12/12/2014

Qui attise la haine contre les travailleurs migrants?

Alors que en Belgique, Theo Francken cire ses bottes et multiplie les actes et insinuations ambigües, l'Allemagne (devenue la première destination des demandeurs d'asile en Europe), connaît une préoccupante montée xénophobe anti-immigrés.

Contrairement à Theo Francken (N-VA.), le ministre de l'Intérieur allemand, Thomas de Maizière évite de jeter de l'huile sur le feu : "Il n'y a pas de danger d'islamisation de l'Allemagne, et certainement pas en Saxe", où les gens nés à l'étranger ne représentent que 2,2% de la population, a t'il relativisé.

AFP - Devenue ces dernières années la principale destination d'immigration en Europe, l'Allemagne observe avec inquiétude la montée d'une vague populiste, avec la multiplication ces dernières semaines de manifestations hostiles aux étrangers. Ces manifestations dans plusieurs villes à travers le pays sont organisées ou soutenues par divers mouvements d'extrême-droite ou néonazis, y compris le jeune parti anti-euro, Alternative pour l'Allemagne (AfD), qui a pris un virage xénophobe.

Emblématique de cette mouvance populiste, un groupe baptisé "Européens patriotes contre l'islamisation du pays" (Pegida), lancé en octobre, monte en puissance. Les rassemblements , regroupant jusqu'à plusieurs centaines de personnes, ont rapidement essaimé. Lundi dernier, Pegida a cependant créé la surprise en rassemblant 10.000 personnes à Dresde, la capitale de la Saxe, un Land d'ex-Allemagne de l'Est en proie à des difficultés économiques et sociales.

Ces manifestations se tiennent dans un contexte d'immigration DITES massive vers l'Allemagne.  (...) L'Allemagne est aussi devenue la première destination des demandeurs d'asile en Europe, et ses structures d'hébergement sont saturées. Depuis le début de l'année, elle a accueilli 180.000 réfugiés (+57% par rapport à la même période en 2013), notamment des personnes fuyant des pays ravagés par les conflits: Syrie, Irak, Afghanistan, Somalie... ainsi que de nombreux Roms des Balkans.

La grosse manifestation de lundi à Dresde n'a pas attiré seulement des militants d'extrême-droite, elle a aussi mobilisé de simples citoyens mécontents, donnant le sentiment que l'expression publique de sentiments xénophobes n'était plus tabou dans un pays pourtant marqué par le nazisme. De nombreux manifestants "ont échoué dans leurs vie et leur travail et projettent sur les autres leurs propres échecs. Ils cherchent des bouc-émissaires", a estimé Rainer Wendt, président du Syndicat des policiers allemands, dans une interview à la chaîne de télévision n-tv.

Officiellement, Pegida mobilise contre les jihadistes ou les étrangers qui refusent de s'intégrer. Mais durant les manifestations, "élites politiques", "bureaucrates européens" et "grands médias", promoteurs d'un multiculturalisme qui "dilue" la culture allemande, étaient également éreintés. (...) 

Face à cette situation, le gouvernement allemand tente de réagir. Mercredi, lors du congrès du parti conservateur de la chancelière Angela Merkel, la CDU, une motion a été votée, affirmant que "les activités subversives islamistes ne seront pas tolérées".

"Il n'y a pas de danger d'islamisation de l'Allemagne, et certainement pas en Saxe", où les gens nés à l'étranger ne représentent que 2,2% de la population, a relativisé le ministre de l'Intérieur, Thomas de Maizière.

AFP