gevraagd en gecontroleerd. Ik was nerveus en bang omdat we moesten in de auto stappen en een controle doen (!). Nadien moesten wij naar een donkere en lelijke kamer zonder venster binnengaan. Mijn mama was zeer nerveus en ze weent veel omdat ze naar buiten wou en ze was bang dat de politie ons naar Ecuador zou terugbrengen. Ik was ook bang !
Ik voelde me niet goed en wou mijn familie hier zien. Ik heb geen familie in Ecuador. Mijn enige familie is in Brussel. En als we terugkeren naar Ecuador , zal ik moet werken om Mama te helpen en ik zou graag iemand worden in mijn leven!
Ik weet dat jullie zullen iets doen voor onze vrijheid,
ik ben bang dat ik moet naar Ecuador terugkeren.
Help mij aub, ik heb vrienden op school en ook een Papa, en het is de enige papa die ik heb. Laat me niet zonder mijn eigen Papa aub !
Deze morgen, als ik wakker was, was ik ziek, ik heb koorts, ik heb hoofdpijn.
Bedankt voor u begrip,
Angelica"
L'Udep reproduit ici le texte de Laurent Lévy : La «gauche», les Noirs et les Arabes. Nos frères avec ou sans papiers engagés pour la justice sociale reconnaîtront et trouverons ici des armes d'action et de réflexion à notre combat contre l'état d'esclaves modernes dans lequel nous maintient la droite comme la gauche, sous les arguments d'un racisme respectable.
Laurent Lévy
La «gauche»,
les Noirs et les Arabes
© La Fabrique éditions, 2010
Conception graphique :Jérôme Saint-Loubert Bié révision du manuscrit :Valérie Kubiak Impression : Floch, Mayenne
ISBN: 978-2-91-3372-004-5 La Fabrique éditions 64, rue Rébeval 75019 Paris. lafabrique@lafabrique.frSommaire
Introduction — 9
I. Prologue : Une surprise politique — 13
II. Les termes du débat
1. Les grands principes du parti
prohibitionniste —24
2. L’argumentation féministe — 38
3. L’argumentation théologico-politique — 51
III. Les acteurs du débat
1. Les « islamogauchistes » — 66
2. Les courants politiques — 83
IV. « Combien de divisions ? » — 127
Introduction
Je ne suis pas venu vous apporter la paix,
je suis venu vous apporter le glaive […].
Je sèmerai la discorde dans les familles.
(‘Issa ben Youssef)
Sur un mur apparemment lisse, une lumière rasante
peut révéler une ligne de fracture autrement invisible.
En France, une telle ligne de fracture divise ce que l’on persévère à appeler «la gauche». C’est cette fissure irrégulière, souvent méconnue et à l’occasion occultée, cette ligne de fracture aux contours complexes que l’on se propose ici de mettre en évidence et d’analyser, en tâchant d’en montrer la matérialité et d’en évaluer les enjeux.
Le rôle de la « lumière rasante» a d’abord été joué par le débat auquel a donné lieu l’affaire qui a mobilisé les médias et le petit monde de la politique entre 2003 et 2004, à savoir la question du «foulard» et de sa prohibition à l’école
1. Il peut sembler étrange9
1.
Sur l’ensemble de cette question, voir en premier lieu la remarquable synthèse publiée par Saïd Bouamama immédiatement après le vote de la loi « antifoulard » du 15 mars 2004, L’affaire du Foulard islamique. La production d’un racisme respectable, Le Geai Bleu, 2004, préface de Pierre Tevanian. L’ouvrage le plus complet sur la question, richement documenté et argumenté est certainement l’oeuvre de l’historienne féministe américaine Joan Wallach Scott, The Politics Of The Veil, Princeton University Press, 2007. Voir également, sous la direction de Charlotte Nordmann, Le Foulard islamique en questions, Amsterdam, 2004; Pierre Tevanian, Le Voile médiatique, Raisons d’agir, 2005 ; id., La République du mépris, La Découverte, 2006 ; Anna-Maria Rivera, La guerra dei simboli, Dedalo, 2005; Collectif sous la direction de Marc Jacquemain et Nadine Rosa- Rosso, Du bon usage de la laïcité, Aden, 2008. Adde Alma et Lila Lévy, Des filles comme les autres, La Découverte, 2004, préface de Yves Sintomer et Véronique Giraud. Le superbe film documentaire Un racisme à peine voilé, de Jérôme Host, fournit de bonnes bases de compréhension ; ce film est disponible, en accès libre, sur Internet.d’y revenir aujourd’hui dans la mesure où la totalité des arguments rationnels qui auraient dû conduire à écarter la prohibition avaient été exposés par de nombreux intervenants dès l’automne 2003
Mais ce qui a empoisonné ce débat est précisément le fait qu’il ne s’est pratiquement jamais situé sur le terrain de l’argumentation rationnelle. Il a au contraire déclenché toutes les passions2, surprenant les militantes et les militants de « la gauche » dans son ensemble, et singulièrement de la « gauche de gauche » ou gauche radicale, qui découvraient soudainement qu’au-delà de ce qui les réunissait, ils étaient divisés sur des questions décisives.
Les mêmes mots prenaient tout à coup des sens différents et les alliés d’hier découvraient entre eux des gouffres d’incompréhension. 10 la «gauche», les Noirs et les Arabes 1. 2. plongeaient leurs racines dans l’histoire politique et sociale de la France. L’onde de choc de cette affaire s’est prolongée au cours de l’année 2005 avec la réception à gauche du texte connu sous le nom d’«Appel des Indigènes de la République ». On a vu à cette occasion, de manière parfois plus violente encore, se dessiner les mêmes clivages. Puis, à partir de la mi-2005, en particulier à l’occasion du référendum sur le projet de traité constitutionnel européen qui a donné lieu à une campagne résolument unitaire des différents courants de la gauche radicale, les blessures causées en son sein se sont peu à peu cicatrisées et la fracture est redevenue presque invisible, au point d’en être souvent oubliée. Ce livre se propose d’examiner les termes et les enjeux de ces débats des années 2004 et 2005, tant d’une manière générale qu’au sein des principales composantes de la gauche radicale Outre les différents «courants», il sera d’ailleurs souvent nécessaire de se pencher sur l’attitude d’individualités particulières tant il est vrai que, dans ces débats, presque aucun courant politique n’a eu un comportement ou une «ligne» homogène. 11 Introduction 1. prenante de certaines mouvances et initiatives qui relèvent de ces courants. Il a par ailleurs été membre du « Collectif une école pour toutes et tous » à partir de 2003 et a contribué en 2005 au lancement de l’appel dit « des Indigènes de la République ». Il tire de ces expériences une part des éléments d’information et de réflexion mis en oeuvre dans le présent livre. Naturellement, il porte seul la responsabilité de ses analyses, qui n’engagent aucun des mouvements auxquels il appartient ou a pu appartenir – et dans lesquels il connaît des militants qui ne les partagent pas. qu’ils ne recoupent aucun de ceux auxquels on est accoutumé. Ainsi, on n’a pas retrouvé dans les mêmes «camps» celles et ceux qui partageaient les mêmes conceptions générales ou les mêmes stratégies ou tactiques politiques. Il semble au contraire qu’à de rares exceptions près, chaque courant, chaque organisation, chaque mouvance ait été affecté par cette « fracture », à un degré ou à un autre. Ce qu’aura révélé l’affaire du foulard, puis celle de l’Appel des Indigènes de la République, c’est le caractère pluridimensionnel de la « gauche » – chaque dimension étant potentiellement lourde de divisions particulières – c’est aussi la conception même de la politique dont ces différentes postures étaient porteuses, explicitement ou implicitement. 12 la «gauche», les Noirs et les Arabes I. Prologue: une surprise politique C’est un simple fait divers qui a déclenché l’explosion du débat sur « le foulard ». Jusque-là plus ou moins souterrain, ne suscitant que peu d’intérêt dans le public, il s’est emballé avec la médiatisation de « l’affaire d’Aubervilliers». Au lycée Henri-Wallon, un certain nombre de jeunes filles se sont présentées à la rentrée scolaire de septembre 2003 la tête couverte d’un foulard porté pour respecter leurs convictions religieuses musulmanes. La réaction violente du corps enseignant et diverses pressions exercées sur et par les parents ont conduit à ce qu’après une semaine, il n’en reste que deux, Lila et Alma, respectivement âgées de 18 et 16 ans. Ces deux enfants étaient celles de l’auteur. Qu’il lui soit donc permis, puisqu’il devra solliciter son propre témoignage, d’écrire ce prologue à la première personne du singulier. Situé dans la « petite couronne » de Paris, le lycée Henri-Wallon est un microcosme politique significatif. On y compte ainsi, pour ne parler que de «la gauche», des enseignants socialistes, communistes et d’extrême gauche. Alma avait par exemple pour professeur principal un membre du bureau politique de la LCR, aujourd’hui l’un des principaux animateurs du NPA, Pierre-François Grond. L’équipe enseignante comportait également, outre d’autres militants de ce même parti, un responsable national de Lutte ouvrière, 13 Georges Vartaniantz, et d’autres membres de cette organisation. Un ancien président de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), passé du trotskisme lambertiste au parti socialiste, Philippe Darriulat, était lui aussi professeur dans l’établissement. Les problèmes avaient commencé dès le mois de février, lorsque Alma, seule des deux soeurs alors inscrite dans ce lycée, s’était mise à porter le foulard au terme d’une longue démarche personnelle l’engageant dans la religion de sa famille maternelle. Le proviseur m’avait alors convoqué pour m’expliquer que sa tenue posait « des problèmes ». Que certains parents d’élèves «d’origine juive» ainsi que «certains professeurs » avaient émis des protestations. Le ton était assez vite monté. Exerçant à l’époque la profession d’avocat, j’avais étudié de près la question juridique de la tenue vestimentaire de mes enfants. J’avais ainsi constaté que la jurisprudence du Conseil d’État était d’une très grande clarté et que, de manière constante, elle refusait toute exclusion de l’école pour cause de « foulard». Les choses s’étaient calmées et Alma avait pu terminer plus ou moins paisiblement son année scolaire malgré l’animosité de certains enseignants avaient relégué la question du « foulard » au second plan. de ces derniers dont je soupçonnai d’abord qu’ils étaient des réactionnaires isolés. J’avais tenté à cette époque de prendre conseil auprès d’un « ami », militant « critique » du PCF chargé dans ce parti des questions scolaires, et son attitude m’avait laissé sans voix. Il avait commencé par me dire : « Il faut qu’elle comprenne qu’il y a des règles et qu’elle doit les respecter. » Mais c’est précisément du côté du lycée que l’on résistait à l’application de la seule règle en vigueur qui autorisait le port du foulard dans l’établissement. «C’est pour cela 14 la «gauche», les Noirs et les Arabes qu’il faut faire une loi. Je suis d’accord sur ce point avec Marie-George Buffet », avait-il ajouté. Répondant à la question d’un journaliste, la secrétaire nationale de son parti s’était en effet exprimée peu de temps auparavant en ce sens par une « règle » qui n’existait pas était un raisonnement intenable et implicait dès lors le recours à une loi d’exclusion, comme si la coercition par le bras armé de la justice pouvait, dans l’esprit de ce « communiste », remplacer l’action politique, ce qui me semblait scandaleux. En outre, sur diverses listes électroniques de discussion de la gauche radicale, le débat avait commencé à prendre un tour assez effrayant: des arguments relevant de l’intégrisme laïque voisinaient avec des propos qui passaient si près de la frontière du racisme pur et simple qu’ils la franchissaient parfois, comme par inadvertance. Timidement, ce débat prenait également place dans la presse. Dans une tribune parue dans 5 mai 2003, tous les poncifs et toutes les incohérences de l’argumentaire prohibitionniste défilaient sous la plume d’un enseignant communiste. Il définissait ainsi le «problème» auquel les enseignants se trouveraient confrontés du fait du foulard à l’école : « Un jour, ils voient des jeunes filles modifier leur attitude et mettre un foulard.» Les lecteurs de doute censés comprendre qu’il y avait en effet là, sur le plan scolaire, un « problème logique, devait trouver une solution : et cette solution était bien sûr la prohibition afin, poursuivait notre enseignant, « de faire vivre ensemble et en bonne 15 Prologue: une surprise politique 1. majorité de députés communistes se sont ultérieurement opposés à la loi. 2. dire que le seul « problème » scolaire qui ait jamais été constaté du fait du port du « foulard » par des lycéennes a été l’intolérance radicale de certains enseignants : leur affirmation qu’il y avait là un « problème ». harmonie […] des jeunes qui appartiennent souvent à des milieux et à des cultures différentes ». Mais il n’avait pas, et pour cause, préalablement montré que ce « vivre ensemble » harmonieux avait été rompu par quelques centimètres carrés de tissu. Et moins encore comment, pour assurer le « vivre ensemble », le mieux était de « vivre séparés » en excluant les filles voilées. Dans une telle ambiance, il était clair que mes enfants allaient au-devant de sérieux problèmes. Quoi qu’il en soit, c’est à la rentrée 2003 que, de simplement conflictuelle, la situation allait devenir explosive. Très vite, après à peine deux semaines de cours et de négociations diverses, Lila et Alma étaient mises à pied dans l’attente d’un conseil de discipline dont l’issue ne laissait guère de place au doute. C’étaient les enseignants, et singulièrement les militantes et les militants de gauche et d’extrême gauche, qui avaient mené la bataille pour parvenir à cette fin. Mais je devais apprendre, sans surprise vu l’ampleur du débat nationalement suscité par cette affaire, que la décision finale avait été prise au plus haut niveau, au cabinet du Premier ministre Compte tenu du caractère islamophobe, à mon sens évident, des arguments prohibitionnistes, l’une de mes premières initiatives, avant la médiatisation de l’affaire, avait été de m’adresser au MRAP arrivé de plaider pour cette organisation et je connais- 16 la «gauche», les Noirs et les Arabes 1. Raffarin. Cette information, dont le proviseur lui-même m’a fait la confidence, m’a été confirmée par plusieurs journalistes. Le ministre de l’Éducation nationale, Luc Ferry, et le ministre délégué à l’Enseignement scolaire, Xavier Darcos, s’étaient euxmêmes prononcés publiquement. Ce dernier avait, à cette occasion, précisé à propos de mes filles : « Quand on n’aime pas la République française, on va ailleurs. » Ce qui est tout un programme, comme le remarqueront le communiste Jean-Claude Lefort et le Vert Noël Mamère au cours des débats parlementaires. 2. pour l’amitié entre les peuples, le MRAP est la principale association antiraciste en France. sais l’un de ses présidents en exercice qui me conseilla de m’adresser à Mouloud Aounit, alors secrétaire général. Ce dernier m’offrit immédiatement d’intervenir, de façon amicale, auprès du proviseur qu’il avait déjà eu l’occasion de rencontrer que je découvris, stupéfait, l’aspect politique de cette affaire : c’étaient les professeurs de Lutte ouvrière et de la LCR qui menaient la danse ! Lorsque les journaux s’enflammèrent solution amiable permettant à mes enfants de poursuivre normalement leur scolarité avait été trouvée, le secrétaire général du MRAP tint dans ses locaux une conférence de presse nous permettant de faire valoir notre point de vue. Il organisa une réunion avec certains enseignants afin de tenter une médiation, qui échoua l’inspection académique qui devait elle aussi se révéler vaine : l’inspecteur d’académie, Jean-Charles Ringard, décida en effet qu’il n’y aurait de compromis que si les filles acceptaient de laisser voir « la racine de leurs cheveux, le lobe de leur oreille et la naissance de leur cou » : mot pour mot l’exigence formulée au cours de la réunion avec les enseignants, cela que repose l’équilibre du lycée ! » avait affirmé l’un d’entre eux. à leur foulard: il n’y aurait donc aucun compromis. Jusqu’à la fin, la solidarité de Mouloud Aounit ne se démentit pas. Mais je devais vite réaliser que cela n’al- 17 Prologue: une surprise politique 1. enseignants du lycée, l’un d’eux lui glissa : « Le père est un Juif converti à l’islam ; il paraît que ce sont les pires… » Ce qu’il démentit poliment mais le fit bien rire. 2. médiatisation de cette affaire a commencé par un article paru dans le quotidien ayant été avisée de la situation par des enseignants du lycée. 3. enseignants nous avaient demandé de ne pas faire état, et au cours de laquelle ils avaient insisté sur le fait qu’ils ne représentaient qu’euxmêmes et ne disposaient d’aucun pouvoir ni d’aucun mandat, ils se sont bornés à dire que, si mes enfants s’obstinaient à ne pas montrer les parties de leur corps en litige, ils considèreraient leur exclusion comme une chose nécessaire. lait pas de soi et le mettait en situation difficile dans sa propre organisation : le MRAP – et là encore, j’en fus stupéfait – était divisé sur cette question. Plusieurs enseignants du lycée, de gauche et d’extrême gauche, choisirent de s’exprimer dans la presse. Il y eut d’abord une tribune dans de Philippe Darriulat. Je pus lui répondre dès le lendemain par une tribune dans le même journal. Pierre- François Grond publia ensuite, avec divers coauteurs, des tribunes dans et et de mauvaise foi était impressionnante, mais les réponses que j’adressai aux journaux ne furent pas publiées dans mes enfants des propos radicalement contraires à ce qu’elles exprimaient en permanence. Des militants de cette organisation diffusèrent en outre un « communiqué des professeurs » du lycée Henri-Wallon, dont chaque phrase comportait au moins un mensonge ou une approximation tendancieuse Dans la perspective du conseil de discipline, Pierre- François Grond était allé jusqu’à se livrer à une curieuse enquête de police, interrogeant les élèves pour savoir si d’aventure, Alma ne se compromettait 18 la «gauche», les Noirs et les Arabes 1. 2. publication a depuis disparu pour laisser place à l’hebdomadaire du NPA, 3. réponse à Philippe Darriulat, sur le site du collectif Les Mots Sont Importants, http//lmsi.net, rubrique citée. 4. même nom. 5. également être trouvée sur http//lmsi.net, rubrique citée. Il convient de préciser que certains enseignants du lycée ont témoigné dans un autre communiqué (également disponible sur le même site, sous la même rubrique), rédigé comme une lettre ouverte m’étant adressée, de la violence politique que faisaient régner les prohibitionnistes dans le lycée, de la pression qui rendait impossible tout véritable débat, voire l’expression même de toute opinion divergente, pourtant bien représentées dans le corps enseignant. Le fait, pour les animateurs locaux de LO et pour ceux qui l’ont diffusé, de qualifier leur texte de « communiqué des enseignants » n’en est que plus significatif. pas dans quelque prosélytisme. Étrange enquête au demeurant, dans la mesure où s’il est naturel, en présence d’un délit, de rechercher le coupable, il est moins admissible en présence d’un coupable de consacrer son enquête à chercher un délit à lui mettre sur le dos. Mais les réponses de toutes les lycéennes interrogées, selon lesquelles jamais Alma n’avait cherché à «convertir » ou à entraîner qui que ce soit, ne devaient pas décontenancer notre enseignant « militant » : témoignant à charge devant le conseil de discipline, il qualifia sans sourciller son élève de « militante dans son esprit, d’un quelconque « islamisme ». Dans le même temps, j’étais approché par diverses personnes me proposant leur soutien. Ainsi, la conseillère générale communiste du canton que le conseiller régional communiste membre du conseil d’administration du lycée d’intervenir en faveur de mes enfants. Des militants de la LCR s’adressèrent à moi, soit pour m’indiquer les actions de soutien qu’ils envisageaient, soit pour me demander des précisions. À chaque fois je manifestais ma surprise compte tenu de l’attitude du dirigeant de leur organisation qui, au lycée, était l’un des maîtres d’oeuvre de l’ordalie dont mes filles étaient victimes. Et je compris que les choses étaient plus compliquées que je ne l’avais imaginé, d’autant que celles et ceux qui militaient ainsi contre l’exclusion 19 Prologue: une surprise politique 1. piquant lorsque l’on sait que non seulement il l’était lui-même, mais qu’il avait en outre été naguère dirigeant des Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR), organisation de jeunesse liée à la LCR, dont les membres ne devaient pas trouver infamant de « militer » dans les lycées… 2. iranien, et familière de l’Iran, elle m’expliqua n’avoir aucune sorte de sympathie pour le port du « foulard » auquel elle avait été astreinte lors de ses visites dans ce pays. Elle n’en était pas moins hostile à la prohibition – de même que le furent plus tard Shirin Ebadi ou Marjane Satrapi. 3. me le dit alors, d’origine juive, marié à une femme d’origine maghrébine et père d’une petite fille. étaient issus de tous les courants, majoritaires et minoritaires, de la Ligue et défendaient, sur les questions de politique générale, des positions parfois diamétralement opposées. Dans leur ensemble, les JCR prirent parti contre l’exclusion et contribuèrent à l’organisation d’actions de protestation devant le lycée Je reçus également par courrier des soutiens de Noël Mamère et de Alain Lipietz, personnalités des Verts, ainsi qu’un sympathique témoignage de solidarité de l’écrivain d’extrême gauche Didier Daeninckx, lui-même habitant d’Aubervilliers et qui avait dans sa jeunesse été exclu de son lycée pour cause de… cheveux trop longs. L’un des premiers à répondre aux appels au secours que je lançai alors en tous sens fut Gilbert Wassermann, fondateur et rédacteur en chef de la revue et qui était depuis des années l’une des chevilles ouvrières de la plupart des tentatives de réunir la «gauche de gauche». Avec Yves Sintomer et Irène Jamy, il publia une tribune dans La Ligue des droits de l’homme (LDH) souhaita nous rencontrer avant de prendre position. Un entretien eut donc lieu entre son président Michel Tubiana, son responsable aux questions scolaires, mes filles et moimême, qui prit la forme d’un interrogatoire en règle, nos interlocuteurs voulant s’assurer de la sincérité de Lila et Alma par un quelconque groupe «fondamentaliste». À l’issue de cette rencontre, la LDH décida également de nous soutenir. Je profitai de ma participation à une rencontre nationale organisée par «l’Appel Ramulaud 20 la «gauche», les Noirs et les Arabes 1. participé à ces actions. 2. doute par la Licra, trouvant le cas des « soeurs Lévy » trop beau pour être vrai, et qui y voyait une opération… du MRAP! tembre 2003, qui réunissait plusieurs centaines de militants et militantes de la gauche radicale, pour solliciter encore quelques soutiens. Il me paraissait évident que les plus efficaces et les plus déterminés devaient venir, outre des antiracistes, des féministes. La posture prohibitionniste me semblait en effet clairement sexiste puisqu’elle condamnait des jeunes femmes à la déscolarisation, alors que les jeunes gens qui auraient partagé les mêmes convictions ne risquaient aucune sanction tôt, reçu de Christine Delphy cette intuition. Je m’adressai donc en particulier à trois féministes notoires présentes à la rencontre : elles m’assurèrent spontanément de leur appui. Toutefois, l’une d’entre elles, responsable d’un important réseau national et qui m’avait expliqué son refus de l’exclusion par la formule imagée : « Je préfère Montaigne avec le tchador au tchador sans Montaigne », devait très vite reculer devant les réactions de membres de son organisation, et verser ultérieurement elle-même avec virulence dans le camp prohibitionniste. Une autre m’adressa un communiqué de soutien de son réseau, non sans de longs pourparlers préalables avec l’une de ses animatrices, mais battit également en retraite quelque temps plus tard. 21 Prologue: une surprise politique 1. tentatives unitaires de la « gauche de gauche » qui devaient aboutir à la création de « Convergence citoyenne pour une alternative à gauche » (CCAG) à l’occasion des élections régionales de 2004, ainsi qu’à la campagne unitaire pour un « non de gauche » en 2005, puis à la dynamique des « collectifs unitaires antilibéraux » qui se prolongea ultérieurement avec la Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE). 2. selon laquelle le port de la barbe pourrait être considéré comme un « signe religieux ostensible » n’a jamais été prise pour autre chose qu’une plaisanterie. 3. libération des femmes (MLF), directrice de la revue questions féministes Delphy est l’une des principales théoriciennes du féminisme d’orientation matérialiste. Voir en particulier Syllepse, deux volumes 1998 et 2001, ainsi que La Fabrique, 2008. Seule des trois, Clémentine Autain s’en tint sans barguigner à son soutien initial. Au cours de la même rencontre, Mouloud Aounit essuya à sa grande surprise un refus cinglant de la part de Christian Picquet, alors principal animateur du courant « unitaire » de la LCR. Le panorama des positions de la «gauche de gauche» sur cette question était décidément terriblement embrouillé. En attendant, l’exclusion de mes enfants fut prononcée par un conseil de discipline unanime. On a pu lire ensuite sous la plume de Pierre-François Grond et de ses coauteurs que c’était «à contrecoeur» qu’ils avaient dû « se résigner » à cette exclusion. Mais qui a vu son sourire victorieux lorsque la décision fut annoncée n’est pas près de l’oublier. Un autre sujet de méditation fut pour moi le communiqué rendu public et largement distribué dans les boîtes aux lettres de la ville par le maire communiste d’Aubervilliers, Pascal Baudet. Compte tenu de l’attitude adoptée par les élus communistes auxquels j’avais eu affaire, à laquelle s’ajoutait le soutien du député de la Seine-Saint-Denis Patrick Braouezec, j’en commençais la lecture avec confiance. Malgré les lourdeurs de sa rédaction et certains accents « républicains », je devais reconnaître que j’étais d’accord avec la quasi-totalité de ce texte. Il y était question de «vivre ensemble », de « respect des différences » et autres thèmes de la même eau qui n’engageaient certes à rien mais n’appelaient pas d’opposition tranchée. La seule phrase avec laquelle j’étais vraiment en désaccord était celle qui disait: «C’est pourquoi j’ai approuvé l’exclusion…» Que l’on puisse tirer pareille conclusion de telles prémisses, voilà qui me laissait songeur quant à la portée du discours « républicain ». Peutêtre n’était-ce pas un hasard si ce même maire devait quelque temps plus tard faire donner la police contre 22 la «gauche», les Noirs et les Arabes des familles de migrants africains sans logement qui demandaient à être relogées après avoir été expulsées d’appartements vides qu’elles avaient occupés. La LCR, le MRAP et le mouvement féministe ne semblaient pas avoir le monopole de la division sur cette question : au parti communiste aussi, les avis les plus opposés coexistaient. Durant toute cette période, je fus l’objet d’attaques plus ou moins violentes, en particulier de certains secteurs de « la gauche ». Chaque fois que je rencontrais une connaissance dont j’ignorais le point de vue sur cette question du « foulard », j’étais pris d’appréhension. Des relations amicales prirent fin. Dans les milieux militants que je fréquentais, ces appréhensions se révélèrent le plus souvent infondées. La plupart des militants et militantes que je connaissais dans ces mouvances adoptèrent soit une position antiprohibitionniste, soit une certaine réserve. Cela dit, lors de la campagne pour les élections régionales du printemps 2004, certains, tout antiprohibitionnistes qu’ils fussent à l’écart, de crainte que les échos de cette affaire se traduisent en fiasco électoral. Ce que je fis, non sans amertume. Mais des marques de sympathie me venaient aussi, tant de proches que de nombreux anonymes. Et le portrait-type de ces soutiens anonymes était cette jeune femme maghrébine d’une trentaine d’années, en jeans et cheveux au vent, qui, reconnaissant mon visage à une sortie de métro à Paris, se retourna vers moi et me dit avec un sourire grave : « C’est bien, ce que vous faites… Ça doit être dur… Tenez bon ! » 23 Prologue: une surprise politique II. Les termes du débat Seigneur Dieu ! quelles vérités élémentaires on est obligé de rabâcher, en ce temps où toutes les notions sont confondues. (Lénine) 1. Les grands principes du parti prohibitionniste Un adage populaire voudrait qu’en France, tout finisse toujours par des chansons. La réalité est plus prosaïque : il semble plutôt qu’en France, tout finisse toujours par des lois. La compulsion législative est sans doute l’une des caractéristiques de la République. Il en fut ainsi de la « querelle du foulard Commencé dès avant la rentrée scolaire de septembre 2003, poursuivi après la promulgation de la loi «antifoulard» du 15 mars 2004, c’est surtout entre ces deux dates que le débat sur le « foulard islamique » battit son plein. Comme on l’a vu, dans presque chaque organisation ou mouvance, il se forma deux camps. À vrai dire, ces deux camps n’étaient pas complètement inconnus ; ce qui apparut de façon nouvelle fut la profondeur du clivage, ainsi que son extension. Dans les années précédentes, on avait déjà connu une certaine dérive « républicaniste » d’une fraction de la gauche, facilement tentée par les thèmes sécuritaires et les trémolos nationalistes. Ce courant aurait pu être symbolisé par un leader comme Jean-Pierre 24 1. illustré le débat sur la loi antifoulard : Le Voile à l’école avec son talent et son humour décalé par la grande Brigitte Fontaine. Chevènement et ses partisans en rupture de ban plus ou moins avancée, ou par des écrivains comme Max Gallo ou Régis Debray. Le premier avait inventé les «sauvageons», plagiat par anticipation de la «racaille» sarkozienne. Les seconds avaient pris des positions assez tranchées sur le « foulard » dès 1989 généralement sur les sujets leur semblant mettre en cause « l’identité française » ou les « traditions républicaines ». Cette rhétorique ainsi remise à la mode par le président du Mouvement des citoyens inspiré les politiques sécuritaires de la « gauche plurielle » entre 1997 et 2002. Si l’on pouvait y voir les bases du retour d’un thème politique classique, il était pourtant encore difficile d’y voir une fracture séparant « la gauche » en blocs hostiles tant il est vrai que combattre la rhétorique républicaine apparaissait, au sein de la gauche traditionnelle, quasi impensable. Nul ne pouvait prétendre à quelque légitimité politique à défaut de s’affirmer ou au moins de se reconnaître républicain et le débat portait dès lors sur les conséquences que l’on choisissait de tirer, ou non, de cette affirmation ou de cette reconnaissance. En un sens, le thème républicain, longuement endormi, était à la disposition de ceux qui s’en empareraient les premiers et le modèleraient à leur manière. Mais si elle est efficace dans ses grandes lignes, la comparaison de la «fracture» mise à jour à la lumière de l’affaire du foulard avec la division de la gauche 25 Les termes du débat 1. déclenchée la première « affaire du foulard» à l’initiative du proviseur Ernest Chénière, plus tard député chiraquien. Fort de son expérience, il devait, en 2004, alors qu’il n’était plus élu, se prononcer contre la prohibition. 2. parti fondé par Jean-Pierre Chevènement après sa rupture avec le parti socialiste. Le MDC s’est ultérieurement transformé en MRC, Mouvement républicain et citoyen. 3. voir Laurent Lévy, communautarisme en fonction de son plus ou moins grand tropisme républicain n’en est pas moins une simplification : certains, plutôt rares, se disant « républicains » choisirent néanmoins la réserve, voire le parti de la nonprohibition. À l’inverse, la plupart des courants se disant « libertaires » prirent avec plus ou moins d’enthousiasme celui de la prohibition. Ainsi, même si l’on peut déjà faire l’hypothèse que le républicanisme a pu servir de colonne vertébrale au prohibitionnisme, le nombre d’exceptions est suffisant pour ne pas les assimiler purement et simplement. Dans la sphère médiatique, les choses prenaient un tour contrasté. Si le quotidien Marianne Charlie-Hebdo prohibitionniste, colonnes à toutes les opinions, penchait plutôt pour la non-prohibition. Du côté de la presse de la « gauche de gauche », le panorama était nuancé. La rédaction de parti au hasard des journalistes chargés de les écrire. La tendance générale était plutôt prohibitionniste mais la nuance ou le contrepoint n’étaient pas exclus, surtout dès lors que le groupe des députés communistes eû majoritairement décidé de ne pas voter la loi antifoulard. était également divisé pas échapper dans les temps qui suivirent à une sorte de « guerre interne », celle-ci fut évitée en l’occurrence par un compromis: un dossier consacré à cette question fut partagé entre deux articles de fond déve- 26 la «gauche», les Noirs et les Arabes 1. Philippe Val – depuis devenu directeur de France Inter – et avec la complicité de Caroline Fourest, ce journal s’est transformé d’icône libertaire en feuille de propagande bushienne dans la guerre des civilisations. 2. Robert prirent parti pour la prohibition, Alain Gresh ou Dominique Vidal prirent expressément le parti inverse. loppant chacun leur thèse sur une pleine page : sur celle de gauche, un article de Pierre Tevanian, l’un des animateurs du collectif « Une école pour toutes et tous » dont l’objet était la lutte contre le prohibitionnisme et sur celle de droite, un article de Henri Peña-Ruiz, promoteur patenté de la prohibition, alors en passe de devenir le Grand Prêtre de la « révolution conservatrice dans la laïcité s’en tint à une position antiprohibitionniste discrète mais dépourvue d’ambiguïté. Avant d’analyser les motifs explicites autour desquels se déroula la querelle du «foulard», il n’est pas inutile de montrer comment, indépendamment des prises de positions relatives à ces motifs, le choix de la prohibition était sous-tendu par un certain nombre de principes difficilement compatibles avec ceux traditionnellement attachés aux positions « démocratiques » de la gauche. Ces principes, dont l’un au moins est nécessairement présent dans tout argumentaire prohibitionniste, se résument dans quatre figures qui constituent l’architecture politique et pratique de la prohibition : 1) La fin justifie les moyens. La prohibition aurait en effet été justifiée par le souci de protéger les jeunes filles qui ne voulaient pas porter le foulard sous la pression de leurs familles, et la déscolarisation de celles qui le portaient aurait été le prix à payer pour parvenir à ce résultat. Mais rien ne montrait que le résultat recherché pouvait ainsi être atteint, ni qu’il était impossible d’obtenir ce résultat à moindre frais. Or, rares sont les prohibitionnistes « de gauche » qui 27 Les termes du débat 1. 2. Tevanian, La Découverte, 2007. admettraient faire leur l’adage selon lequel la fin justifie n’importe quels moyens. Il est plus courant, et plus juste, de soutenir que les moyens mis en oeuvre doivent toujours être adéquats aux buts poursuivis. 2) Les problèmes politiques et idéologiques peuvent être réglés par des mesures administratives, autrement dit, par la répression et des mesures de police. À supposer qu’il existerait bien un «problème du foulard à l’école », il est en effet clair que ce «problème» ne serait pas celui de comportements asociaux, relevant de la délinquance de droit commun, mais bien de comportements liés à certaines conceptions du monde, à certaines attitudes sociales. Si la discussion a largement porté sur l’existence du «problème», sur son ampleur, sur sa portée – sans qu’au demeurant rien de bien convaincant n’ait pu être avancé pour le caractériser ainsi – c’est bien toujours en termes idéologiques et politiques qu’il a été posé. Le choix d’une «riposte» strictement répressive marque ainsi la prégnance dans bien des politiques « de gauche » de modèles bureaucratiques contraires aux ambitions démocratiques affirmées par ceux-là mêmes qui ont en l’occurrence choisi de les fouler aux pieds. 3) L’émancipation des opprimés sera le fait de ceux qui ne le sont pas. Autrement dit on peut, on doit même, faire le bonheur des gens sans eux, et pourquoi pas contre eux. Beaucoup de prohibitionnistes ont justifié leur position par ce type de paternalisme pédagogique. C’est pour leur bien que nous voulons contraindre ces filles à se dévoiler; c’est pour favoriser leur émancipation. Pourtant, à supposer que le port du foulard soit la marque d’une aliénation plus caractérisée que nombre d’autres comportements sociaux, pour lesquels aucune mesure de répression n’a jamais été envisagée, force serait de reconnaître qu’il se serait 28 la «gauche», les Noirs et les Arabes agi là d’un genre « d’aliénation volontaire » à laquelle on opposait donc une « émancipation obligatoire », comme si une telle obligation d’émancipation était même simplement possible. Le paradoxe est d’autant plus grand que, de l’avis général, l’un des principaux moyens d’émancipation qu’offre la société est précisément l’apprentissage scolaire. 4) L’école publique peut choisir son public. Autrement dit, l’école peut cesser d’être un service public Là encore, énoncée dans sa nudité, cette figure est inacceptable pour les tenants, «à gauche», de la prohibition. Les croisés antifoulard disposaient toutefois ici d’une échappatoire : il ne s’agit pas, disaient-ils, d’interdire à qui que ce soit l’accès au service public de l’éducation nationale ; seul « le foulard » en serait exclu. Ce sophisme a été répété émaillé les débats de l’Assemblée nationale: les récalcitrantes s’excluaient d’elles-mêmes, il ne tenait qu’à elles de rester à l’école… On comprend bien pourquoi ces quatre figures ne se donnaient généralement pas comme telles et se sont donc retrouvées largement hors du « débat ». Les motifs explicites les ont en effet dissimulées et ont donné le ton : celui de la laïcité et celui du féminisme en tout premier lieu, plus accessoirement celui de «l’intégration » et divers motifs plus ou moins nationalistes cachant mal – ou pas du tout – leur caractère islamophobe. L’ensemble de ces motifs était lui-même souvent subsumé sous celui de la République, dans le cadre de la réappropriation déjà évoquée de la rhétorique républicaine par certains courants étatistes, nationalistes et sécuritaires de la 29 Les termes du débat 1. populaires dans les manifestations organisées par le collectif « Une école pour toutes et tous », était précisément : « École publique ! Choisis pas ton public ! » gauche. Mais c’est bien la mise en oeuvre des principes souterrains que l’on vient d’expliciter qui a abouti à la déscolarisation de quelques centaines de jeunes filles. Et tous convergent vers une conception générale de la société marquée par la domination d’élites légitimes, la force de la loi et l’étatisme sous une forme ou sous une autre. Ce n’est donc pas anticiper de manière trop arbitraire sur les résultats de notre étude que de voir là l’un des aspects fondamentaux de la fracture révélée dans la gauche par la lumière rasante de « l’affaire du foulard». L’articulation des motifs explicites avec les principes implicites, la manière dont ils ont pu s’imposer, au rebours de toute rationalité, dans le débat public et dans les positions soutenues par une fraction hégémonique de « la gauche », voilà ce qu’il s’agit à présent de mettre en évidence et de chercher à comprendre. Si le motif laïque a été d’emblée mis au premier plan, c’est le motif féministe qui a semblet- il, en définitive, soudé le consensus prohibitionniste – à tel point que les « ultras », les représentants des courants les plus laïcistes de la galaxie laïciste se réclamant de la « gauche républicaine désormais faire du combat féministe un aspect du combat laïque – et vice-versa. Cette nouvelle alliance paraîtra relever d’une ironie douteuse à qui se rappelle le caractère particulièrement sexiste des barbus qui furent les « pères fondateurs » de la laïcité à 30 la «gauche», les Noirs et les Arabes 1. nécessairement majoritaire. Mais les formes prises par le débat ont rendu très difficiles l’expression des avis divergents ; la diabolisation, sous l’appellation « d’islamogauchistes », des antiprohibitionnistes, y a sans doute contribué. 2. laïques » (UFAL), présidée par Bernard Teper, qui semblerait vouloir jouer le rôle d’une sorte de Congrégation pour la doctrine de la foi laïque, ou la feuille électronique ResPublica. Ces courants extrémistes ont toutefois ultérieurement réussi l’exploit de se laisser déborder dans leurs excès rhétoriques par le courant « Riposte Laïque » animé par Pierre Cassen. la française, expliquant même leur hostilité au droit de vote des femmes par le fait qu’elles auraient été trop sensibles à la propagande des curés L’argumentation laïque C’est d’abord au nom de la « laïcité » que les bons esprits commencèrent à s’en prendre au « foulard à l’école » et aux lycéennes qui le portaient. Le fait n’était pas nouveau et c’est déjà sous cet angle que la question avait été abordée lors de chacune des précédentes « affaires », ainsi celle qui avait une première fois défrayé la chronique à Creil en 1989 et qui s’était, sur le strict plan juridique, conclue par la déroute des prohibitionnistes. Contre l’opinion du proviseur du lycée, la juridiction administrative avait finalement considéré que le port du « foulard islamique » par une élève ne pouvait être considéré en lui-même comme une atteinte au principe, tant légal que constitutionnel, de la laïcité et ne pouvait à lui seul justifier une exclusion. Cette solution allait de soi, dans la mesure où le principe de laïcité avait toujours été considéré comme s’imposant au service public de l’école et non à ses bénéficiaires qu’au prix d’une véritable révolution conservatrice 31 Les termes du débat 1. laïcité, non aux amalgames Internet de l’IPAM. 2. précédent, voire comme texte justifiant à lui seul l’exclusion, une circulaire de Jean Zay, ministre du Front populaire, interdisant en particulier aux élèves des lycées le port d’insignes politiques. Cette interdiction, destinée à garantir la paix scolaire à une époque où se multipliaient les affrontements entre jeunes gens d’extrême gauche et d’extrême droite, entre communistes et activistes des Ligues, n’avait en fait, au-delà d’une référence formelle, proprement rien à voir avec la laïcité – tout au moins dans sa définition traditionnelle. C’est donc de manière tendancieuse qu’elle est invoquée. Voir par exemple Henri Peña-Ruiz, Qu’est-ce que la laïcité ? 2003; id. Gallimard, 2005. La circulaire de Jean Zay affirme le refus de tout prosélytisme à l’école, mais ce refus est bien pris en compte par la jurisprudence du Conseil d’État. que, pour le cas particulier du « foulard exigence put être formulée à la charge des élèves. Mais s’il était juridiquement intenable, le motif laïque présentait un indiscutable avantage rhétorique – tant la question de la laïcité est sensible en France – autant qu’un avantage identitaire pour une certaine sensibilité de gauche. En effet, la mise en place de l’école publique par Jules Ferry et la séparation, en 1905, des Églises et de l’État sont le résultat de combats menés par la gauche dans un contexte où le rôle réactionnaire de l’Église catholique, qui ne s’était pas résignée au principe républicain, était l’une des données importantes des rapports de force politiques. Ces combats demeurent des éléments du patrimoine idéologique et politique de la gauche. Si le principe de la séparation des Églises et de l’État n’a plus guère été remis en cause par la République n’en va pas de même de l’école publique, laïque et obligatoire, souvent attaquée, et toujours défendue avec un juste acharnement par toutes les tendances confondues de la gauche une part non négligeable, l’école privée soit l’école catholique a puissamment contribué à assimiler défense de l’école publique et défense de la laïcité. 32 la «gauche», les Noirs et les Arabes 1. la loi du 15 mars 2004 ait été conçue spécifiquement pour le « foulard » est un point sur lequel il ne semble pas utile de revenir ici. Il n’est d’ailleurs contesté par aucun observateur sérieux, et les parlementaires qui l’ont adoptée en avaient pleinement conscience. Les quelques garçons sikhs exclus en application de la loi font à l’évidence figure de dégâts collatéraux. 2. institutionnel. Mais d’un point de vue plus symbolique, les références religieuses des autorités de l’État ont eu dans la dernière période tendance à se multiplier ; les discours de Nicolas Sarkozy au Latran et à Ryad flirtent en particulier avec la remise en cause de la laïcité. Voir Laurent Lévy, Nicolas Sarkozy, apprenti sorcier de la laïcité Les Mots Sont Importants, http//lmsi.net. 3. gauche ne rend que plus surprenante – et scandaleuse – l’affirmation parfois proférée, en particulier par Élisabeth Guigou, ancienne ministre de la République et députée socialiste de Seine-Saint-Denis, expliquant devant l’Assemblée nationale que les filles voilées n’avaient qu’à se contenter des écoles privées. Quoi qu’il en soit, la défense de la laïcité est depuis plus d’un siècle un des points de ralliement de la gauche, le Veau d’or de la République, l’une de ses idoles sacrées Si, appliqué à la question du « foulard à l’école », ce thème était d’une efficacité rhétorique redoutable – son caractère intouchable rendant scandaleuse toute posture suspectée de lui porter atteinte – il était néanmoins, sur le strict plan de l’argumentation rationnelle, totalement dépourvu de pertinence ne tienne : on allait simplement changer la définition même de la laïcité pour pouvoir faire entrer sous sa juridiction le comportement des bénéficiaires du service public. C’est ainsi que, de manière d’abord insensible, les intégristes de la laïcité mirent en avant, et firent partager à des secteurs de plus en plus larges de l’intelligentsia médiatico-politique, la définition suivante : la laïcité serait le principe de séparation « de la sphère publique » et « de la sphère privée Même le petit père Combes retrouver ses ouailles. Car d’une telle définition il n’est même pas possible de tirer l’idée d’une séparation de l’Église et de l’État, ni d’une École publique non confessionnelle, sauf à supposer admise la thèse, réfutée par toute l’expérience historique et anthropologique, que la religion appartiendrait par nature à une quelconque « sphère privée ». Comme si les cimetières municipaux n’étaient pas couverts de croix 33 Les termes du débat 1. paradoxale. Elle est pourtant employée ici ou là. Ainsi, à la tribune de l’Assemblée nationale, le député communiste André Gérin pouvait-il s’écrier : « La laïcité est une valeur sacrée de notre République ! » Lors de la manifestation célébrant le centenaire de la loi de 1905, on pouvait voir cet étrange slogan : « Laïcité sacrée ! » 2. arguments laïques contre l’interdiction législative du voile », Du bon usage de la laïcité 3. critique détaillée Spectre du communautarisme 4. sur la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905, d’une laïcité anticléricale de combat. 34 la «gauche», les Noirs et les Arabes chrétiennes, comme si les églises ne trônaient pas au centre des villages Mais surtout, on allait donner à ce thème une nouvelle jeunesse en le parant de toutes les vertus. Dans le vocabulaire relooké de tout un secteur de la gauche et de la droite à l’unisson, la laïcité allait cesser d’être le principe de l’indépendance de la politique à l’égard des religions, mais devenir le coeur même de toute politique, liberté, égalité et fraternité confondues, un principe d’ailleurs que l’on projetait d’adjoindre, comme pour être plus sûr, à la devise de la République. Cette nouvelle fortune de la laïcité n’avait en tout et pour tout qu’un seul fondement: ce qui la rendait si puissante et si désirable, c’est qu’elle était l’instrument par lequel on condamnait le « foulard » et avec lui l’ensemble des images fantasmatiques véhiculées dans le débat public par cette campagne : le « danger intégriste », le « péril islamiste », le terrorisme rampant et tout ce qui s’ensuit. C’est ainsi qu’André Gérin à l’Assemblée nationale : « La laïcité est un idéal positif, à partir duquel nous repolitiserons notre pays. » Et pour donner une connotation « antilibérale » à sa diatribe, il ajoutait : « L’intégrisme religieux se nourrit de la dérégulation libérale comme tous ceux qui se croient au-dessus des lois. » Ce qui ne l’empêchait pas de compléter: «Je fais mienne la proclamation solennelle du Président: “La République s’opposera à tout ce qui sépare, à tout ce qui retranche, à tout ce qui exclut.”» Pour ce faire, elle devait exclure les filles voilées de l’école publique. 1. Bernard Dréano, site IPAM. 2. maire de Vénissieux, André Gérin est connu comme l’un des animateurs du courant « orthodoxe » au sein du PCF. Friand de thèmes républicains et sécuritaires, il est entre autres l’auteur d’un livre sur les banlieues dont il a confié l’élogieuse préface au député UMP de Seine-Saint-Denis, Éric Raoult, qui partage ses conceptions répressives. Depuis, il s’est illustré par une campagne contre la « burqa ». Pourtant, ce serait une erreur de croire que l’ensemble du mouvement laïque en France a milité pour la prohibition. Bien au contraire, en conformité avec le sens que la laïcité avait toujours pris dans ce pays, de grandes organisations laïques et nombre de groupes locaux se prononcèrent en sens inverse. Ainsi la direction nationale de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), dont l’attachement à la laïcité est l’une des caractéristiques identitaires, se plaça résolument dans le camp antiprohibitionniste, même si cela ne fut pas toujours la ligne suivie par l’ensemble des militants ou des conseils locaux. Il en fut de même des principaux syndicats enseignants (à l’exception notable du principal syndicat des proviseurs de lycée) et de la Ligue de l’enseignement. La Ligue des droits de l’homme, organisation assurément laïque même si la laïcité n’est pas son premier objet, se prononça aussi très clairement contre la prohibition; son président d’alors, Michel Tubiana, ainsi que son successeur Jean-Pierre Dubois intervinrent à de nombreuses reprises dans ce sens. De vieilles organisations laïques comme l’Union rationaliste et sa revue présente les loups. Lorsque, par l’effet de la loi, les déscolarisations d’élèves se multiplièrent des associations ou des amicales laïques qui, au niveau local, entreprirent de les soutenir, y compris par l’organisation de cours de rattrapage et d’aide scolaire à celles qui pouvaient s’engager dans une scolarité par correspondance. Les missionnaires de la prohibition se sont plutôt recrutés dans de petites organi- 35 Les termes du débat 1. d’élèves par l’effet de la loi est difficile à évaluer ; pour la seule rentrée 2004, il est en toute hypothèse supérieur à 300, et doit être plus proche de 600. On trouvera de nombreux témoignages sur l’application concrète de la loi in op. cit. le « Comité 15 mars et libertés » : Rentrée 2004 – Une vérité dévoilée éd. Bayane, 2005. Ce dernier document peut être téléchargé en ligne. sations d’activistes saisissant cette aubaine pour faire parler d’elles et sortir de leur relatif anonymat Il n’en est pas moins vrai qu’un certain nombre de personnes et de regroupements, conformément aux calculs des ultras, se découvrirent soudainement un profond attachement à la laïcité, en faisant même un aspect de leur identité, quand bien même ils n’en auraient jamais soufflé mot auparavant. C’est ainsi que le mouvement SOS-Racisme mit ce thème au coeur de ses interventions ou que les membres de la minorité prohibitionniste qui, au MRAP, condamnaient le choix inverse de leur secrétaire général Mouloud Aounit, imposèrent l’affirmation laïque comme un des « fondamentaux » de cette organisation – ce qui eut d’ailleurs pour effet, sans doute paradoxal à leurs yeux, de faire du MRAP une autre organisation « laïque » antiprohibitionniste. Le cas le plus exemplaire à cet égard est certainement celui de l’association Ni Putes Ni Soumises (NPNS), produit marketing conçu par la socialiste Fadela Amara, portée sur les fonts baptismaux par ses grands frères de SOS-Racisme, et largement commercialisée par le PS et de larges fractions de « la gauche» (et de la droite). Dans le livre éponyme signé par sa fondatrice qu’une part très accessoire, il est simplement men- 36 la «gauche», les Noirs et les Arabes 1. des familles laïques (UFAL), officine dont le président Bernard Teper, républicaniste de choc, par ailleurs membre de la direction de Attac, ne ménagea ni sa peine, ni ses réseaux, ni son aptitude à l’omniprésence et au lobbying en milieux militants, dans sa croisade. L’UFAL et son président – qui ont dans cette période multiplié les outrances, développant de façon significative, entre autres par le biais d’Internet, en même temps qu’un discours d’exclusion, un discours sécuritaire et une islamophobie compulsionnelle (que ce soit lors des attentats de Londres de l’été 2005 ou lors des révoltes des quartiers populaires en octobre de la même année) – se sont d’ailleurs vantés et orbi courageux combat contre quelques adolescentes. 2. de Sylvia Zappi, La Découverte, 2003. tionné parmi d’autres sans jamais être mis particulièrement en avant, et Fadela Amara, qui ne cache certes pas son hostilité au voile nettement que ce serait une erreur de légiférer à son sujet. Manque de chance, le livre, paru en septembre 2003, avait été écrit juste un peu trop tôt. Quelques semaines plus tard, quand le parti socialiste eut pris position pour la prohibition, NPNS se mit à faire de la laïcité un thème central de toutes ses actions et Fadela Amara devint l’une des plus ardentes parmi les défenseurs de la loi antifoulard On peut donc parler d’une recomposition du parti laïque, ses branches les plus traditionnelles ayant été les moins enthousiastes dans le combat prohibitionniste alors que des organisations prohibitionnistes en venaient à se déclarer laïques pour justifier leur posture. La laïcité, en cette circonstance, s’est transformée en un étendard vide de sens ou plutôt a prêté sa forme irrécusable, inattaquable en tant que telle, pour servir de feuille de vigne au véritable fondement du prohibitionnisme, le rejet, rarement assumé l’islam. Le thème du féminisme fut instrumentalisé de la même manière. 37 Les termes du débat 1. quelque tendresse le « petit foulard» porté par les mères de familles qui défilaient avec les marcheuses de NPNS le 8 mars 2003. 2. retournements de veste de la présidente de NPNS ne s’arrêteront pas là : elle deviendra sous-ministre de Nicolas Sarkozy, chargée de la kärcherisation des quartiers populaires. Voir Laurent Lévy, de la soupe 3. même! Ainsi, le groupe « Riposte laïque » s’est-il démarqué de l’islamophobie trop implicite à son gré de l’UFAL ou de la feuille pour en faire un thème explicite, au centre de toute son activité. 38 2. L’argumentation féministe Et moi pour la juger qui suis-je ? (Aragon) Les prohibitionnistes ne pouvaient se borner à mobiliser le thème laïque. Malgré son côté «intouchable», il n’était en réalité pas aussi mobilisateur que l’auraient souhaité ses promoteurs, et pouvait même apparaître auprès de certains comme fleurant bon la naphtaline. En outre, du fait de son absence de pertinence au regard de l’histoire même du principe de laïcité en France constante du Conseil d’État, il manquait en partie son effet. C’est pour cela que s’est trouvé mobilisé celui, bien plus facile à exploiter, du féminisme Personne ne s’était jamais tant prévalu du féminisme que durant cette période où les lycéennes musulmanes furent exposées sur le devant de la scène. Il ne s’agissait plus de critiquer ou de combattre le patriarcat, la division de la société en genres; il suffisait de rejeter, sans le moindre effort d’analyse et en s’appuyant sur les clichés les plus sommaires, l’islam et plus précisément ce nouvel ennemi: le «garçon arabe était du côté des prohibitionnistes car si la laïcité mobilisait assez peu l’opinion publique, il n’en allait pas de même de l’égalité entre les sexes. Et dans un pays où, chaque semaine, trois femmes meurent sous les coups de leur compagnon, où les salaires des 1. principal théoricien, Jean Baubérot, seul membre de la Commission Stasi, chargée d’un rapport au président de la République sur cette question, à avoir voté contre ce rapport. 2. Christine Delphy, op. cit. La République du mépris Joan W. Scott, Monique Crinon, 3. Souilamas, arabe femmes restent, en toute illégalité, inférieurs à ceux de leurs collègues masculins, où le droit à l’interruption volontaire de grossesse se heurte à des procédures et des pratiques qui en restreignent toujours plus le libre exercice, où le corps des femmes est un argument de vente pour la moitié des produits industriels, où la représentation nationale est l’une des plus mâles d’Europe, il semblait rassurant de laisser entendre que la dernière Bastille à faire tomber pour parachever l’émancipation féminine se trouvait dans les banlieues, sillonnées de hordes sauvages de caïds et de barbus en djellaba, et prenait la forme d’un morceau de tissu. Il est aussi significatif qu’étrange de pouvoir évoquer comme document emblématique, à propos d’un clivage politique au sein de la gauche, et au moment où l’on se penche sur le thème du féminisme, un texte paru dans le magazine colonnes de ce journal féminin, dont le caractère progressiste n’avait jamais frappé les imaginations, qu’on put prendre connaissance de la pétition «Notre appel à Monsieur Jacques Chirac » et de ses prestigieuses signataires de promouvoir l’adoption d’une loi prohibant le foulard à l’école. Semblant se considérer investies d’une mission de salubrité publique et certaines de représenter une opinion unanime, les signataires déclaraient : « Le voile islamique nous renvoie toutes, musulmanes et non musulmanes, à une discrimina- 39 Les termes du débat 1. parmi les premières signataires : Élisabeth Badinter, Fadela Amara, Edmonde Charles-Roux, Sonia Rykiel, Nicole Garcia, Yvette Roudy, Colline Serreau, Catherine Breillat, Julia Kristeva, Isabelle Huppert, Éliette Abecassis, Josiane Balasko, Caroline Eliacheff, Antoinette Fouque, Inès de la Fressange, Benoîte Groult, Corinne Lepage, Élisabeth Roudinesco, Bettina Rheims, Isabelle Adjani, Emmanuelle Béart, Dominique de la Garanderie, Leïla Babès, Catherine Millet, Michelle Perrot, Line Renaud, Muriel Robin, Ariane Mnouchkine, Valeria Bruni- Tedeschi, Françoise Héritier, Jane Birkin, Dominique Méda, Françoise Chandernagor… tion envers la femme qui est intolérable. Toute complaisance à cet égard serait perçue par chaque femme de ce pays comme une atteinte personnelle à sa dignité et à sa liberté. » La liberté et la dignité des lycéennes voilées semblaient oubliées dans cette déclaration mais sans doute les pétitionnaires ne les considéraient-elles pas comme des femmes « de ce pays ». Elles concluaient : « Nous toutes, citoyennes de ce pays, attendons de la République un symbole fort pour défendre nos droits et de vous, Monsieur le Président, un soutien indéfectible à notre cause légitime. Sinon, l’égalité et la laïcité ne seraient que des mots. » Racoleur, l’article était annoncé dès la page de couverture du magazine, transmué pour la circonstance en feuille militante, sur laquelle se déployait comme accoutumé l’image suggestive d’un évanescent mannequin anorexique. De même que les ultras de l’intégrisme laïque étaient loin de représenter le mouvement laïque dans son ensemble, le « féminisme de de représenter le mouvement féministe dans son ensemble. Ce dernier se montra plus paralysé que levé en masse pour la croisade prohibitionniste. De nombreuses militantes féministes, investies quotidiennement dans la défense des droits des femmes, choisirent simplement de se taire sous la pression des courants prohibitionnistes, afin d’éviter les risques d’éclatement d’organisations ou de regroupements aux équilibres fragiles. De petites organisations féministes, comme Femmes publiques ou Femmes plurielles, prirent toutefois clairement, et dès l’origine, une position antiprohibitionniste tranchée. Il en fut de même de certaines personnalités, dont la plus emblématique, compte tenu à la fois de son importance dans l’histoire et dans la théorie du féminisme et du rôle actif qu’elle a joué dans la lutte antiprohibitionniste, est certai- 40 la «gauche», les Noirs et les Arabes nement Christine Delphy féministe fut profondément divisé sur cette question. Ce n’était pas la première fois qu’il l’était, les débats sur la parité par exemple n’avaient pas toujours été de tout repos ; de même, il y existait d’importantes divergences sur la question de la répression de la prostitution Mais le débat sur le «foulard» y prit comme dans l’ensemble du pays un tour passionnel. Le fait que le mouvement féministe ne se soit pas engagé en bloc pour la défense de jeunes filles que la loi se proposait de réprimer est d’autant plus paradoxal que cela n’avait pas été le cas en 1989. Une première explication est sans doute celle que donne de manière ironique Christine Delphy qui a théorisé, entre autres choses, les relations entre la pensée féministe et celle de l’antiracisme important, qu’elles sont féministes, les féministes sont des hommes comme les autres les rend pas comme par magie imperméables au discours ambiant et il ne suffit pas d’être ou de se dire «féministe» pour porter sur toute question un regard spontanément féministe. Le premier argument spécifiquement « féministe », ou se voulant tel, mis en avant dans le débat est tiré d’une interprétation aussi sommaire qu’intemporelle de la « signification » du foulard, souvent qualifié, pour les besoins de la cause, de voile 41 Les termes du débat 1. Gaspard, Huguette Bouchardeau, Françoise Collin ou Clémentine Autain, au nombre des féministes notoires à s’être prononcées contre la prohibition. 2. Féminismes en questions – Éléments pour une cartographie 2005 3. 4. 5. foulard ne refusent généralement pas de l’appeler « voile » ; en toute hypothèse, il s’agit de traduire en français ce qu’en arabe on désigne comme «hijab ». 6. iranienne, particulièrement austère et couvrante, de hijab. de burka le symbole et l’instrument de l’oppression des femmes musulmanes – et à travers elles des femmes tout court. Ainsi, beaucoup de féministes, tout comme les féministes de vue d’un foulard ; mais l’inverse était sans doute plus vrai encore, et beaucoup de personnes se sentant « agressées » à la vue d’un foulard se prétendirent féministes, voire en conclurent ou se persuadèrent qu’elles l’étaient, venant grossir les rangs du « féminisme prohibitionniste ». Si certaines femmes voilées se bornent, avec un certain à-propos, à leur suggérer une bonne psychothérapie pour soigner cette phobie on n’en est pas moins obligé de prendre en compte, comme un fait, cette réaction comme physique de refus du foulard, cet arc-réflexe qui se donne pour féministe. Pour de nombreuses féministes, en particulier parmi celles qui avaient contribué aux grands combats pour l’émancipation et les droits des femmes dans les années 1970, le foulard apparaissait comme la marque d’une régression au regard de leurs luttes passées, et elles supportaient difficilement le spectacle de ces jeunes femmes s’engageant dans une voie qui leur semblait tellement étrangère à celle qu’elles avaient défrichée et à laquelle elles avaient consacré des années de militantisme. Mais cette interprétation unilatérale du « foulard » qui servit de justification essentielle au prohibitionnisme militant soulève immédiatement une remarque : c’est la pre- 42 la «gauche», les Noirs et les Arabes 1. traditionnelle des femmes afghanes, qui couvre la tête d’un genre de panier grillagé à travers lequel elles peuvent voir, mais qui masque la totalité de leur visage. 2. psychanalystes observent que le sentiment d’agression personnelle en présence d’un voile renvoie les femmes, sous couvert d’opinion, à une part de leur propre inconscient. fabula naratur je raconte »), semblent leur dire les femmes voilées. mière fois dans l’histoire du féminisme que pour lutter contre ce que l’on estime être une forme d’aliénation et d’oppression des femmes, c’est aux femmes que l’on considère opprimées que l’on décide de s’en prendre. Ce « féminisme contre les femmes », tout comme le « féminisme de même phénomène: au mieux, un féminisme approximatif, au pire un féminisme factice. Pourtant, on ne peut se borner à ce constat dans la mesure où des militantes, dont le féminisme n’avait rien de factice, ont participé à ce concert. Leur réponse à cette objection consistait en deux arguments. Le premier est une simple application du principe évoqué plus haut, « la fin justifie les moyens » : l’exclusion de l’école des élèves voilées serait le seul moyen, pour les filles de familles musulmanes ne souhaitant pas porter le foulard, de résister à la pression de leur entourage. Ce serait ainsi une aide qui leur serait apportée dans « leur propre chemin d’émancipation au seul milieu scolaire n’empêcherait aucun père de famille de contraindre sa fille à porter le foulard en dehors de cet espace du collège ou du lycée de l’enseignement public. En outre, elle pourrait – et cela a été le cas – conduire à la déscolarisation de filles de plus de 16 ans. Le second argument opposé consiste à dire que les filles voilées ne seraient pas elles-mêmes des victimes mais des complices des oppresseurs, elles auraient choisi leur camp et devraient en assumer les conséquences. Cet argument guerrier est particulièrement mal venu dans la mesure où personne n’a jamais pu 43 Les termes du débat 1. employée à l’Assemblée nationale par le député communiste de Seine-Saint- Denis François Asensi pour justifier son soutien à la loi d’exclusion. citer un seul cas d’une fille voilée voulant rendre obligatoire pour les autres ce qu’elle s’impose à ellemême. En outre, ce que montre un examen attentif des réalités, c’est que nombre d’entre elles appartiennent à des fratries dans lesquelles certaines soeurs le portent et d’autres non, ou encore le portent contre le souhait ou la volonté de leurs parents. Cette théorie policière de la « complicité » ou du « camp choisi» était étrangère à l’arsenal militant du féminisme qui, jusqu’alors, ne s’était jamais retourné contre les femmes s’identifiant à des modèles qu’il rejetait. L’un des éléments qui a fait du débat sur le foulard un faux débat est précisément le refus d’entendre ce que les filles voilées pouvaient bien avoir à en dire et même d’envisager, au-delà de leur propre discours, la portée de leur choix indépendamment de la tradition dont elles pouvaient se réclamer. Or, si l’on met à part les travaux simplement apologétiques ou journalistiques en quête d’exotisme orientaliste, les études des sociologues comme le discours des intéressées laissent apparaître des significations bien plus complexes et multiples au choix du foulard par de jeunes musulmanes dans la France d’aujourd’hui. Le besoin d’affirmation identitaire ou personnelle dans un monde aux repères brouillés, la volonté de résistance culturelle aux moules dominants ou le souci d’une adhésion scrupuleuse à des règles religieuses vécues comme impératives s’y mêlent et s’articulent, ren- 44 la «gauche», les Noirs et les Arabes 1. commission Stasi de ne pas entendre de femmes voilées : « Nous ne sommes pas convaincus par vos arguments », leur disait-on à l’avance. L’un des buts de l’ouvrage précité parlent un rééquilibrage, même limité, au débat. dant caduque toute tentative d’une explication simpliste de cette réalité Ainsi, dans le mouvement féministe comme ailleurs, le débat à propos du foulard a divisé les tenantes et tenants d’une dogmatique abstraite, cantonnée dans l’ignorance plus ou moins consciente et plus ou moins volontaire, et donc plus ou moins coupable, des réalités vécues, et celles et ceux qui reconnaissaient sous le voile des êtres pensants, faits de chair et de sang, et parfaitement dignes d’écoute et de respect. Il ne semble pas qu’on ait assisté à de tels déchirements dans le mouvement féministe à propos d’autres pratiques vestimentaires ; et là encore, comme dans le cas du prohibitionnisme «laïque», on ne peut s’empêcher de s’interroger sur les raisons qui font un sort particulier au foulard, dans des termes impensables, par exemple, pour les talons-aiguilles ou pour la minijupe. On a dit que la femme voilée se soumettait ainsi au désir de l’homme ; il est pourtant difficile de faire du hijab un attribut particulièrement érotique. On a reproché au foulard d’être en toute hypothèse un marqueur d’identité sexuelle, inadmissible en tant que tel ; le point n’est pas inexact, mais de tels marqueurs sont nombreux dans des usages qui ne sont que rarement remis en cause, condamnés, et on a pu entendre ce reproche dans la bouche de femmes qui n’hésitent pas à porter du rouge à lèvres ni à chausser des talons hauts 45 Les termes du débat 1. Dounia Bouzar, pas Nordmann islamique en question Françoise Gaspard et Farhad Khosrokhavar, République Joan W. Scott, et Véronique Giraud, introduction à Alma et Lila Lévy, nombreux travaux cités ; Collectif, filles voilées parlent



































