28/02/2009

Etude sociologique sur le mouvement des sans papiers en Belgique - janvier 2009, Occupation des Universités/UCL-FOPES/ rapport de l'OCDE/ régulariser malgré la crise

UNIVERSITE CATHOLIQUE DE LOUVAIN

Faculté ouverte de Politique Economique et Sociale (FOPES)

Cours de Sociologie -  Professeur VERHOEVEN Marie


ucl

LA DYNAMIQUE DE LA MOBILISATION

 DANS LE MOUVEMENT

DES SANS PAPIERS

EN BELGIQUE:

LES OCCUPATIONS DE L'ULB, UCL, …

 

 

 

Etude réalisée par : Arschoot Sophie - Berger Alice - Gerardo Cornejo - Kabengela Isidor - Leclercqs Renaud - Piazza Luca

 

JANVIER 2009

IV. ORGANISATION, STRUCTURE ET PRISEs DE Décisions.


 

TABLE DES MATIERES

I. Introduction..................................... 3

II. Méthodologie.......................................4

III. Historique........................................5

1.     L’immigration en Belgique.............................................................5

2.     L’ « après-régularisation 1999-2000» et la naissance de l’Union     pour la Défense des sans-papiers (U.D.E.P.).................................7

3.     Naissance du groupe occupant l’ULB............................................9

 

IV. ORGANISATION, STRUCTURE ET PRISEs DE Décisions......12

1.  Les Assemblées Générales, les occupations et les Bureaux.........12

2. Organisation de la vie quotidienne à l'occupation de l'ULB.......15

 

V. Analyse de la création d’un mouvement collectif durable selon G. Bajoit..................................................................16

 

1.      Analyse des processus et des conditions de l’action collective conflictuelle :

      le cas de l'UDEP et de l'occupation de l'ULB..................................16

Premier processus : « De la privation à la frustration »................................16

Deuxième processus : « de la frustration à la mobilisation »........................19

Troisième processus : « de la mobilisation à l’organisation » ......................21

 

2.     L’occupation de l'ULB rencontre-t'elle le troisième processus ?..........23

 

vi. Conclusion.....................................25

 

VII. PISTES D'ANALYSE ET HYPOTHèSES........................................26

LEXIQUE..............................................................27

BIBLIOGRAPHIE...................................................28

ANNEXES.....................................................30

 

 


 Un immense merci à Guy Bajoit, sociologue et professeur à l'UCL, pour nous avoir guidé par ses travaux et ses conseils dans cette recherche. En espérant avoir su user des outils qu’il nous a donnés, pour aider ceux qui luttent et construisent l’égalité sociale : « valeur fondamentale à défendre, sans laquelle nos sociétés ne peuvent être pleinement humaines », comme il le dit…

                                                                                                                                                   I.      Introduction


   

 

 

L’immigration n’est pas le fruit du hasard. A quelques exceptions près, les flux de réfugiés sont liés à un contexte historique, politique, économique et/ou sécuritaire.


En Belgique, comme dans d’autres pays de l’Union Européenne et du monde, l’immigration constitue un phénomène d’actualité sociale complexe et politiquement très sensible.

Une majorité de migrants se retrouvent en situation administrative irrégulière ou extrêmement instable, devenant dès lors ce qui est communément appelé des « sans papiers », constituant dans nos sociétés une nouvelle minorité dont l'existence de vie paupérisée et précaire rend ses membres particulièrement vulnérables.

A travers les médias, nous pouvons voir qu'une partie de ces migrants revendique des droits et mène des actions de contestation de façon assez récurrente en Belgique et parfois de façon « spectaculaire » (occupations, prises de grues, grèves de la faim,...). Nous avons voulu comprendre ce phénomène qui nous est physiquement proche dans le cadre d'une approche sociologique.

      Nous avons donc choisi d'étudier la manière dont émerge et s’organise la dynamique de mobilisation sociale des immigrés sans-papiers. Particulièrement celle de ceux qui s’engagent dans des actions collectives et occupent des bâtiments publics pour revendiquer leur droit de séjour en Belgique.

Notre étude comporte deux sections principales :

Dans la première, nous présentons l’histoire de l’immigration en Belgique, en y incluant l'histoire des actions de défense des droits menées face à ce phénomène.

Nous analysons, dans la seconde, les processus d’action collective des immigrés sans papiers à l’aide de la théorie des mouvements sociaux proposée par le sociologue Guy Bajoit[1].

Nous avons pris comme sujets d’analyse l’Union pour la Défense des Sans-papiers (U.D.E.P.) et l’occupation actuelle du gymnase de l’Université Libre de Bruxelles (U.L.B.) par des personnes sans-papiers. Cette action a démarré le mardi 4 novembre 2008.

Nous avons cherché à savoir, dans cette seconde partie, si ces deux acteurs étaient des « mouvements sociaux » selon les conditions nécessaires à leur existence définies dans les thèses de Guy Bajoit, notamment la condition de pérennité et de voir dans quelle mesure le mouvement des sans papiers actuel, constitue une nouvelle forme de mobilisation et de lutte sociale dont pourraient s’inspirer les mouvements sociaux.

 

 

 


 

 

 

                                                                                                                                                  II.      Méthodologie

 

Approche scientifique :

Vu l'ampleur du sujet « immigration » et des limites d'investigation dues aux circonstances de notre étude, nous avons, dès le départ, décidé de circonscrire le champ de notre recherche.

Nous avons rencontré le professeur Guy Bajoit qui nous a amenés à comprendre que pour étudier une « occupation », il nous fallait d’abord comprendre le phénomène d' « occupation » lui-même. A savoir; la naissance de ce mouvement social, sa dynamique d'action collective, ses moteurs et ses moyens de lutte et le processus de mobilisation même de ses membres, qui permet qu’un tel mouvement prenne forme et existe aujourd’hui en Belgique.

Nous avons donc concentré notre recherche sur l’ensemble du mouvement des personnes sans-papiers occupant les universités et notre question de départ s’est formulée comme suit : « Comment s’organise la mobilisation des immigrés sans-papiers en Belgique ? Le cas du mouvement UDEP à travers l'occupation de l'ULB.»

            Ainsi, partant de cette question, nous avons appliqué le cadre d’analyse des mobilisations sociales de Guy Bajoit au mouvement UDEP (Union de défense des personnes sans papiers) à travers l’occupation de l'ULB et des universités organisée par ce mouvement.

 

       Mise à plat de nos préjugés :

Avant même d'entamer notre questionnement, nous avons décidé d'exprimer et d'assumer nos préjugés afin d'en prendre conscience et de mieux objectiver notre travail.

Notre groupe a identifié des préjugés portant sur trois aspects, nourris à l’égard des personnes sans papiers ou de leurs actions:

-        Les femmes : Elles sont présentes dans ce genre de mouvements pour lui donner du crédit et de la sympathie mais elles ont peu de responsabilité et sont donc peu actives.

-        Elles soutiennent généralement les activités initiées par les hommes, mais leur participation est minimale. Elles sont rarement parmi les leaders dans ce type d’actions. Nous les imaginons comme des suiveuses qui ne s’impliquent pas beaucoup car dominées par l’homme.

-        Les sans-papiers : nous avons le sentiment qu’il leur manque la volonté de s’intégrer, l’intérêt pour le pays d’accueil et pour ses habitants.

-        Nous pensons que les sans-papiers ne s’informent pas correctement, peut-être par manque d’instruction, et qu’ils ont une image fausse des pays occidentaux (sorte d’Eldorado) et de la Belgique en particulier.

-        Les occupations de sans-papiers : nous ne voyons pas bien en quoi une occupation peut régler le problème des sans-papiers.

-        Il s’agit d’une action à l’ampleur bien limitée qui ne permet pas de régler le problème en profondeur. L’occupation  représente un genre de pression qui ne mène pas à grand-chose. Les personnes originaires du Maghreb ne savent pas s'organiser collectivement et il est impossible qu'ils observent des règles fixées par le groupe. Le Gouvernement reste assez passif face au problème de la régularisation des sans-papiers à moins de frôler la mort (faire une grève de la faim, monter sur des grues, …). Le Gouvernement a rarement cédé. Ne s’agit-il pas d’une manipulation des classes bien pensantes envers les sans-papiers qui se laissent entraîner dans un mouvement dont les finalités et les enjeux leur échappent totalement ?

Nous avons voulu que notre travail permette une remise en question de ces idées reçues et permette au lecteur d'effectuer une démarche dans le même sens.

 

NB: Un des auteurs de cette recherche étant membre actif de l'UDEP, son expertise et ses relations nous ont été précieuses. Cependant, dans un souci d'objectivité nous l'avons écarté des tâches où son implication dans le mouvement pouvait avoir une influence sur l'objectivité du travail (recueil de témoignages,...) et ne nous sommes basés que sur des données écrites, recueillies ou observées.

 

 

 


 

 

 

                                                                                                                                                           III.      Historique 

 

1.      L’immigration en Belgique

 

 Les Origines

Depuis 1830 et au cours du 19ème siècle, la Belgique ne connut pas de grandes vagues d’immigration. Elle pourrait être considérée, à cette époque, comme une terre d’émigration plutôt que d’immigration.

Ce fut au lendemain de la première guerre mondiale, par souci de développement économique notamment pour l’industrie du charbon et de la métallurgie, qu’un grand nombre de migrants arriva en Belgique comme main-d’œuvre étrangère. Entre 1920 et 1930, il y eut une arrivée de 170.000 étrangers. Ils vinrent tout d’abord de France, puis des campagnes pauvres de Pologne, d’Italie et d’Afrique du Nord. Cette immigration se concentra surtout dans les zones industrielles de Wallonie.

En 1930, la crise économique engendra un taux de chômage élevé. Cela poussa l’Etat à renvoyer beaucoup d’étrangers chez eux. En 1936, pour limiter l’arrivée de la main d’œuvre étrangère un Arrêté Royal[2] instaura l’obligation d'être en possession d’un permis de travail.

 

Vers un contrôle étatique de l’immigration

Après la seconde guerre mondiale, la Belgique dut se reconstruire. L’Etat pris alors le contrôle de l’immigration en signant différents accords de transferts de main-d’œuvre. Le premier accord fut signé avec l’Italie en 1946. Ainsi arrivèrent 50.000 travailleurs italiens, à destination des mines. Cependant, suite à la catastrophe du Bois-du-Cazier à Marcinelle en 1956 faisant 260 victimes dont 136 italiens, l’Italie rompu cet accord.

A partir de 1950, la Belgique connut une grande croissance économique qui nécessita un renfort de main d’œuvre. Aussi, d’autres conventions furent signées : avec l’Espagne en 1956 ; la Grèce en 1957 ; le Maroc et la Turquie en 1964 ; la Tunisie en 1969, et l’Algérie et l’ex-Yougoslavie en 1970. A ce moment là, la main d’œuvre étrangère intégra également le secteur tertiaire, celui du bâtiment (les ouvriers marocains ont notamment participé à la construction du métro bruxellois), etc.…

 En 1970, le gouvernement met en place une politique d’immigration familiale via le regroupement familial afin de stabiliser la main d’œuvre. On passe d’une « immigration de travail », à une « immigration de peuplement ». En effet, jusqu’alors la politique d’immigration se limitait à contrôler les entrées et les sorties du territoire en fonction des besoins économiques belges.

Après la première crise pétrolière, en 1974, le gouvernement décide de réduire le nombre de permis de travail accordés. Le permis de travail n'est alors octroyé qu'aux étrangers ayant des qualifications nécessaires au marché du travail du territoire belge.

Pour maintenir le flux de migration, l’Etat maintient le regroupement familial, le statut d’étudiants étrangers, et le droit d’Asile (la Belgique ayant signé la convention de Genève[3]).

Dans un même temps (années 70), des voix s'élèvent pour revendiquer l’intégration[4] des étrangers. Deux types de politiques d’intégration s'opposent alors : l'une privilégiant la citoyenneté par le droit de vote, et l'autre privilégiant la nationalité par la naturalisation. En 1984, la loi Gol[5] opta pour la seconde.

 

Vers un statut d’« illégal »

A partir des années 80, mais surtout dans les années 90, le nombre de demandeurs d’asile augmenta fortement. La plupart des réfugiés vinrent de pays traversant des crises politiques, sociales, économiques et/ou subissant des conflits armés (tels que; Rwanda, Ex-Yougoslavie, Roumanie, Turquie, Afghanistan, Irak, etc.)

En matière de droit d’asile, la Convention de Dublin, signée le 15 juin 1990[6], uniformisa la politique des pays de l’union européenne sur les conditions d’accès et d'établissement des demandeurs d’asile dans l’espace Schengen[7].

Ceux qui n’obtenaient pas le droit d’asile recevaient un ordre de quitter le territoire (O.Q.T.). Cependant, certains d’entre eux firent le choix de rester et devinrent dès lors des « sans-papiers [8]», des illégaux. Tout au long des années 90 les autorités régularisèrent au compte-goutte certains illégaux.

 

 Vers une politique de régularisation[9]

Le 22 septembre 1998, une jeune demandeuse d’asile nigériane meurt étouffée par un coussin que des policiers lui maintiennent sur le visage alors qu’elle se fait expulser de la Belgique. Ce drame (filmé) qui sensibilisa fortement l’opinion publique, marque un nouveau tournant dans l’histoire de l’immigration belge. Les « sans-papiers » furent au centre des préoccupations médiatiques et politiques. Plusieurs comités de sans-papiers virent alors le jour, essentiellement composés de Congolais et d’Africains sub-sahariens. Ils mirent sur  pied une coordination à l’échelle nationale, le Mouvement National pour la Régularisation des Sans-papiers et des Réfugiés (M.N.R.S.P.R.).

En octobre 1998, un groupe de sans-papiers, sous l’influence d’associations de soutien (constituant le M.N.R.S.P.R.[10]), occupa l’Eglise du Béguinage à Bruxelles. Leur objectif était de contribuer  à un débat sensé débloquer la situation des clandestins en Belgique. La décision était prise d’occuper l’église jusqu’en juin 2001. Le 25 novembre 2000, une vingtaine de sans-papiers (originaires du Maghreb) qui occupaient l’église du Béguinage à Bruxelles doivent quitter les lieux suite à l’incendie du toit de l’édifice, après plus de deux ans d’occupation et de lutte.

Suite à ces événements, le gouvernement promulgua une loi le 22 décembre 1999[11] définissant des critères clairs de régularisation. S’ensuivit une vague de régularisations, mais limitée dans le temps. En effet, le gouvernement avait fixé la date d’échéance de sa campagne de régularisation au mois de juin 2001. Entre le 10 janvier et le début février quelque 32.000 dossiers sont déposés, concernant plus de 50 000 personnes, environ 80 % des demandes ont été acceptées. A ce jour, il n’y a plus eu de régularisation de sans-papiers d’une telle envergure, il n'y a eu que des régularisations au cas par cas. Il n'y a plus eu de critères de  régularisation clairement défini, l'appréciation de ceux-ci sont laissés au pouvoir discrétionnaire du Ministre en charge de l'Office des étrangers (administration des demandes de régularisation e.a.).


 

2.      L’ « après-régularisation 1999-2000» et la naissance de l’Union pour la Défense des sans-papiers (U.D.E.P.)

 

1ère phase : Naissance du mouvement

Après la régularisation de 1999, considérée comme une victoire pour l'ensemble du mouvement, il y eut un temps de tassement et de relâche, un nombre plus ou moins important de sans papiers étant régularisés. Du mouvement jadis composé de collectifs de sans-papiers, de collectifs de citoyens belges et d’immigrés, d'associations et de syndicats, ne restent actifs que des collectifs de résistance aux expulsions et centres fermés. En 2004, surgit dans les réunions de ces collectifs, l’idée d’un mouvement de sans-papiers autonome, mouvement fait par et pour les sans-papiers.

Septembre 2004 : Les premiers militants sans-papiers se réunissent et s’initient à Liège et donnent naissance à l’UDEP.

Le mouvement U.D.E.P., c’est-à-dire l’Union pour la DEfense des sans-Papiers, a défini le « Sans-papiers » comme; « toute personne n’ayant pas un permis de séjour illimité sur le territoire Belge ». Ses revendications sont : la régularisation de tous les sans-papiers, la suppression des centres fermés et l’arrêt des expulsions.

 

2ème phase : Occupations durables – Attentes et lobbying politique

2006 : La première grande victoire de l’UDEP est l'occupation de l'église St-Boniface à Ixelles. Cette occupation fut un véritable leadership en Belgique et eut un énorme impact auprès de l’opinion publique et du monde politique (proposition de la « Loi U.D.E.P.[12] »). Suite à la régularisation de 130 occupants de l'église, le mouvement a entamé des actions d’occupation sur tout le territoire belge.

Ainsi en 2006,  l'U.D.E.P. organisa une quarantaine d’occupations à travers tout le pays. L'action du mouvement a alors pour but principal la sensibilisation et la mobilisation des citoyens Belges et de la société civile (syndicats, associations, églises,...).

Après l’échec du vote de la « Loi U.D.E.P. » au parlement, les partis favorables (PS, CDH, Ecolo, CD&V) reportèrent la  régularisation après les élections de juin 2007.

2007 : Epuisement progressif des occupations malgré une mobilisation qui reste forte.

 


3

Occupations temporaires

ème phase: Déceptions politiques –

Juin 2007 : Les élections fédérales donnent naissance au gouvernement Leterme. Le mouvement s'attend à une régularisation imminente des sans-papiers tel que l'ont promis de nombreux partis. Cependant, l’instabilité politique au sein du gouvernement rend compliquée la mise en place d'une régularisation et place celle-ci loin des priorités politiques.

Septembre 2007 : Début de la série des grèves de la faim.

A Evere (région bruxelloise), 31 sans-papiers regroupés dans le CSPL (Collectif des Sans-papiers en Lutte), démarrent une grève de la faim. Au bout de 49 jours, ils obtiennent un droit de séjour de six mois prolongeable pour raisons médicales. Suite à cette « régularisation », la contamination se répand et beaucoup de sans-papiers entament des grèves de la faim.

Novembre : L'assemblée générale (A.G.) des sans papiers de l'U.D.E.P. qui se tient chaque semaine à Anderlecht décide d’occuper désormais des bâtiments publics et de sortir des églises.
Après avoir occupé le siège central de la F.G.T.B.,
l'U.D.E.P. occupe un bâtiment de la Communauté Française situé rue Royale à Bruxelles. 150 sans-papiers y entament une grève de la faim de 50 jours qui leur donne un droit de séjour de 3 mois renouvelable et un permis de travail. Nombre d'entre eux seront régularisés définitivement et l’afficheront dans les futures A.G. de l’U.D.E.P.

19 mars: Le gouvernement arrive à un accord, notamment sur l’immigration. Il prévoit à ce sujet que la Ministre en place de l’Asile et de l’Immigration (Annemie Turtelboom) fixe les critères de régularisation dans une circulaire. Celle-ci ne verra jamais le jour, ce qui relance de nouvelles actions.

De mai à septembre 2008 : Multiplication des occupations et des grèves de la faim :

Le 12 mai: l'occupation U.D.E.P. de l'Eglise de Forest entre en grève. 40 personnes après 60 jours de grève vont obtenir un titre de séjour de 3 mois et un permis de travail (qui seront renouvelés).

Eglise du Béguinage (Bruxelles), en juin, 160 personnes du CSPL, après 56 jours de grève, obtiennent un permis de séjour de 9 mois et un permis de travail C.

En août à l'occupation de la Maison de l'Amérique Latine, 15 personnes en grève de la soif puis de la faim de 60 jours obtiennent un titre de séjour de 3 mois ainsi qu’un permis de travail B.

Toujours en août : Occupation de l'U.D.E.P. au Solbosch à l'ULB; 85 personnes après 70 jours de grève (de la soif puis de la faim) obtiendront un titre de séjour de 3 mois et un permis de travail B (qui seront renouvelés).

En septembre, occupation d'Afghans et d'Irakiens à St-Josse en grève de la faim. Ils sont délogés vers Evere et n'obtiennent rien.

 


 

3.      Naissance du groupe occupant les Universités

 

La décision d’« ouvrir » une occupation

 

Septembre 2008: sept membres actifs de l'UDEP. Bruxelles qui forment ce qu'on appelle son « bureau », se réunissent et décident de reprendre les actions. L'idée est de faire une occupation « massive » qui en fera naître de multiples autres.

La première A.G. a lieu fin septembre 2008, elle réunit une quinzaine de personnes. Il y est décidé d’attendre la fin du ramadan et de constituer un petit groupe de 10 sans papiers qui distribueront des tracts pour appeler plus de monde aux prochaines A.G..

Début octobre, il y a 20 personnes à l'A.G.. Elles jugent l'accord gouvernemental acceptable et ils se demandent comment faire pour que celui-ci soit appliqué. L'A.G. convint d'attendre le 14 octobre, car le gouvernement avait promis de donner une réponse  pour cette date et qu'il n'y aurait pas plus de présence aux A.G. Avant cette date.

Lundi 20 octobre, n’ayant eu aucune réponse positive du gouvernement, l'A.G. (80 personnes) décide d'ouvrir une occupation et commence à définir sa stratégie pour cette action, tout en mobilisant toujours plus de monde.

Lundi 27 octobre : 120 personnes. L'AG décide d'ouvrir une première occupation symbolique dans une église pour 48h et fixe le règlement pour l'occupation ; « Les décisions se prennent en Assemblée Générale, pas de drogues, pas d'alcool, pas de violence ».

Mercredi 29 octobre: Occupation de l'Elise d'Anderlecht pour 48h qui permet de dresser une liste de 500 personnes prêtes à occuper et à médiatiser l’action.

 

L'ouverture de l’occupation :

 

Mardi 4 novembre 2008 – 8h00: Occupation d'un bâtiment vide d'Electrabel à Ixelles par 250 personnes sans-papiers. S'en suit un accord avec le propriétaire du bâtiment.

Mi-novembre : D’autres sans-papiers investissent le bâtiment,  ils sont alors plus de 500.

18 novembre : Expulsion. Le groupe est dans la rue avec de nombreux étudiants. Sur la proposition de l’un d’entre eux, le groupe décide d'occuper l'ULB. Le groupe poursuivit par la police, s'empare du hall des sports de l'ULB et s'y installe. L'Université finit par tolérer l'occupation et appelle les autres universités du pays à accueillir des occupations.

Décembre : Il y a 400 personnes dans le grand hall des sports, des anciens d'Electrabel et des nouveaux occupants. L'ULB a mis en place un comité de liaison pour faire le lien entre l’ULB et les occupants.

7 décembre : le groupe de l'ULB ouvre une occupation à la VUB, Bruxelles. S'y installe une centaine d'occupants. La VUB accepte très rapidement l’occupation et met deux locaux à sa disposition. C’est la première occupation en territoire « flamand » depuis 2 ans.

30 janvier 2009 : les occupants de l'ULB et de la VUB ouvrent une occupation à l'UCL, Louvain-la-Neuve. Soutenue par les étudiants de l’AGL très engagés et des habitants de la ville, l’occupation est bien accueillie par les autorités académiques. Un comité de soutien se met en place et commence la mobilisation.



[1]               Professeur de sociologie à l’Université Catholique de Louvain, Guy Bajoit a joué un rôle important dans l’émergence puis dans la prise en compte, en sociologie, de la problématique du changement et des mouvements sociaux.

 

[2]           L’arrêté royal du 31 mars 1936 instaure l’obligation d’être porteur d’un permis de travail.

[3]               La Convention relative au statut des réfugiés, dite Convention de Genève, adoptée le 28 juillet 1951, définit les modalités selon lesquelles un État doit accorder le statut de réfugié aux personnes qui en font la demande, ainsi que les droits et les devoirs de ces personnes.

[4]               Cfr. Lexique

[5]               La loi du 28 juin 1984, dite loi Gol, octroie la nationalité belge aux immigrés de deuxième (en cas de mariage mixte) et troisième génération.

[6]               La Convention de Dublin détermine les compétences en matière d'asile entre chaque pays. Elle fixe les critères relatifs au pays compétent pour traiter la demande et évite qu'un requérant débouté ne dépose une autre demande d'asile dans un autre État membre.

[7]               La Convention de Schengen, adoptée le 19 juin 1985, prévoit la suppression des contrôles d'identité aux frontières entre les pays signataires. Le territoire ainsi créé est communément appelé Espace Schengen, a été institutionnalisé à l'échelle européenne par le traité d'Amsterdam de 1997 (art.2).

[8]               Cfr. Lexique

[9]               Cfr. Lexique

[10]             Le Mouvement national pour la régularisation des sans-papiers et des réfugiés

[11]             Loi relative à la régularisation de séjour de certaines catégories d'étrangers séjournant sur le territoire du Royaume du 22 décembre 1999.

[12]             La proposition de loi relative à la régularisation des étrangers sur base de critères clairs et permanents, dite Loi U.D.E.P., vise à instaurer une commission de régularisation permanente se basant sur des critères clairs (par exemple: maladie, liens durables avec la Belgique, projets économiques, impossibilité manifeste de retourner dans le pays d’origine,…)


 

§         Organisation spatiale :

A l’investissement des lieux, les hommes commencent à s’organiser en présence des responsables de l’UDEP. La répartition des places se fait sans discussion préalable et s'établit progressivement par la disposition des matelas (Cfr. infra : Plan 2). Cependant, le regroupement s’est fait sur une base communautaire. Sept grandes communautés[1] se sont dégagées mais elles ne sont pas représentatives de l’ensemble des nationalités présentes. Les femmes arrivent peu après avec les enfants et rejoignent leurs communautés exception faite des femmes maghrébines qui se regroupent et pour lesquelles est créé un espace clos leur donnant plus d'intimité.

Le bâtiment comprend au sous-sol : des douches et des vestiaires, ainsi que des sanitaires. La répartition des sanitaires entre les hommes et les femmes est rapidement établie. Les lieux comptent également une salle de jeux pour les enfants, un coin cuisine, une salle de réunions, un espace transformé en mosquée et des « coins » où les hommes se regroupent et discutent.

Vu le nombre d’occupants, la grande salle ne suffit pas à accueillir tout le monde. Des personnes s'installent alors dans le hall d’entrée, dans des secondes salles (plus petites) et derrière des portes.

Vu le surnombre, l’UDEP décide de clôturer les inscriptions pour cette occupation en ce qui concerne les hommes dans un premier temps et pour les femmes par la suite.

Lors de ces différentes phases d’occupation, une « liste » a été établie par l’UDEP afin de stabiliser l'occupation et de la présenter aux autorités de l’ULB. Cette liste se compose de 635 individus (excepté les mineurs). Si l’occupation débouche sur une régularisation des occupants, seuls les inscrits en bénéficieront.



[1]               Marocaine, Algérienne, Africaine subsaharienne, et de l'ouest, latino-américaine, Pakistanaise et Iranienne majoritairement.

 

 

 

1. Les Assemblées Générales, les occupations et les Bureaux :

Organigramme : Schéma des liens fonctionnels, organisationnels et hiérarchiques du mouvement UDEP en janvier 2009. Ce schéma doit être vu comme une aide pour cerner un mouvement très fluctuant et variable, la position des acteurs varie vite et ils ne sont pas consciemment structurés comme tel. Néanmoins il correspond à la réalité courante et commune des occupations actuelles. Comme le dit Mohamed, l'un des porte parole :« Il faut savoir qu'y'a pas de Hiérarchie, il y a une démarche participative. L’unique instance suprême c’est l’Assemblée Générale organisée à chaque fois par les Sans papier de l'Udep. L'Udep c’est un concept, un mouvement social existant via une action ».

NB:

1)       Il existe un secteur associatif à Bruxelles potentiellement très actif mais en janvier 2009 son soutien est ponctuel et faible et il n'est donc pas présent dans ce schéma.

2)       Il existe des associations de sans papiers, qui ne constituent pas un mouvement comme tel et mènent des actions sporadiques, en janvier 2009, il y a une occupation à l'église du Béguinage par le CSLP. Les collectifs UDEP en Wallonie et Flandre sont peu actifs et peu mobilisés en janvier 2009 et tentent de recréer une dynamique nationale.

3)       Suite à l'occupation de l'UCL un mouvement d'habitants, d'étudiants de l'UCL et de citoyens et d'associations mobilisées déjà autour de la Plate-forme de soutien aux sans-papiers, semble se dessiner mais il est trop tôt pour le dire.

 

L'Assemblée Générale, l' « A.G. » :

En principe, les assemblées générales ont lieu dans tous les lieux où se réunissent des personnes sans papiers de l'UDEP. L'on pourrait dire que « l'A.G. est l'UDEP » dans le sens où l'UDEP n'existe pas ailleurs que dans ses actions (il n'y a pas de locaux de secrétaire, de permanent,...). C'est à celui qui participe à l'A.G. et/ou à l'action que revient le « mérite » et surtout, le droit de décider. Trois règles de base prévalent dans une A.G. de l'UDEP:

-        Un ordre du jour est établi avec les membres présents au début de chaque A.G.

-        Chacun(e) a le droit de prendre la parole et nul ne peut l'interrompre.

-        Les décisions sont votées à la majorité simple et seules les personnes sans papiers ont droit de vote.

 

Les occupations et les Bureaux, description :

L'on voit sur l'organigramme que l'UDEP fonctionne comme un ensemble d'atomes reliés entre eux. Chacun de ces atomes constitue une dynamique particulière, interagit et dépend +/- des autres. Reliées entre elles, ces dynamiques forment le mouvement UDEP. Ainsi, l'on pourrait distinguer quatre dynamiques:  L'A.G. de Cosmos (Anderlecht) et les occupations de l'ULB, de la VUB et de l'UCL. [1]

1) L'A.G. de Cosmos et le « Bureau de Cosmos »:

Cosmos et une salle à Anderlecht où les personnes sans papiers de Bruxelles savent qu'il y a une A.G. en principe chaque lundi. C'est là que l'UDEP se retrouve depuis deux ans. Cette A.G. est devenue un lieu de rencontre, un point de repère et d'information précieux pour de nombreux sans papiers. L'A.G. peut rassembler entre 15 et 400 personnes.

Le « Bureau de Cosmos » est composé actuellement de 5 à 9 personnes avec et sans papiers constituant le « noyau dur » de l'UDEP. Les fonctions de ce bureau sont avant tout organisationnelles. Dans les faits, sa tâche essentielle est de veiller à ce que soit mis en oeuvre ce qui est nécessaire à la réalisation des décisions prises par les différentes A.G.

Ce que les membres ne savent ou ne peuvent pas faire, le Bureau le fait lui-même (ex: ouvrir de nuit un lieu d'occupation, faire une demande d'autorisation de manifester, contacter syndicats, partis politiques, police, envoyer un communiqué de presse,...).

A terme, ces tâches sont progressivement assumées par les membres et les occupants eux-mêmes au fur et à mesure qu'ils apprennent les « ficelles » et deviennent autonomes.

Le « Bureau de Cosmos » peut être vu comme une sorte de pouvoir exécutif et comme un bureau politique. C'est souvent au sein de celui-ci que se décide la stratégie globale du mouvement et que sont réfléchis les problèmes structurels liés à chaque occupation. Ce Bureau se réunit de façon régulière et communique surtout par e-mails et sms.

Pour les occupants des différentes universités, il est « la » référence et leur apparaît souvent comme une sorte de clef capable d'apporter des solutions à leurs problèmes particuliers et généraux. C'est de ce Bureau qu'émerge pour eux l'information la plus fiable et ils lui accordent une forte confiance et une grande reconnaissance (pour l'instant, car cela peut changer très vite). Ce Bureau a donc un fort pouvoir d'influence.

Etant peu nombreux et poursuivant une stratégie de multiplication des occupations, le Bureau tend à déléguer un maximum de responsabilités aux occupants et à leurs bureaux respectifs. L'autonomie de ceux-ci est assez élevée aujourd'hui. Par ailleurs, tous les occupants sont membres de l'UDEP et prennent leurs décisions en A.G.

2) L'occupation de l'ULB, son A.G. et son Bureau :

C'est dans une A.G. de Cosmos que s'est décidée l'occupation actuelle. Au fur et à mesure de l'occupation, les occupants se sont choisis des représentants qu'ils appellent portes-parole ou messagers. Les portes paroles sont aujourd'hui au nombre de 9 et représentent les communautés les plus présentes dans l'occupation. Ensemble, ils forment le « Bureau ULB ». Il y a une femme marocaine parmi eux, un iranien, un algérien, un pakistanais, un ou une latino-américain(e), un congolais, un nigérien et deux mauritaniens.

Les occupants de l'ULB tiennent des réunions en groupes restreints et souvent par communautés et par genre. L'A.G. les réunit périodiquement, le plus souvent lorsqu'un membre du Bureau Cosmos vient à l'occupation et l'organise. L'occupant est la personne qui dort régulièrement à l'occupation.

Le Bureau ULB est la référence pour le « Comité de liaison avec les sans papiers » qui est l'organe mis en place par l'ULB pour faire la médiation avec les occupants, organiser l'occupation et résoudre les problèmes liés à celle-ci. Dans ce comité, les occupants sont totalement indépendants et se gèrent seuls. Ils y négocient avec les autorités les conditions de l'occupation et la défendent. Dans ce comité, outre les autorités académiques sont présents, les représentants des étudiants, les syndicats FGTB et CSC, des professeurs,...

Depuis le mois de décembre, les occupants assurent seuls la gestion et l'organisation interne de l'occupation (sécurité, représentation, logistique, accueil des médias,..). Ils prennent en main également la gestion des inscriptions, de la recherche d'avocats et démarches vers les communes et CPAS (dossiers de demande de régularisation, demande de l'aide médicale urgente,...).

Le Bureau ULB se réunit avec le Bureau de Cosmos une fois par semaine à la salle Cosmos et parfois avec le Bureau VUB également. Le Bureau ULB y fait ses demandes de soutien pour telle ou telle démarche spécifique et le Bureau de Cosmos l'aide ou l'oriente. Ces réunions permettent de coordonner les deux bureaux, voire les trois quand ils sont tous réunis. Ces réunions servent aussi de lieu de médiation et de règlement des conflits entre les portes paroles des différentes communautés. Le mouvement y fait le point, définit précisément ses actions et y partage les dernières informations.

Les occupations VUB et UCL ont été préparées par le Bureau de Cosmos et amenées dans l'A.G. de l'ULB qui les a acceptées, en a fixé la date et les a alors entreprises.

Ce sont les occupants de l'ULB qui ont ouvert l'occupation de la VUB avec de nouveaux membres du mouvement. Ils ont également ouvert l'occupation de l'UCL et se sentent liés à chacune par le fait que les occupants de ces trois occupations constituent un seul et même collectif pour qui une demande de régularisation collective est introduite auprès de la Ministre de l'Asile et l'Immigration, A.Turtelboom. Tel est l'objectif de ces occupations.

3)  L'Occupation de la VUB, son A.G. et son Bureau :

L'organisation de la VUB est semblable à celle de l'ULB. Les occupants y ont choisis 8 portes parole et assument une large part des responsabilités eux-mêmes.

Par contre, ils tiennent seuls et très régulièrement des assemblées générales et sont extrêmement organisés.

Ils se réunissent avec les membres du Bureau de Cosmos régulièrement et bénéficient d'un fort soutien extérieur, ce qui n'est plus le cas à l'ULB.

4)     L'Occupation de l'UCL, son A.G. et son probable futur Bureau :

L'occupation venant de s'ouvrir, sa structure n'est pas encore établie.

 

2. Organisation de la vie quotidienne à l'occupation de l'ULB:

Description:

La plupart du temps, chaque communauté s’organise de manière autonome pour ce qui est de la vie quotidienne. Cependant, certaines tâches sont réparties par le groupe à son ensemble. Ex : le nettoyage, la distribution de la nourriture,… Ces tâches sont accomplies par communautés ethniques.

Au début de l’occupation, les femmes se réunissaient (toutes communautés confondues). D'après les témoignages, il semblerait que ce ne soit plus le cas aujourd’hui.

Les Algériens surveillent l’entrée du bâtiment. Les Africains sub-Sahariens gèrent le matériel (matelas de sport, bancs, parquet,…) pour éviter toute dégradation ou vol. Ils s’occupent aussi de bloquer les nouveaux arrivants qui voudraient s’ajouter à l'occupation et à la liste. Les repas sont préparés et pris sur place en petits groupes. Les femmes s’occupent des enfants et vont les conduire à l’école.

Toutes les personnes interrogées ont souligné l’ennui lié au manque d’activités. On a pu constater la présence de petites radios, de télévisions. Les hommes jouent beaucoup aux cartes. En raison de la promiscuité, les occupants se couchent et se lèvent tard. Le sommeil est difficile dans l'occupation. Les enfants dorment dans l'occupation, avec les femmes ils constituent une minorité.

On assiste également à beaucoup de mouvements. Certains quittent l’occupation pour aller travailler, chercher la nourriture, participer aux réunions de famille, au culte religieux ou aux loisirs, …

Pour les représentants des communautés, les réunions internes et externes (avec le gouvernement, les autorités de l’université,…) sont plus nombreuses que pour les autres occupants.

 

 

V. Analyse de la création d’un mouvement collectif durable selon G. Bajoit.

 

« (…) Les êtres humains sont capables de tout supporter (…) Pourtant, parfois, ils se déchaînent. D’OU la question : quelles conditions (quand ?) doivent être réunies, qui déclenchent quels processus (comment ?) qui les invitent à se rebeller ?(...) Trois processus au moins et beaucoup de conditions sont utiles, voire nécessaires. » [2]

Nous avons pu démontrer qu’un certain nombre de personnes vivent sur notre territoire en situation administrative irrégulière (Cfr. supra : Historique). L'on estime ce nombre à environs 100 000 personnes, ce qui représente une personne sur cent en Belgique.[3]

Par ailleurs, nous constatons que, depuis quelques années, une partie de ces personnes se regroupent en mouvement collectif et occupent des lieux afin de revendiquer leurs droits.

Cependant tout mouvement a besoin de passer par certains mécanismes pour se créer :

 

1.     Analyse des processus et des conditions de l’action collective conflictuelle :

le cas de l'UDEP et de l'occupation de l'ULB.

 

Premier processus : « De la privation à la frustration » [4]

 

« Il faut que la privation (objective) engendre chez les membres de la catégorie sociale concernée, un sentiment (subjectif) de frustration ; il faut qu’ils prennent conscience que « ce n’est pas juste », que « c’est scandaleux », que « c’est intolérable! »[5]

 

Quelles que soient les raisons qu'ils ont de quitter leurs pays d’origine (raisons liées à leurs parcours individuels), les « étrangers » viennent chercher une vie meilleure en Belgique, ou ailleurs en occident. Seulement, en tant que sans-papiers, la réalité est souvent toute autre. En effet, le statut de sans-papiers signifie ne pas avoir d’existence légale, donc pas d’accès au travail déclaré, et ainsi aux droits aux protections sociales et allocations sociales, aux soins de santé,… Cela signifie également être « expulsable » et pouvoir être détenu en centre fermé à tout moment et ce, sans avoir commis aucun délit.

La condition de sans-papiers entraîne une inégalité de traitements et de droits entre les habitants avec et sans papiers. Bref, sans-papiers est synonyme de privation et de frustration.

Cet extrait de l’interview d’Edith illustre ces notions:

« Il faut-être à bout. Moi ça fait 10 ans que je vis en Belgique. J’y ai fait mes études de podologue, puis d’esthétisme mais je ne peux pas travailler. Quand j’ai fait mes études je n’avais que mon passeport. J’ai fui la guerre dans mon pays. Ce n’est pas une vie ici en Belgique, c’est de la survie. J’ai du travailler en noir et on m’a arrêté, j’ai été incarcéré au centre fermé, j’ai eu un ordre de quitter le territoire immédiat. Je voulais pas rentrer chez moi, sans rien comme ça, j’y ai perdu tous mes liens, je n’ai rien là bas. Je ne veux pas en arriver à la grève de la faim.»

 

Pour ressentir cet état de privation comme une frustration, deux conditions préalables doivent au moins être remplies :

§         Première condition :

« Il faut qu’ils croient que c’est possible, maintenant : qu’ils aient l’espoir que leur situation va s’arranger maintenant et qu’ils peuvent accélérer cette amélioration en intervenant maintenant. » [6]

La notion d’espoir peut engendrer chez les personnes sans-papiers une frustration intolérable. Plus que leurs conditions de vie précaire, cette frustration devient invivable. Ils ne sont pas dans la résignation, ils ont l’espoir que les choses peuvent s’améliorer en agissant aujourd’hui. Les occupants doivent avoir l’impression qu’ils vont obtenir une solution. Celui qui espère souffre plus que celui qui n’espère pas. La souffrance les pousse à se mobiliser. 

« Donc, pour qu’ils y croient, il faut qu’ils voient des signes d’espoir : des signes de faiblesse chez les dirigeants... »[7]

Les régularisations successives des occupations qui ont mené des grèves de la faim (Cfr. supra : Historique) créent un précédent important car elles confirment l' « efficacité » de ce genre d'actions. En 4 mois entre juin et septembre 2008, ce ne sont pas moins de 6 occupations qui obtiennent des papiers après une grève. Cela représente près de 500 personnes. Cette circonstance met « le feu aux poudres » et a un effet entraînant qui provoque la multiplication des actions.

Si l'on se place dans la perspective d'une lutte entre les immigrés sans-papiers et la Ministre en charge de l'Asile et de l'Immigration, l'on peut voir là une erreur stratégique fondamentale de la part de la Ministre. En tout cas, que son acte soit volontaire ou pas, c'est un signal pour ses adversaires sans-papiers qu'elle peut céder et comment elle peut le faire.

 L’accord gouvernemental du 19 mars 2007 a été interprété comme un signe de bonne volonté et de victoire avec pour objectif d'arriver à une régularisation (Cfr. supra : Historique). Dans nos entretiens, la circulaire prévue par l’accord est vue comme la solution miracle. Seulement cette circulaire n’a jamais été adoptée, elle reste toujours en suspend. Ce report permanent peut être considéré comme un deuxième «  événement déclencheur qui met - le feu aux poudres - »[8]. Le fait que le gouvernement promette toujours, sans que cela ne soit suivi par des actions concrètes, pousse les sans-papiers à agir maintenant plutôt qu’hier ou demain, car il s’agit d’un signe de faiblesse.

Ainsi en témoigne cette remarque d’Edith :

« Je voudrais que les politiques valorisent leurs paroles…  A l’époque Turtelboom avait dit que c’était Verhoofstadt qui bloquait tout et que ce n’était pas de sa faute à elle. Et donc on attend, on attend toujours. Il y a déjà des accords, y a plus qu’à les appliquer. »

Et cet extrait de la lettre adressée au VLD[9] par les occupants de l'ULB et écrite par Wade, porte parole: « Il y a un mois que nous sans papiers, avons décidé de sortir de l’ombre pour revendiquer dignement et d’une manière pacifique notre droit à la reconnaissance humaine la plus banale, qui est, d’être régularisé. Cela est d’autant plus faisable qu‘il y a un accord sur ce sujet avec une date définie qui n’a pas été respectée. »[10]

Pour renforcer cet espoir, les sans-papiers peuvent aussi focaliser leur attention sur « un groupe de référence positif auquel se comparer (qui s’est déjà mobilisé, qui a réussi, dont la situation s’est améliorée, qui a pu éviter le pire) ». Aussi, bon nombre d’occupants prennent référence à la dernière régularisation des occupants du Béguinage qui ont obtenu une « carte d'un an » et des dernières occupations. (Cfr. supra : Historique)

« C’est l’unique manière pour obtenir nos papiers parce qu’il y a beaucoup d’occupations qui ont  fait comme ça et normalement il y a des papiers. » (Témoignage de Ben)

Certains comme Edith font même référence à l'occupation de 1998 qui avait amené une régularisation massive (50 000 personnes, cfr. supra : Historique) : « En 98 lorsque j’avais ma carte orange, j’allais souvent au Béguinage pour soutenir les sans papier et là ils ont régularisé tout le monde. Depuis il n’y a plus eu de régularisation (ndlr: « massive ») suite à une occupation. C’était la dernière il y a dix ans. » (Témoignage d’Edith)

 

§         Deuxième condition :

«  Il faut qu’ils attribuent la cause de leur privation à un autre acteur avec lequel ils sont en relations, si possible directes (…), c’est-à-dire à une source à laquelle ils peuvent s’en prendre. Autrement dit, la privation ne devient pas frustration si sa cause est attribuée à une origine contre laquelle ils ne peuvent rien (par exemple eux-mêmes, la fatalité, le destin,  Dieu,…) »[11].

Nous n’avons pas clairement posé la question : Qui est selon vous le responsable de votre situation actuelle ? Il nous est donc difficile d’identifier à qui ils attribuent leurs problèmes.

Cependant ce qui ressort de nos interviews, c’est une mise en cause du gouvernement et plus particulièrement de la ministre en charge de la Migration et de l'Asile, Anémie Turtelboom. Aussi, les chants lors des manifestations, la visent explicitement (voir annexes), à chaque manifestation est entonné par exemple: « Ooléélé, oolaala, Madame Turtelboom, on est toujours là! ». La majorité des manifestations des occupants de l'ULB se déroulent devant son cabinet situé rue de la Loi à Bruxelles et ils s'y rendront même tous les jours pendant une semaine (du lundi 9 au vendredi 13 février).

Par ailleurs, l’individu frustré ne se mobilise pas systématiquement, il peut adopter trois autres comportements :

-être loyal, afin d’en obtenir des faveurs individuelles ;

-rompre la relation et quitter le territoire belge pour un autre pays plus « accueillant » (défection).

- rester, et se contenter d’en faire le moins possible et profiter des failles du « système » (pragmatisme).

 

La frustration en elle-même n’est pas source d’un mouvement collectif durable. D’autres éléments sont nécessaires pour que de la frustration, les gens passent à l’action.

 

Deuxième processus : « de la frustration à la mobilisation »[12]

 

« Il faut que les membres de la catégorie sociale concernée soient entraînés dans la mobilisation par un ou plusieurs groupes d’activistes, qui entreprennent des actions concrètes. »[13]

 

Tout mouvement collectif a besoin de marcher derrière  un porteur de bannière. Ce rôle est actuellement assuré par les leaders de l’Union pour la Défense des Sans-papiers (UDEP).

« J’étais à la salle « Cosmos » où il y a une réunion chaque lundi pour les sans papiers. J’ai entendu qu’il y  aura une occupation au 133 à Ixelles. Donc j’étais là-bas avec tous les sans papiers. On a commencé là-bas puis on est ici à l’ULB. 

C’est dans la rue où l’on distribuait des flyers que j’ai découvert les réunions de l’U.D.E.P..  J’y ai été trois fois à ces réunions avant de me lancer dans l’occupation du bâtiment de la société Electrabel. » (Témoignage de Zoubida)

« J’ai appris par hasard qu’il y avait une organisation des sans-papiers et je suis venue y adhérer parce que c’est mieux d’agir en groupe qu’individuellement. » (Témoignage de Ben)

 

§         Troisième condition :

« Il faut qu’il existe une culture commune entre les membres des groupes d’activistes et l’ensemble de la catégorie sociale frustrée (…). Cette culture peut être fondée sur des critères objectifs (âge, sexe, race, situation administrative,…), sur une expérience partagée (profession, citoyenneté, condition sociale), sur des critères subjectifs (langues, idéologie, religion, mode de vie), et, si possible sur des traditions de lutte et sur une proximité géographique. »[14]

Nous pouvons dire que le nombre de sans-papiers présents dans les occupations est minime comparé au nombre de sans-papiers présents en Belgique.

Cela s'explique par le fait que l'occupation limite très vite le nombre d'occupants malgré de nombreuses demandes et peut-être aussi par le manque de points communs entre les sans-papiers de Belgique. Ainsi, il y a diversité culturelle, ethnique, générationnelle, idéologique, religieuse...

Cependant, ils partagent une condition commune, celle d’être « sans-papiers ».

« Cette notion de culture commune doit non seulement être partagée par les membres du groupe entre eux mais également partagée par les membres du groupe et par les activistes qui portent le groupe. »

Amin porte-parole, déclare[15]: « Nous, on est très civilisés, on n’est pas pour grève de faim, on est politique, avec l'agenda de l'UDEP! (…) »

Les activistes doivent avoir un vécu commun aux membres du groupe pour obtenir une crédibilité aux yeux des occupants. L’UDEP comprend en son sein à la fois des porte-parole « avec papiers » mais aussi, et en majorité, des porte-paroles « sans-papiers ». Les porte-paroles « avec papiers » doivent souvent se justifier aux autres membres pour maintenir leur confiance. C’est d’ailleurs bénévolement, que chacun endosse le rôle de « représentant ».

 

§         Quatrième condition :

« Il faut que la catégorie sociale concernée puisse faire valoir une contribution importante à la vie commune, un apport nécessaire, au nom duquel elle peut exercer une pression sur les adversaires visés ».[16]

Le rôle des travailleurs sans-papiers apparaît comme relativement secondaire dans la communauté belge et pour son économie. Ils ne sont pas considérés aux yeux de l’opinion publique comme étant indispensables à l’économie de la Belgique. Ce qui explique que quelle que soit l’action choisie (grèves, manifestations, occupations de bâtiment…), cela n’engendre pas de grande pression sur le bon fonctionnement de la collectivité.

L'argument du mouvement est essentiellement humain et porte très peu sur la contribution apportée à la Belgique; autre extrait de la lettre de Wade adressée au VLD : « Nous tenons à vous rappeler que personne de nous n’a choisi ce sort que nous vivons et qui est très pénible; il y a parmi nous des papas, des mamans, des enfants en âge de scolarisation, des ados, des intellectuels de bonne volonté qui sont prêts à donner de leur mieux pour ce royaume. »

 

Cependant, les sans papiers semblent avoir trouvé un fort moyen de pression dans les grèves de la faim qui s'avèrent plus dérangeantes. En effet, la non-assistance à personne en danger reste intolérable dans nos sociétés démocratiques qui se veulent respectueuses des droits de l’homme. Le gouvernement ne peut laisser mourir des gens, ainsi, face à une grève de la faim, il se retrouve « coincé » et régularise les grévistes au moins temporairement.

« C’est la première fois, (que je fais une occupation). S’il le faut moi je ferai la grève de la faim. » (Témoignage de Bouchra)

 

§         Cinquième condition :

« Il faut encore que le système d’interactions dans lequel la catégorie sociale est engagée comporte certaines caractéristiques qui favorisent la mobilisation, de préférence à d’autres solutions. (…) 

« Ce sera le cas : si  l’adversaire est intransigeant »[17]. 

Cette condition n’est pas totalement rencontrée dans le cas des sans-papiers. En effet, le gouvernement n’adopte pas une attitude intransigeante vis-à-vis des sans-papiers. Il régularise, de manière individuelle. En proposant de négocier au cas par cas, le Gouvernement favorise la loyauté ou le pragmatisme, pas l’action collective. Néanmoins, le nombre restreint de régularisations ne favorise pas assez la loyauté et le pragmatisme et pousse les gens à l'action

.

« Ce sera le cas, si la répression n’est pas trop forte »[18]

Même s’il y a quelques des contrôles, le Gouvernement ferme généralement les yeux sur la présence illégale des personnes sans-papiers. On n’a jamais assisté à une rafle totale des sans-papiers, ni à des expulsions massives de ceux-ci. Les occupations sont généralement tolérées assez rapidement et les risques de délogement avec arrestations sont limités.

 

« Ce sera le cas, si le système est fermé. »

Dans le cas présent le gouvernement n’est pas fermé à tout contact avec les sans-papiers ; dans les agendas des occupants, par exemple, il y a des visites aux ministères qui permettent des négociations. De plus, en cas de problème, les services publics leur viennent en aide, dans les occupations, les C.P.A.S. (Centre publics d'action sociale) ou institutions spécialisées.

 

« Pour que cette mobilisation dure dans le temps, il faut au moins un processus supplémentaire et quelques conditions supplémentaires. »

 

Troisième processus : « de la mobilisation à l’organisation »[19]

 

« Il faut que le mouvement se donne une organisation stable et visible, qui définisse les finalités (les enjeux), qui réunisse et gère les ressources, qui attribue les rôles et fixe les normes, et qui gère les échanges avec le contexte extérieur (les adversaires, les alliés, les mass media, l’État etc.). »

Pour que la mobilisation se fortifie et dure dans le temps, il est nécessaire qu’elle se base sur une organisation solide. Celle-ci doit être stable et visible.

L’UDEP se réunit chaque semaine à la salle Cosmos (Anderlecht) en une Assemblée Générale (A.G.) où seuls les sans-papiers ont le droit de vote, et où se décident les actions menées par le mouvement. En principe, +/- 9 portes parole permanents désignés par l’A.G. s’assurent du suivi des décisions et organisent les rencontres entre les acteurs du mouvement et les intervenants extérieurs (politiques, directions syndicales, médias…). C'est cette composante là du mouvement qui perdure dans le temps, les occupations elles ont une durée de vie limitée (4 à 6 mois).

 

§       Sixième condition :

« Il faut un leadership de qualité uni et honnête, persévérant et indépendant, combatif et si possible charismatique, ni trop réaliste ni trop aventurier ; il faut, en effet, que ces leaders proposent une analyse juste de la situation : qu’ils soient capables de définir des enjeux à court terme, susceptibles d’être atteints avec les forces dont disposent le mouvement, afin qu’ils aboutissent à des succès partiels, qui renforcent la solidarité et l’identité fière du groupe, mais qui lui laissent encore « du pain sur la planche » pour les luttes à venir »[20] 

L'information est un élément essentiel des assemblées générales. Chaque A.G. Commence par un point d'informations donné par les occupants et par les membres du Bureau Cosmos. A chaque fois les portes parole répètent l'histoire du groupe, son passé, son parcours, son présent et sa stratégie pour le futur. Il est également fait un point sur la situation politique globale.

La stratégie de l’UDEP est de procéder par des actions ponctuelles qui, mises les unes à la suite des autres, permettent d'exercer une pression politique permanente et durable sur la société et le gouvernement. Ceci lui permettra pense l'UDEP, de faire flêchir le gouvernement tôt ou tard. Ainsi, il décide d’occuper des lieux en limitant le nombre total de participants à l’action. L’union des sans-papiers limite également ses ambitions en demandant uniquement la régularisation des sans-papiers participant à l’occupation. L’UDEP tente ainsi d’obtenir des victoires réalistes. Une grande cause irréalisable (par exemple la régularisation de tous les sans papiers de Belgique) serait vouée à un échec certain et aurait pour conséquence la démobilisation des sans-papiers ou leur non-mobilisation tout court.

 

§       Septième condition :

« Il est préférable que ces enjeux à court terme s’inscrivent dans un objectif utopique à long terme (…) et si, en plus, on peut laisser croire (même si c’est faux !) que ce monde de justice existe, quelque part sur la terre le mouvement se raccrochera à cette foi qui le remobilisera sans cesse. »[21]

Nous pensons que l’on peut dire que les enjeux à court terme que l’UDEP définit, s’inscrivent dans la grande utopie de « la régularisation de toutes les personnes sans papiers ». Ce grand objectif à long terme, puisque utopique, n’est, par définition, pas réalisable. Cela oblige le groupe à redéfinir les enjeux au fil du temps.

 

§         Huitième condition :

« Il est préférable que les enjeux convoités soient constitués d’un mélange d’intérêts et de sentiments (…) Les identités collectives se construisent sur la fierté du groupe, sur son orgueil d’être ce qu’il est, et cette fierté ne repose pas seulement sur les qualités du groupe mais se nourrit aussi de la haine de l’adversaire et du mépris pour d’autre groupes qui vivent des privations pires que les siennes. Si la haine et le mépris mobilisent, au contraire, la peur, l’envie et la honte démobilisent. »[22]

Les sans-papiers  qui vivent en Belgique aspirent à avoir un titre de séjour

A travers l’occupation de l’U.L.B., nous verrons néanmoins que tous les sans-papiers ne réagisse pas de la même façon et que certain n’ont plus peur de revendiquer ce qu’ils estiment être un droit et sont même fières de lutter pour une cause qui leur semble juste. 

Dans  cet extrait, elle parle du sentiment de honte de ceux qui ne veulent pas s’engager dans cette occupation pour rester dans l’anonymat, mais nous n’avons pas eu de témoignage de personne qui ne voulait pas s’engager pour confirmer ce propos.

« Je n’ai pas de famille ici en Belgique mais j’ai des amis de l’église. Certains m’encouragent, d’autres sont gênés. Ils ne comprennent pas pourquoi il faut faire une occupation. En fait, ils ont honte car eux-mêmes sont « sans-papiers ». Ils ne veulent pas que les autres le sachent. » (Témoignage d’Edith)

 

§         Neuvième condition :

« Il est préférable que le groupe ait recours à des formes de lutte qui paraissent légitimes aux yeux de l’ensemble de la population. »[23]

Lors de la rencontre avec le cd&v[24], Edith dit à la sénatrice Sabine de Béthune; « Je vous demande au nom de tous les sans papiers et de tous les occupants de nous donner une solution. Nous ne voulons pas faire de chantage au gouvernement, surtout pas, nous on mène une action politique (...). On vas nous pousser au chantage (grève de la faim)»

Et la sénatrice répondit ; « Nous vous remercions de votre action digne et responsable (...). Nous pour faire bouger le dossier, on a besoin de l'appui de nos électeurs, quand vous menez une action digne et responsable, vous gagnez la sympathie des gens, à partir du moment où vous faites une action au chantage, on peut plus travailler. »

Nous l’avons dit plus haut, les actions extrêmes, comme les grèves de la faim, n’ont pas bonne presse auprès de la collectivité. Nous pensons qu’à titre individuel, certains membres du mouvement ne pensent pas que ce type d’action soit légitime.

Par contre, ils pensent qu’occuper des lieux est le seul moyen de pression non-violent qui permette de rendre publique leur lutte et d'exercer une pression politique. 

 « Les gens ne comprennent pas pourquoi il ne faut pas faire la grève de la faim. On est condamné à être malade, il y a des séquelles terribles sur la santé. On obtient des papiers pour trois mois pour maladie mais ils ne servent à rien ces papiers puisqu’ils ne savent de toute manière pas travailler, ils sont malades. Je veux faire entendre ma voix d’une autre manière par ce genre d’occupation, par des manifestations. » (Témoignage d’Edith)

« Oui, parce qu’elle(occupation) nous permet de faire connaitre notre cause au grand public et de sensibiliser les autorités. On est souvent exploité quand on fait seul les démarches de ce genre. Cette action constitue mon ultime recours après avoir tout tenté pendant 9 ans. »  (Témoignage de Ben)

 

 

 

2.      L’occupation de l'ULB rencontre t’elle le troisième processus et ses conditions ?

 

Dans la première phase de notre analyse, nous nous sommes focalisés sur l’UDEP en tant que mouvement collectif durable en nous basant sur la théorie du sociologue Guy Bajoit. Au terme de cette étude, nous avons établi que les trois processus nécessaires pour l’existence d’un mouvement collectif conflictuel durable sont rencontrés pour l’UDEP (Cfr. supra : Conditions et processus de l’action collective conflictuelle).

Ainsi, nous allons nous centrer sur  l’occupation actuelle de l’ULB, qui constitue en elle-même un mouvement collectif conflictuel à part entière, afin de voir si celle-ci pourrait être considérée comme durable selon le troisième processus de sa théorie

 L’occupation de l’ULB détient une organisation interne « stable et visible ». Les tâches et les rôles y sont clairement définis. Aussi, des porte-parole sont désignés et le règlement d’ordre intérieur (bien que les grandes lignes soient établies par l’UDEP) est aménagé, appliqué, contrôlé et décidé de manière interne.

Cependant, cette organisation ne définit pas elle-même ses finalités et ses enjeux, ceux-ci ayant été définis avant l’occupation par l’UDEP, lors des A.G. Les occupants définissent au fait les objectifs à court terme. Néanmoins, l’UDEP, en ouvrant une occupation, désire que celle-ci soit plus ou moins indépendante et met tout en œuvre pour son autonomie partielle. Cela permet à l’UDEP de pouvoir dans un même temps ouvrir d’autres occupations. 

Du point de vue du leadership, le rôle des « leaders internes » de l’occupation n’est que partiellement lié à la réalisation de l’objectif final, c’est-à-dire la régularisation de tous les occupants. Ils ne sont que gestionnaires, administrateurs et portes parole de l’occupation (la fonction est née avec celle-ci et disparaîtra avec elle).

Cependant, les occupants se définissent tout de même certaines stratégies nécessaires pour atteindre leur objectif final. L’occupation rencontre pour celles-ci des succès partiels (médiatisation, soutien des syndicats, etc.…).

De plus, l’objectif final de l’occupation ne s’inscrit pas dans un objectif utopique à long terme. En effet, la régularisation demandée est celle des tous les occupants. Il s’agit d’un objectif totalement réalisable (voir les nombreuses régularisations d'occupations précédentes).

D'autre part, les conditions de fierté d’appartenir au groupe et de haine de l’adversaire, s’appliquent bien à l’occupation. En effet, les occupants tiennent des propos qui mettent en évidence un sentiment  de cohésion autour d’une  envie commune et d’un même combat.

 Du point de vue de la légitimité, les occupants revendiquent leur « droit à occuper » le bâtiment. Ils le fondent sur le droit au travail et à l'égalité de traitement, mais également sur le fait qu’ils ont épuisé toutes les voies légales pour l’obtention de leur titre de séjour.

« Les occupants ont mis la Ministre au défi de leur donner ce permis d'un an qui leur permettrait de trouver un emploi déclaré. En chœur, ils ont déclarés qu'ils travaillent déjà et qu'ils ne demandent qu'une chose, c'est de pouvoir le faire légalement. » (Extrait du rapport de la rencontre entre les occupants et Turtelboom)

De plus, le fait que l’occupation soit pacifique, qu’elle ne soit pas contestée par l’opinion publique, qu’il n’y ait pas de répression policière, que les occupants aient reçu un soutien ferme du Bourgmestre d’Ixelles, sont des éléments qui sous-entendent une légitimisation du mouvement de la part de la société (voir plus haut déclaration de la sénatrice cd&v; « Nous vous remercions de votre action digne et responsable... ».).

 

Ainsi, nous pouvons en conclure que l’occupation, bien que rencontrant certains traits d’un mouvement collectif conflictuel durable (fierté du groupe, haine d’un même adversaire, légitimité), n’en n’est pas un selon la grille d'analyse de G.Bajoit. En effet, du point de vue de ses objectifs et de son leadership, tout mène à penser que quand l’objectif final sera atteint, le mouvement disparaîtra. C'est ce qui est arrivé dans les sept occupations des mois précédents.

 

vi.  Conclusion

 

 

A la lumière de la théorie du sociologue Guy Bajoit, nous avons analysé les conditions et les processus d’une action collective conflictuelle durable.

Nous avons établi que l’UDEP est un mouvement collectif conflictuel, en cela qu’il rencontre la majorité des conditions d’existence établies par G. Bajoit. De plus, ce mouvement est durable, car amené à perdurer dans le temps selon les derniers critères du sociologue. Aussi, l’UDEP est une organisation stable qui s’inscrit dans un objectif utopique à long terme. Ses actions ponctuelles s’inscrivent toutes dans une stratégie de lutte durable.

Cependant, nous avons observés deux différences essentielles par rapport à la théorie de Guy Bajoit. La première est que les membres de ce mouvement durable ne sont pas engagés de façon durable dans celui-ci. Seuls sont engagés de façon durable quatre à cinq personnes appartenant au Bureau Cosmos et constituant le « noyau dur » du mouvement.

La seconde différence essentielle est que ce mouvement durable bien qu'il soit inscrit dans un objectif utopique à long terme (régularisation de tous les sans-papiers), a une durée toute relative. Il disparaîtra après une régularisation « massive » des personnes sans papiers pour peut-être, réapparaître quelques années plus tard, lorsque le nombre de personnes sans papiers augmentera à nouveau et atteindra un seuil critique.

L’occupation de l’ULB, qui constitue notre seconde phase d’analyse, est une action ponctuelle de l’UDEP. Cette occupation a la particularité d’être en elle-même un mouvement collectif conflictuel. Cependant, ce mouvement ne remplit pas les modalités qui lui permettent de perdurer. En effet, dès que les personnes sans-papiers engagées dans l’occupation auront obtenu une réponse à leur revendication, le mouvement s’éteindra lui aussi.

Ceci nous amène donc à pousser plus loin notre recherche et à lancer quelques pistes de réflexion dans la dernière partie de cette étude « Pistes d'analyse et hypothèses ».

VII.    PISTES D'ANALYSE ET HYPOTHèSES :

 

 Comment les mouvements sociaux peuvent s'adapter à la modernité et mener des actions collectives apparemment contradictoires avec cette modernité? Le mouvement UDEP peut-il servir d'inspiration pour les mouvements sociaux?

Notre société contemporaine est considérée comme étant individualiste, ancrée dans le paradigme du MOI. Le paradigme du NOUS relevait de l’époque industrielle, des grandes luttes syndicales, des grandes idéologies et des grands mouvements populaires. L'on observe aujourd'hui que ces grandes mobilisations ne font plus recette et que l'on assiste à un certain désintérêt pour la chose publique de la part des citoyens. Abraham Franssen parle du déplacement d’une conception collective de la responsabilité vers une conception individuelle.[25]

Dès lors, il est intéressant de se poser la question de savoir comment le mouvement des sans papiers arrive à mener une action collective aujourd'hui face à ces contradictions et en quoi cela peut servir de modèle à ceux qui oeuvrent péniblement dans cette direction. Action collective d'une minorité qui a pourtant été capable de mobiliser la société civile, d'infléchir le politique et de changer les lois d'un pays! Plusieurs questions méritent alors d'être examinées:

- Le mouvement UDEP s’inscrit-il dans une logique du NOUS (collectif)? - L’UDEP ancre-t-il les logiques du NOUS dans la société actuelle qui est celle du MOI  (individuel)? - L’occupation de l’ULB est-elle la résultante d’une action basée sur des logiques du MOI ? - Les luttes collectives organisées par l’UDEP sont-elles des actions résultant d’un compromis ou d’une sorte d'alliance objective entre le NOUS et le MOI ? - Si oui, lequel et comment y parvenir?

 Par ailleurs, au cours de notre travail, ces deux paradigmes nous ont parus pertinents pour analyser les personnes sans-papiers engagés dans le mouvement UDEP et leur action collective. Nous nous sommes posés la question de savoir s'il n'y avait pas là les prémisses d'un autre paradigme. L'ouvrage Maîtriser la mondialisation, de la Commission justice et Paix cité par Jean-Yves Calvez [26] ouvre une piste à ce sujet. Cet ouvrage, nous dit J.-Y. Calvez, souligne particulièrement l'apport de liberté et d'autonomie individuelle qui provient de la mondialisation, et de citer :

 

« La mondialisation favorisant une société du -soi-,... (...). Cependant, si la – société du soi –

 arrive à éviter la mainmise des grands opérateurs planétaires,

elle se développera et transformera l'exercice de la politique et de l'action collective (…)

Les personnes ne se mobiliseront qu'une à une si elles se sentent concernées ;

cette mobilisation ne serait donc jamais permanente, mais provisoire et mobile. »


LEXIQUE

 

Immigré :

« Qui a quitté son pays d'origine pour s'installer dans un autre pays. » (Larousse)

 

Emigré : 

« Personne qui a quitté son pays pour des raisons économiques, politiques, etc., et qui est allée s'installer dans un autre. » (Larousse)

 

Sans-papiers :

 « Personne qui ne possède pas les documents qui lui permettent de justifier de son identité et, si elle est étrangère, de la régularité de sa situation en France (pièce d'identité, carte de séjour, permis de travail, etc.) » (Larousse)

L’expression sans-papiers définit la situation administrative d’un certain nombre de personnes sur le territoire belge. Le sans-papiers n’a aucun titre de séjour légal délivré par les autorités compétentes du pays où il vit.

 Les  sans-papiers constituent une population extrêmement hétérogène, segmentée notamment par l’origine nationale.

L’U.D.E.P. définit le Sans-papiers comme toute personne n’ayant pas un permis de séjour illimité sur le territoire Belge.

 

Intégration :
« Action d'intégrer ; fait pour quelqu'un, un groupe, de s'intégrer à, dans quelque chose. »

« Fusion d'un territoire ou d'une minorité dans l'ensemble national. »

« Intégration raciale : processus tendant à donner à une minorité raciale des droits égaux à ceux de la population dominante. » (Larousse)

« La notion d'intégration répond au double souci de ne pas nier les particularités culturelles et ethniques, contrairement à la notion d'assimilation, et de permettre à l'étranger de participer pleinement à la vie du pays, contrairement à la notion d'insertion. » (Encyclopédie Larousse)

 

Régularisation :

« Action de rendre conforme à la règle, à la norme, aux lois ; fait d'être régularisé. » (Larousse)



[1]                 V.U.B.: Vrije Universiteit van Brussel. U.C.L.: Université Catholique de Louvain.

[2]               G. Bajoit, A qui de Gauche !, p. 1

[3]               Il n'existe pas de données précises à ce sujet. 100 000 personnes sans papiers est l'estimation généralement avancée.

[4]               Op. cit., p. 2

[5]               Les citations italiques théoriques qui suivent sont extraites soit des ouvrages de G. Bajoit, soit d'un entretien avec Guy Bajoit qui a eu lieu à Louvain-La-Neuve en janvier 2009. (Cet entretien a été enregistré en audio).

[6]               Ibidem 18

[7]               Ibidem 18

[8]               Ibidem 18

[9]               Open VLD, parti libéral flamand auquel appartient la Ministre A.Turtelboom.

[10]             Lettre du 07.12.2008 « Les occupants sans papiers de l’U.L.B. et de la V.U.B. au VLD ». Voir annexes.

[11]             Ibidem 18

[12]             Op. cit., p. 3

[13]             Ibidem 25

[14]             Ibidem 25

[15]             Voir annexes 2 : RAPPORT DE LA RENCONTRE ENTRE OCCUPANTS ET TURTELBOOM 22.01.09.

[16]             Op. cit., p. 4

[17]             Op. cit., p. 4

[18]             Op. cit., p. 4

[19]             ibidem

[20]             ibidem

[21]             Op. cit., p. 5

[22]             ibidem

[23]             Ibidem

[24]             Parti démocrate chrétien flamand favorable à une régularisation limitée. Voir Annexe 2.

[25]     Textes résultant du séminaire organisé par la Faculté ouverte de politique économique et sociale et de la Chaire Max Bastin de l’U.C.L. d’octobre 2002 à mai 2003.

[26]             Maîtriser la mondialisation, de la Commission justice et Paix, France 1999 est cité par Jean-Yves Calvez dans son ouvrage 80 mots pour la mondialisation, DdB, 2008, pp 108-109.


BIBLIOGRAPHIE

 

§         Le Petit Larousse 2008, Larousse, Paris, 2007.

§         Grand dictionnaire encyclopédique Larousse, Larousse, Paris, 2007.

Ouvrages de référence :

§            BAJOIT, G., « A qui de Gauche ! », à paraître, décembre 2008

§         BAJOIT, G., Le Changement social. Approche sociologique des sociétés occidentale contemporaine, Armand Colin, Paris, 2003.

§         BAJOIT, G., Pour une sociologie relationnelle, PUF, Paris, 1992.

§         CALVEZ, J-Y., 80 mots pour la mondialisation, Desclée de Brower, 2008.

§         DASSETO, F., MARTINIELLO, M., REA, A., (Eds.), Immigration et intégration en Belgique francophone. Etat des savoirs, Academia Bruylant, Intellection n°4, Louvain-la-Neuve, 2007.

§         MARTINIELLO, M., et REA, A., Et si on racontait… Une histoire de l’immigration en Belgique, Editions Communauté Wallonie - Bruxelles, Bruxelles, 2001.

§         MORELLI, A., (dir.), Histoire des étrangers et de l’immigration en Belgique, de la préhistoire à nos jours, Couleur Livres, a.s.b.l, Bruxelles, 2004.

§         NEVEU, E., Sociologie des mouvements sociaux, éd. La Découverte, 3e éd., Paris, 2002.

§         Textes résultant du séminaire organisé par la Faculté ouverte de politique économique                et sociale et de la Chaire Max Bastin de l’U.C.L. d’octobre 2002 à mai 2003.                 http://www.revuenouvelle.be/IMG/pdf/004-009_INTRO_FOPES.pdf

§         OUALI, N., L’immigration en Belgique. Effectifs, mouvements et marché du travail. Rapport 2001 de la Direction générale Emploi et marché du travail, Service public fédéral Emploi, Travail et Concertation sociale, sin. loc., mai 2003.

§         Textes résultant du séminaire organisé par la Faculté ouverte de politique économique    et sociale et de la Chaire Max Bastin de l’U.C.L. d’octobre 2002 à mai 2003.                http://www.revuenouvelle.be/IMG/pdf/004-009_INTRO_FOPES.pdf

Sites internet :

http://fopes.blogspot.com/

www.fedasil.be

www.espace-citoyen.be

www.lalibre.be

www.lesoir.be

www.levif.be

http://sanspapiers.skynetblogs.be/


Annexe 1

Données concernant l’immigration en Belgique 

 

1/ Chiffres issus du rapport annuel de FEDASIL l'Agence fédérale pour l'accueil des demandeurs d'asile en Belgique (www.fedasil.be).

 « Avec 11 115 demandes d’asile enregistrées en 2007 (environ 14 000 personnes en comptant les conjoints et enfants accompagnant), la Belgique a connu son plus faible niveau annuel de demandes d’asile depuis 1989 ! Par rapport à 2006, la baisse de demandes d’asile est de 4,1 %. Et par rapport à 2000, année record en matière de demandes d’asile (42 691 dossiers), la diminution est de 74 %.

La plupart des demandeurs d’asile s’adressent à l’Office des étrangers (OE) à Bruxelles. Une petite minorité de demandes (5 %) sont introduites aux frontières, à partir d’un centre fermé ou d’une prison. En 2007, 926 demandes d’asile en moyenne ont été introduites chaque mois.

À noter une hausse des demandes d’asile au cours du dernier trimestre de l’année. La principaux pays d’origine des demandeurs d’asile sont, en 2007, la Russie (1 436 dossiers), la Serbie (1 2 19), l’Irak (825), le Congo (RDC, 716) et l’Afghanistan (696). On remarque une forte hausse du nombre de demandeurs d’asile venant de certains pays comme la Slovaquie, l’Afghanistan, la Serbie, la Guinée, l’Irak, l’Albanie ou la Somalie. En revanche, une baisse est observable pour de plus nombreux pays comme l’Iran, la Russie, le Congo (RDC), l’Arménie, l’Angola, la Bulgarie ou la Côte-d’Ivoire. Au total, on compte près de 110 nationalités différentes !

En dépit de la baisse des demandes d’asile et donc des entrées, l’occupation du réseau était plus élevée que l’année précédente : 13 847 personnes étaient hébergées fin 2007, soit un taux d’occupation de 89 % (contre 81 % fin 2006). La hausse du taux d’occupation est essentiellement due à la diminution du nombre de sorties, en particulier depuis l’été 2007. Cette hausse de l’occupation s’explique d’une part parce que l’aide financière pour les demandeurs d’asile a été supprimée et que les demandeurs d’asile restent dans le réseau tout au long de leur procédure d’asile, et d’autre part en raison de l’arriéré dans le traitement des dossiers de demande d’asile.

Fin 2007, la capacité du réseau d’accueil pour demandeurs d’asile était de 15 609 places (centres d’accueil fédéraux ouverts et Croix-Rouge, logements gérés par des CPAS ou des ONG). »

 

2/ Régularisation: plus de demandes mais moins d'accessits (www.lalibre.be)

Le nombre de demandes de régularisation pour raison humanitaire a augmenté en 2008 par rapport à l’année précédente mais le nombre de personnes qui ont effectivement obtenu leur régularisation a sensiblement baissé.

En 2008, 19.527 demandes de régularisation pour raison humanitaire ont été introduites. L’année précédente, seuls 13.883 dossiers avaient été introduits. Il s’agit d’une hausse de 40 pc. Par contre, le nombre de personnes qui ont effectivement été régularisées a baissé. L’an dernier, 8.361 personnes ont ainsi été régularisées, alors qu’elles étaient 11.335 en 2007, soit 36 pc de plus. (NLE)

 

Annexe 2

 

P.V. de réunions

RAPPORT DE LA RENCONTRE ENTRE OCCUPANTS ET CD&V

ET RAPPORT DE LA RENCONTRE ENTRE OCCUPANTS ET TURTELBOOM

1) CD&V : 19 janvier 2009 au siège du parti, rue de la Loi.

Présents : représentants ULB et VUB

ULB : Amin, Camara, Edith (Zoubida voulait venir mais pas assez de places)

VUB : 2 occupants (dont Abdelsamad)

UDEP : Gerardo

CD&V: Les parlementaires Sabine de Béthune et Nahima Lanjri

Contexte : On a marché de la place st-Josse au CDH, puis on a été au cd&v.

Arrivé devant le  cd&v les manifestants se sont rangés sur le trottoir d'en face en montrant leur banderoles au bâtiment du parti. Ils criaient des slogans comme « TURTELBOOM T'ES FOUTUE, LES SANS PAPIERS SONT DANS LA RUE » ou « CENTRE FERMES, NON! – EXPULSIONS, NON! - REGULARISATIE, OUI! -  REGULARISATIE, OUI! » Ou « Olééélé, olaaala, Madame Turtelboom, on est toujours là! » ou « 1ere/2eme/3eme génération, nous sommes tous, des enfants d'immigrés », « So-so-solidarité, avec les sans papiers »,...

Marc, le flic des renseignements généraux est venu chercher la délégation. J'ai insisté sur la présence de femmes dans la délégation, Edith était venue me trouver au début de la manif pour savoir si elle en ferait partie, j'ai dit oui et j'ai passé le mot aux représentants hommes.

La délégation a eu du mal à se former car on nous avait promis 8 places et finalement on en a eu 5.

J'ai dit aux représentants de choisir 5 personnes, j'ai répété qu'il fallait des femmes et des gens qui parlent flamand. Les flics ont aussi dit qu'il fallait des femmes et une délégation s'est plus ou moins formée.

J'ai fait rentrer les 5 et j'ai suivi en dernier, le flic n'a rien dit car il ne pouvait pas me mettre moi dehors. Il y a eu une tentative de mettre Zoubida mais Edith avait déjà sa place et Zoubida nous a suivi vers l'entrée puis s'est retirée.

Edith m'avait aussi demandé si les autres savaient bien ce qu'ils devaient dire, j'ai dit oui mais je n'en savait rien, alors  je leur ait dit: « Ici c'est le cd&v, le parti le plus puissant de Belgique, le parti du 1er Ministre qui a dit qu'il prenait en charge le dossier de l'immigration (ils le savent très bien mais on répète tjrs beaucoup de fois les choses) et que donc il fallait en profiter pour demander une entrevue avec le 1er Ministre et aussi leur faire peur en leur montrant que on va pas lâcher et aller jusqu'au bout, ouvrir d'autres occupations, qu'il fallait des qui fassent les gentils et des qui fassent les méchants, que c'était une négociation et que eux aussi amèneraient des gentils et des méchants,... ».

Ordre du jour:

-Présentation de l'action des occupants,

 -tour des partis,

-revendication de l'Accord de gouvernement,

-dépôt de 1000 dossiers chez Turtelboom,

-demande de rencontre avec le 1er ministre.

Quelques interventions :

D'abord remerciements mutuels et présentations

Amin -  Parle des occupants ULB – VUB « On est des gens en détresse, dans l'incertitude, on demande les papiers pour intégrer la société Belge »

Sabine de Béthune et Nahima Lanjri – Parlent du 1er ministre qui essaye de débloquer le dossier, que c'est difficile, de ce qui s'est passé quand Turtelboom a présenté sa première circulaire...

Sont plutôt pas trop croyante que il va y avoir une solution, elles sont très prudentes.

Gerardo – Présente l'action des occupants, explique l'histoire, le contexte et la démarche actuelle en insistant sur son côté politique.

Abdelsamad (VUB) Parle de l'urgence de trouver une solution pour les occupants, parle des conditions de vie difficile,... Il est convenu que la réunion se passe en français mais il parle en flamand.

Amin : « (...) On a trouvé le seul recours, c'est d'occuper pacifiquement, politiquement ».

Puis récite plusieurs des déclarations de Van Rompuy « Je préside désormais le dossier de l'immigration... » et fait un tour des positions politiques du cd&v.

Puis « Nous, on est le symbole des sans papiers, (il s'énerve un peu) Qu'est ce que vous allez faire? Il faut parler de nous, il faut les aider ces gens là (les occupants), c'est ça! »

 Nahima Lanjri : bafouille un peu « On est convaincu de la nécessité humaine de trouver une solution pour tous les cas qui vivent ici. Maintenant il ne faut pas interpréter l'accord de façon trop restreinte ni trop grande, ce n'est pas tout le monde, mais pour un grand nombre qui vit ici depuis des années, leur donner une solution humanitaire. » Puis «  Il faut garder la confiance en nous qu'on veut aboutir à une solution ».

Edith (n'a pas parlé jusqu'ici) ; « Je vous demande au nom de tous les sans papiers et de tous les occupants de ULB et VUB de nous donner une solution. Nous ne voulons pas faire de chantage au gouvernement, surtout pas, nous on mène une action politique. (...) On vas nous pousser au chantage (grève de la faim), nous on vous demande d'en parler au 1er Ministre parce que ça vas devenir invivable, dans un mois... Alors on a besoin de votre aide. »

Sabine de Béthune; « Nous vous remercions de votre action digne et responsable.

On voit que vous connaissez très bien le dossier.

Nous pour faire bouger le dossier on a besoin de l'appui de nos électeurs, quand vous menez une  action digne et responsable vous gagnez la sympathie des gens, apd du moment où vous faites une action au chantage, on peut plus travailler ».

AUREVOIRS ET MERCIS, De Béthune accompagne Edith dans les couloirs pour la conduire aux WC et elles félicitent Abdelsamad  pour son néerlandais impeccable.

On rejoint les manifestants, gerardo fait un résumé et Amin traduit en Arabe, les gens applaudissent, ils semblent satisfaits. Les représentants sont contents parce qu'ils ont été félicités et qu'on leur a promis de faire bouger les choses.

Pour les occupations ULB et VUB et toutes les personnes sans papiers, L'UDEP.  19 / 01 / 09

2) RAPPORT DE LA RENCONTRE ENTRE OCCUPANTS ET TURTELBOOM 22.01.09

Brabançonne en 3 langues et rencontre de Turtelboom, ministre de la pantoufle.

Un millier de manifestants (850 selon la police), se sont rendus ce jeudi vers midi, au cabinet de la Ministre de l'Asile et de l'Immigration, Anémie Turtelboom (open VLD), situé rue de la Loi.

Après avoir fait un « lancé de pantoufles » pour inviter la ministre à quitter son lit et se mettre à travailler sur la circulaire de régularisation attendue depuis 10 mois, une chorale de sans papiers des occupants de la VUB animée par un professeur du RITS à entonné la Brabançonne dans les trois langues nationales.

Les manifestants scandaient : « C'EST LA LOI QU'IL FAUT CHANGER, C'EST PAS LES IMMIGRES, C'EST PAS LES SANS PAPIERS! » ou « Olééélé, oléOlaaa, Madame Turtelboom, on est toujours là! »

Cette action était organisée par les occupations de l'UDEP (Union de défense des personnes sans papiers) de l'ULB et de la VUB, des écoles d'Arts flamandes dont le RITS et les étudiants de la VUB. Ils ont été rejoint par le Ciré (Coordination et Initiatives pour et avec les Réfugiés et Étrangers) et la FGTB, qui ont soutenu cette action. Les occupants du Béguinage étaient également présents en nombre dans le cortège.

COMPTE-RENDU: A 12h une délégation de 7 représentants des occupants et de maître Armelle Philippe a été reçue par le porte parole de la ministre Turtelboom, Mr Rolf Falter, qui lui transmettra les revendications et demandes des occupants: (Zoubida se présente comme porte-parole des femmes).

- REPRISE DES NEGOCIATIONS AU GOUVERNEMENT : Mr Rolf Falter a déclaré que le gouvernement était de nouveau engagé dans un processus de négociations sur la question de la régularisation et que le 1er Ministre rencontrait chaque jour un acteur du dossier. « La Ministre veut toujours un accord et est prête à régulariser immédiatement tous les dossiers sur lesquels il y a un accord avec les 5 partenaires, on entend par là tous ceux qui ont un travail possible (...) et on donnerait à ces gens le temps et la possibilité de trouver un travail. ».

REGULARISATION PAR LE TRAVAIL : Mr Falter n'a pas pu préciser sous quelle forme la personne sans papiers doit démontrer sa possibilité de travail, il a juste répondu: « Il faudra avoir un employeur qui veut bien démontrer qu'il est prêt à vous employer. ». Le processus serait basé sur cette « démonstration » d'un employeur qui serait d'accord d'engager la personne, et ce aux mêmes conditions qu'un travailleur Belge, car il faut aussi protéger ceux-ci a t-il précisé. « Le sans papiers reçoit alors un permis de séjour d'un an qui lui donne le temps et la possibilité de trouver un travail. Au terme de ce séjour pour le renouveler, on examine s'il a bien rempli ses obligations (ndlr: cotisations, exécution du contrat, ...). » a déclaré le porte parole de la Ministre.

Les occupants ont mis la Ministre au défi de leur donner ce permis d'un an qui leur permettrait de trouver un emploi déclaré. En chœur ils ont déclarés qu'ils travaillent déjà et qu'ils ne demandent qu'une chose, c'est de pouvoir le faire légalement.

Ceux-ci, accompagnés de leur avocate, lui ont expliqué l'impossibilité à trouver un patron prêt à vous engager quand on est sans papiers et que si le VLD veut réellement protéger les droits des travailleurs Belges, il faut alors donner aux travailleurs sans papiers la possibilité d'avoir les mêmes droits que les travailleurs de Belgique, c.à.d. un permis de séjour qui permette alors de conclure un contrat de travail déclaré et légal. Amin, porte parole de l'ULB a déclaré: « Il faut savoir que nous ça fait très longtemps qu'on est là, on est devenu Belges par force! Oui, puisqu'on est contribuables, on travaille, on paye la nourriture, on paye le loyer,... Alors pourquoi madame Turtelboom refuse de nous intégrer? ». Ce à quoi Mr Falter a répondu qu'« Aujourd'hui, si l'on reçoit la carte de travail de la Région, qui est indépendante, la délivrance du permis de séjour est automatique! ».

L'avocate de l'UDEP maître Armelle Philippe a signalé que dans son cabinet elle se trouve devant de nombreux cas qui démontrent le contraire. D'autre part, elle défend aujourd'hui des personnes détenues en centre fermé et qui rentrent dans les critères de cet Accord et de citer l'exemple d'une personne qu'elle visitera demain et qui est au Conseil d'état depuis 2003 et de dénoncer « L'infernal double discours entre les déclarations de la Ministre et la pratique de l'Office des étrangers! »

(la mise en place d'un moratoire a été discutée dans la réunion mais formellement repoussée).

Zoubida déclare: « Il y a pas une différence entre 1 belge et un étranger, l'étranger aussi paye son loyer, ses factures, ce qu'il consomme,... Donc on paye sans qu'on gagne! Donc ce qu'on veut c'est un permis de travail qui nous permet de travailler comme tous le monde! ».

REVENDICATION DES ATTACHES DURABLES :

Camara, porte parole ULB déclare: « Qui est sans papiers? Le sans papiers est celui qui n'a rien, c'est lui le sans papiers! Et la régularisation que madame Turtelboom est en train de faire c'est de celui qui a la procédure (ndla; Demande d'asile,...) ou le contrat de travail, c'est ça! Un sans papiers ne peut pas trouver cela! ».

Les occupants ont expliqué au cabinet de la Ministre que leur action était politique et qu'ils revendiquent la mise en œuvre d'un accord Politique. Camara, a déclaré: « Madame la Ministre attend toujours que les gens fassent du chantage puis elle leur donne des papiers, nous, on a occupé politiquement pour revendiquer notre droit, on n'a pas besoin de faire le chantage. ». Ce à quoi le porte parole de la Ministre a répondu que ce qui bloque la mise en oeuvre de l'Accord, est: « l'interprétation qu'en ont les différents partenaires du gouvernement, soit très large, soit très stricte », notamment en termes de critères d'Ancrage local durable qui ne sont pas précisé dans l'Accord.

L'UDEP a fait remarquer que l'interprétation qu'en a le VLD n'est pas « très », mais « trop » stricte et qu'elle ne correspond pas à l'engagement pris par le gouvernement en mars 2008, qu'elle nie la reconnaissance des attaches durables comme critère de régularisation et qu'elle exclu la majorité des  personnes en les mettant devant le chas de l'aiguille contrat de travail!

Zoubida, porte-parole des femmes a déclaré : « Comme je suis une femme, je parle pour toutes les femmes de l'Occupation. Je veux parler des femmes qui ont des enfants et qui aimeraient avoir des droits, eux ils sont nés ici, ils vont à l'école (...). Alors je dit ça pour vous peut être avoir pitié pour eux. ».

L'UDEP a insisté pour que la Ministre donne aussi des réponses aux personnes qui lui font des demandes en menant des actions politiques (ndlr: les occupants de l'ULB et de la VUB) et qu'elle ne daigne pas seulement répondre à ceux qui entament des grèves de la faim, sans quoi elle donnerait là un signal très négatif et totalement contradictoire avec ses déclarations.

Amin: « Nous, on est très civilisés, on n’est pas pour grève de faim, on est politique! Avec l'agenda de l'UDEP, ces gens là ils y a urgence, il faut dire la vérité monsieur, il faut leur donner une réponse! ».

Le porte parole de la ministre a déclaré que l'interprétation de l'Accord est problématique en termes d'ancrage local durable car: « l'Accord en énonçant ces critères dit : - on peut tenir compte de...-, mais ne dit pas s'il faut le faire ou pas. », a t-il déclaré.

Le mouvement des sans papiers a conclu que cette rentrée en négociations, l'appelle à mettre toute son intelligence et sa solidarité pour que le résultat de celle-ci soit le plus proche possible des intentions de l'Accord et le plus loin possible d'une vision utilitariste des personnes.

Zoubida, a également interpellé Mr Falter sur 3 occupants détenus en centre fermés et demandé leur libération: « Il y a un occupant de l'ULB, il est au centre fermé, et Aziz, et Mohamed Touré qui est à Merksplas, alors si on peut faire quelque chose pour eux... ».

Un prochain rendez vous a donc été fixé le 14 février pour entendre la réponse de la Ministre.

D'ici là les occupants continuerons leurs actions politiques d'occupations et de protestations et le renforcement du mouvement en coordination avec le FAM, les syndicats et les universités.

Les occupants tiennent à remercier les étudiants de la VUB qui sont à leur côté pour leur engagement et le courage qu'il leur donne, et les écoles avec qui ils ont préparé cette action et sans qui elle n'aurait été une réussite, Merci pour votre leur solidarité.

Plus d'infos sur : http://sanspapiers.skynetblogs.be/

Pour exiger la mise en place de l'accord de gouvernement sur la régularisation des sans-papiers  http://petitions.agora.eu.org/regularisation/index.html

envoyé à Mr Rolf Falter le 22.01.2009 pour approbation.

 

 

Pour les occupations ULB et VUB et toutes les personnes sans papiers, L'UDEP.

Annexe 4

Interviews.

 Maria

ü      1ère interview d’une femme latino :

Comment la vie quotidienne s’organise-t-elle dans l’occupation ? (Nourriture, argent, Hygiène) Est-ce votre fille ? Comment faites-vous avec elle ? Va-t-elle  à l’école ?

Oui c’est ma fille, oui oui elle va à l’école. Pour manger, on est 65 équatoriens, on a fait pour midi une femme fait et pour le soir une autre femme parce qu’on a une liste qui continue avec chaque personne. C’est comme ça que l’on fait le repas. On a 2 € chaque semaine de chaque personne pour pouvoir acheter la nourriture mais il y a des associations  qui nous soutiennent beaucoup avec de l’eau, des choses pour manger,  pour les enfants et beaucoup de soutien aussi par rapport à ça.

Et qui est-ce qui cuisine principalement ? Les hommes ? Les femmes?

Non, les femmes, ici chez les latinos c’est la femme qui cuisine toujours.

Et vous cuisinez parfois avec les femmes des autres communautés ou est-ce toujours par communauté ?

Il  y a quelques fois oui, mais non parce que ce n’est pas la même tradition, ce n’est pas la même chose, chaque communauté mange différent. En  principe c’est  comme ça, tous, mais ça ne va pas aller pour tous, parce qu’il y a quelque fois où les gens ne mangent pas les choses que nous mangeons nous et c’est un peu compliqué. C’est pour ça que nous décidons que c’est mieux de faire la nourriture pour les latinos, et c’est la même chose pour faire la nourriture des africains, des marocains,… Mais il y a quelques fois où on s’est réunis tous, on a mangé tous.

Et pour le nettoyage ? Parce que je vois que c’est assez propre.

Pour nettoyer, c’est la même chose, c’est aussi chaque communauté qui le fait. (En montrant) ça on a fait nous, ça aussi c’est à nous. Les autres pour (…).

Et vous faites aussi à tour de rôle pour ça ? En suivant la liste ?

Non, chacun nettoie. Chacun a son matelas, alors il faut se lever, il faut le nettoyer. Mais le samedi et le dimanche il y a beaucoup de monde ici, alors tout le monde commence à nettoyer. Mais pour les toilettes en bas chaque communauté doit faire par exemple le lundi c’est les africains qui font les toilettes en bas, mardi c’est les latinos, chaque jour différent comme ça les toilettes en bas restent propres.

Et c’est les femmes aussi qui s’occupent du nettoyage comme pour la nourriture ?

Non, les hommes aussi nettoient.

Que faites-vous au quotidien dans l’occupation ? Y restez-vous toute la journée ?

Oui, nous restons toute la journée mais il y a quelque fois où on va travailler, parce qu’ici il y a différentes personnes.  Il y a des gens qui travaillent et des gens qui ne travaillent pas. Alors on se réveille plus tôt pour aller travailler mais après on revient ici, parce qu’ici c’est comme notre autre maison, parce que comme on ne va pas à la maison du travail on revient ici, de l’école je prends ma fille je viens ici, je dors, c’est comme habiter ici.

Je vois qu’il y a des grandes lumières. Comment ça se passe au niveau de la lumière, qui est ce qui décide à quelle heure on la coupe, de la couper ?

Ca c’est les organisateurs, les responsables. La lumière je crois qu’elle est éteinte à minuit. Parce que comme ça les enfants viennent pour dormir pour aller à l’école

C’est pas trop tard minuit ?

Oui mais il y a des gens qui ne dorment  pas jusque 1h/2h,  alors c’est ça le problème. C’est pas seulement à nous de décider, mais c’est tout le monde réuni pour décider ça. Mais le plus tôt c’est minuit. Mais quand même on les met au lit à 10h, les enfants, comme ça les enfants peuvent dormir.

On parlait de gens qui décident ici. Qui est-ce qui décide ?

Par exemple quand on va aller quelque part ? Quand il va y avoir la manifestation ? Les trucs comme ça ?

Oui. C’est quelles personnes ?

Ca c’est les sans-papiers aussi qui décident tout. Mais il y a beaucoup de gens qui savent plus que nous, qui connaissent déjà un peu plus, c’est les gens comme ça qui décident. Mais avant de décider quelque chose, on fait l’assemblée générale et on demande aux gens si ça va se faire ou pas se faire, si ça s’est bien passé ou pas, donc c’est les gens qui décident et c’est ça que les organisateurs on fait.

Donc c’est tout le monde qui décide ?

Oui tout le monde décide, d’abord.

Comment faites-vous pour communiquer  au sein du grand groupe? Il y a des gens qui ne parlent pas forcement votre langue, communiquez-vous entre vous ou restez-vous fort par communauté ?

Non, il y a des personnes qui parlent espagnol, il y a des personnes qui parlent arabes, et des personnes qui parlent français et à l’assemblée générale ils expliquent en trois langues comme ça tous les gens comprennent tout.

Communiquez- vous, par exemple avec des hommes, des femmes maghrébins, africains,… au quotidien ?

Oui, on parle, on discute. Quelques fois il  y a des réunions pour les femmes.

Il y a des réunions qui sont organisées principalement pour les femmes ?

Oui. Maintenant ça c’est calmé parce que je pense qu’il y a beaucoup de femmes qui je crois ont commencé à travailler, je ne sais pas. Avant, il y avait plus d’assemblées pour les femmes. Mais ça se passe bien.

Rencontrez-vous des problèmes au quotidien liés à l’occupation ?

Maintenant, les choses qui se passent c’est que les gens tombent malades, alors ca c’est le problème parce qu’on a peur pour les enfants, parce qu’il y a beaucoup de gens qui sont déjà allé à l’hôpital parce qu’ils sont malades. Il y a quelque fois où il n’y avait pas de l’eau, du lait pour les enfants.

Il vous est donc arrivé de manquer d’eau et de lait pour les enfants ?

Oui. Il y a de la nourriture qui nous manque quelque fois.

Comment vous sentez-vous en tant que femme par rapport à ça ?

On a fait tout ce que l’on pouvait faire comme ça. On a demandé à toutes les personnes de prendre 1 euro pour aller acheter les choses comme ça.

Mais c’est un peu difficile pour les enfants parce que les enfants ne comprennent pas qu’il n’y a pas toutes les choses comme à la maison. Les enfants ne comprennent pas, ils demandent toujours quelque chose. Mais ça il n’y a pas ici, parce qu’ici c’est une occupation. On l’a expliqué comme ca aux enfants. Maintenant ça va mieux, je crois que les enfants comprennent pas, ils commencent à s’habituer.

En fonction de quoi vous êtes vous regroupés, installés dans l’occupation ? Qui est-ce qui en a décidé ? Comment cela s’est-il passé pour l’installation, pour placer les matelas ?

Quand on est venu ici, tout ça c’était vide. On  a pris tout ça surtout pour les équatoriens, personne n’a dit là ou là. On est venu, on a gagné la place, après on a gagné plus de place pour les hommes aussi. C’est comme ça, les autres aussi ils ont gagné leur place comme ça. Il n’y a personne pour t’expliquer ça, c’est nous qui nous sommes installés comme ça et on est resté comme ça  et on a dit là c’est pour les Latinos, là-bas c’est pour les Africains, les Marocains, … comme ça les gens respectent ce que l’on a dit.

Il y-t-il des problèmes du genre des disputes, des vols au sein de l’occupation ou tout se passe relativement bien ? Devez-vous faire attention ?

Pour les problèmes il y a toujours que les gens se battent à l’assemblée parce qu’ils ne voulaient pas ça ou cette chose. Mais non, nous sommes toujours tranquilles. Les autres ont un problème parce que c’est des gens trop chauds. Mais alors il faut les calmer.

Pour les vols, une fois on a volé quelque chose mais après le directeur je crois de l’université il a dit qu’ici il ne voulait pas des choses qui se perdent, des trucs comme ça, alors après de ce jour là jusque maintenant il n’y a pas de vol.

Pour vous que représente une occupation ?

C’est l’unique manière pour obtenir nos papiers parce qu’il y a beaucoup d’occupations qui ont  fait comme ça et normalement il y a des papiers. Pour moi une occupation c’est pour avoir nos papiers et vivre ici en Belgique tranquille. Pour moi c’est ça une occupation, parce que sinon il n’y a pas d’autres moyens pour avoir nos papiers.

Pouvez-vous me raconter comment vous avez quitté l’Equateur pour arriver ici, dans cette occupation ?

J’habite en Belgique depuis 6 ans.

Comment êtes-vous arrivée en Belgique ?

Avant, pour venir c’était facile, il n’y avait pas de visas. Je suis arrivée ici avant qu’il n’y ait de visas, je crois que je suis rentrée en 2001 et après 2003 il y avait des visas pour l’Equateur. Comme ça on est resté ici, parce que si on retournait en Equateur pour revenir c’est plus difficile alors on est resté ici, parce que j’ai ma fille, elle est belge elle est de nationalité belge. On a demandé la régularisation pour ma fille, mais on n’a pas encore de réponse. Mais moi j’ai mes papiers, annexe 35 et je travaille déclaré. Il y a beaucoup de gens qui n’ont rien comme papiers qui ont juste le … 9.3 et à l’autre occupation il y a beaucoup de gens même qui n’ont pas de dossier, qui ont pris les papiers, alors je me dis pourquoi pas moi. S’il y avait une autre occupation je vais aller mais après, j’aime bien 1 an, 1 an vient de commencé, une autre occupation, j’ai vu tous les gens obtenir les papiers comme ça, moi aussi je peux l’obtenir. C’est pour ça qu’on est entré à Electrabel, après on a été expulsé et on est venu ici.


Les « latinos » de l'occupation ULB et leur calicot (Manifestation lors de l'occupation Electrabel)

C’est donc en voyant les autres que vous avez décidé de venir ici ?

Oui c’est vraiment le moyen, parce que si on attend le gouvernement on ne va pas les avoir les papiers. Mais si on reste ici, qu’on fait l’effort je pense que l’on va gagner. Je pense, je l’espère. Je pense que c’est une bonne solution pour toute l’occupation.

Votre fille est belge. Vous êtes donc dans une situation où vous risquez d’obtenir vos papiers plus facilement que certains qui n’ont pas de parent belge.

Il y a beaucoup de gens pour qui on n’a jamais introduit de dossier pour qui c’est un peu difficile. Mais comme ici c’est occupation massive, il y a espoir  que c’est gens là ils puissent avoir des papiers parce qu’on va mettre tous les dossiers ensemble. On va essayer, mais je ne sais, mais je ne dis pas que pour mon dossier c’est plus fort, quand même je risque. Si on dit non pour tous, c’est non, si on dit oui ça c’est pour tous aussi, ce n’est pas seulement pour moi parce que ce n’est pas personnel, c’est pour tous.

Avant de venir dans une occupation avez-vous pensé à faire un autre type d’action, à d’autres moyens pour obtenir vos papiers ?

Non, normalement on attend seulement la réponse de la (…) On a fait tous les papiers.

Vous avez donc fait tout ce qui est administratif ?

Oui, on l’a fait mais quand même il n’y a pas de bonnes réponses. Alors le seul moyen c’est se mettre ici, il faut attendre jusqu’à (…) pour voir ce qui se passe alors.  Mais si j’attends comme ça à la maison, je crois que jamais on va avoir les papiers.

Vous êtes venue avec votre fille et d’autres personnes ?

Avec mon mari, il y a ma belle-sœur, mon beau-frère, sa femme, sa fille. Et je connaissais la plus par des équatoriens qui son ici avant. Si vous aviez été seule vous seriez venu ici dans l’occupation ? Oui, car pour moi c’est la seule chance que l’on a d’avoir nos papiers et d’autres personnes l’ont fait avant moi alors pourquoi pas moi.

Votre patron sait-il que vous êtes ici ?

Non, je ne lui ai pas dit.

Vous ne lui avez rien dit ?

Non car ce n’est pas pour elle, mois je fais mon travail je suis la et je continue à travailler.

Pensez vous que cela pauserait problème si elle le savait ?

Non je …. Elle est gentille.

 

On parle toujours de « sans-papier » mais pour vous ça veux dire quoi « sans-papier » ?

Je n’ai jamais pensé a cette question mais ces importants car je veux rester ici ma vie est ici ma fille n’a jamais été en Equateur son pays s’est la Belgique.

Votre pays ne vous manque pas trop ?

Au début si, mais maintenant non car la vie la bas ses pas bien. J’aimerai y retourner mais pas y rester juste pour voir ma famille et pour que ma fille puisse allez.

Comment le groupe des sans papiers a décidé de faire une occupation ?

On a fait de réunion plusieurs fois et puis on a décidé d’aller à Electrabel et puis on est venue ici car on ne pouvait plus rester là bas.

Qui a décidé çà ?

Nous tous ensemble on vote à l’assemblé général.  Et l’UDEP nous représente car il nous aide.

Y à t’il des représentant pour chaque communauté ou pas ?

Oui chez nous il y à 1 hommes et 1 femmes et chez les autres s’es plus des hommes. Il y a aussi une femme chez les marocain je croix.

Les gens qui vous représentent,   ils sont-ils bien ?

Oui, car à chaque fois il nous explique et nous demande et comme ça on sait et si non j’irai moi-même car on est tous la pour avoir nos papiers.

Quelle est la place de la femme dans l’occupation ?

Chez nous on est plus que les hommes et on parle beaucoup car les hommes parle moins bien le français et son moins sensible alors avec le média s’est mien les femmes mais chez les autre c’est plus dure car …..Elles sont moins et puis ce n’est pas la même culture.

Tout à l’heure vous m’avez dit qu’il y avait des réunions entre femme, elles servent à quoi ?

On discute pour la vie ici car c’est les femmes qui organisent pour les toilettes, pour manger pour lavez. Et puis on s’aide entre nous si il faut du lait ou de la nourriture pour les enfants car ces pas facile.

Quel est le regard que les hommes ont sur les femmes ici ? Je ne comprends pas.

Vous avez une idée de ce que pensent les hommes de vous, les femmes, qui êtes ici ?

Non je ne sais pas mais on est tous la pour la même chose alors …Il n’y a pas de problèmes.

Comment pensez vous que les gens de l’extérieur perçoive votre action et plus particulièrement pense de vous les femmes ? Le homme politique, le journaliste, les belges les gens de l’université ?  Certain pense que s’est bien et d’autre que ce n’est pas bien.

Vous pouvez m’expliquer ?

Il y a des gens qui dise que se qu’ils font la ils n’ont pas le droit ce n’est pas bien il n’on qu’a rentrer chez eux.

Et il y en a d’autres qui son d’accord avec se que le fait est qui comprenne car ces pas facile la vie ici et puis grâce à l’occupation de plus en plus de gens sont touchés par nous et dis que l’on devrait avoir nos papier car on veut travaillez et pas rester la à rien faire et allez au CPAS.

Les journalistes je ne sais pas car on ne les voit pas beaucoup au début il son venu prendre des photos mais maintenant il y en a moins.

Les politiques je ne sais pas mais on va faire des manifestations pour qu’ils savent qu’ont est là.

 

 

Interview

 Edith

 

ü      2ième interview d’une femme africaine subsaharienne porte parole  de sa communauté

1.      Vie quotidienne et relations sociales au sein de l’occupation

§         Comment est organisée la vie de tous les jours dans l’occupation ? Expliquez nous comment se passe une journée à l'occupation. (Le matin, à midi, le soir)

-        Chacun s’occupe de ses tâches de manière individuelle. Lors du lever on fait une petite toilette. Puis on attend, il y a parfois de visite des hommes politique. Eux viennent souvent à 12h pendant leurs heures de repas. Les femmes qui ont des enfants vont les conduire à l’école vont les chercher l’après-midi elles font à manger. En soirée, il n’y a pas d’activité. Des fois on donne des rendez-vous le soir.

§         Comment faites vous pour manger? Pour vous laver?

-        Les femmes ont leur propre vestiaires et toilettes tout est séparé des hommes. Ici  c’est bien il y a un minimum de confort car j’ai déjà  fait une autre occupation ou il n’y avait rien du tout et là c’était plus difficile. Pour la nourriture on doit se satisfaire des donations. On est assez bien soutenu mais des fois y a plus de nourriture.

§         Quelles sont les grandes activités menées au jour le jour et qui s'en occupe?

-        Il y a la tâche du nettoyage pour éviter que cela trop sale.  Seules les femmes s’en occupent.

o         Comment se passe la communication quotidienne au sein du groupe ?

-        La communication se passe bien entre les femmes. Elles se demandent pourquoi les choses n’avancent pas, c’est dur, les enfants n’ont pas d’activité. Les conditions de vie sont trop difficiles pour les enfants, ils ferment les lumières à minuit et parfois les femmes voudraient s’endormir plus tôt car elles sont épuisées.

 

§         Qui prend la discision d’éteindre les lumières ?

-        Les hommes de la communauté maghrébine. Ils veulent jouer aux cartes très tard.

§         Y a-t-il des problèmes particuliers liés à l’occupation ? Lesquels ? Comment sont-ils résolus ?

-        Il n’y a pas d’intimité, on a perdu notre dignité. Moi je dors dans la grande salle. Les autres femmes on tout cet espace pour elle (endroit clos avec des tentures. Aussi non on (les femmes) est mélangée dans la grande salle.

§         Comment les occupants sont ils regroupés?  (y a-t-il des groupes de gens qui sont plus souvent ensemble, qui travaillent plus souvent ensemble ? qui font les mêmes tâches ?) Si oui, en fonction de quoi ? (ex. hommes/femmes, nationalités, type de formation, degré de « conscience politique », etc.)?

-        Les gens se sont regroupés par communauté au niveau des femmes chaque communauté à sa représentante.

§         Quelles « compétences » ou « qualités »faut il pour pouvoir participer à l’organisation de l’occupation ? (politique, langue, organisationnelle,...). Quelles « compétences » avez-vous? Comment peuvent-elles servir à l'occupation? pourquoi ? (demandez au passage sa formation de base, éducation). Aviez vous eu d’autres expériences d'occupation ou professionnelles par ex avant, qui peuvent vous être utiles ici, dans  l’occupation ?

-    Il faut-être à bout. Moi ça fait 10 ans que je vis en Belgique. J’y ai fait mes études de podologue puis d’esthétisme mais je ne peux pas travaillé. Quand j’ai fait mes études je n’avais que mon passeport. J’ai fui la guerre dans mon pays. Ce n’est pas une vie ici en Belgique c’est de la survie. J’ai du travailler en noir et on m’a arrêté, j’ai été incarcéré au centre fermé, j’ai eu un ordre de quitter le territoire immédiat. Je voulais pas rentrer chez moi, sans rien comme ça, j’y ai perdu tout mes liens je n’ai rien là bas. Je ne veux pas en arriver à la grève de la faim. J’ai décidé de faire l’occupation pour une cause juste, réclamer mes droits, je ne suis pas une criminelle, je n’ai rien fait de mal. Je veux obtenir un accord gouvernemental. On ne se bat pas uniquement pour nous mais pour tout les sans-papiers.

      En 98 lorsque j’avais ma carte orange j’allais souvent au béguinage pour soutenir les sans papier et là ils ont régularisé tout le monde. Depuis il n’y a plus eu de régularisation suite à une occupation. C’était la dernière il y a dix ans.

2.      POURQUOI FAIRE UNE OCCUPATION?

§         Pour vous ça veut dire quoi « sans papiers »

-        J’ai découvert le terme « sans-papiers » ici en Europe. Je n’imaginais même pas qu’il y avait des gens qui puissent être sans papier. Chez moi je n’avais que le passeport et je pouvais voyager partout en Afrique, je pouvais même avoir une carte de résidence facilement dans tout les autres pays d’Afrique. Ici en Europe j’ai découvert que les gens étaient rejetés car ils étaient sans-papiers. Mais moi j’estime que je ne suis pas sans papier, j’ai mon passeport mais je n’ai pas les documents Belge mais j’ai une identité.

 

§         Qu’est-ce que vous attendez de cette occupation ?

-        Je voudrais que les politiques valorisent leurs paroles. Qu’il y ait un accord gouvernemental. Il y a la circulaire, j’aimerais qu’elle soit votée. Les sans papier peuvent pas trouver du travail, ils ont peur de sortir, peur de rencontrer un policier et des conséquences que cela pourrais entraîner. Il s’agit d’une prison. On est limité dans tout les projets que l’on souhaiterait entreprendre, on n’arrive pas à les réaliser. On a la force mais on ne peut pas travailler. L’inactivité énerve surtout les hommes. C’est épuisant, frustrant. J’ai la force alors pourquoi on m’empêche de travailler. C’est injuste comme situation. Aux voleurs, aux assassins on donne des papiers et ils n’en font rien. Il faut plus de justice. On a attendu que la circulaire passe. A l’époque Turtelboom avait dit que c’était Verhofstadt qui bloquait tout et que ce n’était pas de sa faute à elle. Et donc on attend, on attend toujours. Il y a déjà des accords, y a plus qu’à les appliquer.

§         Pourquoi ce type d’action plutôt qu’une autre ? Pensez vous que ce soit une bonne stratégie pour obtenir des papiers?  Avant cela, avez-vous fait d’autres actions ou démarches?

-        Les gens ne comprennent pas pourquoi il ne faut pas faire la grève de la faim. On est condamné à être malade, il y a des séquelles terribles sur la santé. On obtient des papiers pour trois mois pour maladie mais ils ne servent à rien ses papiers puisqu’ils ne savent de toute manière pas travailler, ils sont malades. Je veux faire entendre ma voix d’une autre manière par ce genre d’occupation, par des manifestations.

§         Etes-vous venue ici seule ou « accompagnée » ? Avec qui (autres femmes, proches, mari, famille ?) (si elle est arrivée en couple : demandez si « cela aurait été différent si elle avait été seule ; se serait-elle lancée dans l’occupation ?) ; à l’inverse si elle est arrivée seule, demander si cela aurait été différent si elle avait été en couple, en famille ?

-        Je suis seule, c’est très difficile.

§         Vos amis, votre famille, savent que vous êtes à l'occupation? Que pensent-ils?

-        Je n’ai pas de famille ici en Belgique mais j’ai des amis de l’église. Certains m’encourage d’autres sont gênés. Ils ne comprennent pas pourquoi il faut faire une occupation. En fait ils ont honte car eux-mêmes sont sans papier. Ils ne veulent pas que les autres le sachent.

§         Prise de décision, leadership et rôle des femmes dans ces processus

o        Comment le groupe de sans papiers a décidé de faire une occupation? Comment faites vous pour prendre des décisions ?

I                                                                                                On a demandé si les sans-papiers étaient d’accord de faire une occupation et on a répondu qu’on était d’accord. Se sont les occupants qui ont décidé de faire cette occupation. Il y a des assemblées de sans-papier en dehors de toute organisation officielle et là on prend des décisions  entre  nous.

§       Comment fais tu pour dire que tu es d'accord ou pas d'accord?

Via les représentantes des femmes.

 

o        Avez-vous des portes paroles? Y a-t-il des « leader » affiché, des « porte parole » ?  Qu’est-ce qu’un « bon leader » d’après vous ? Quelles compétences sont nécessaires ici pour être un bon leader ? Oui il y a des leaders. Il y a des portes paroles pour les hommes et puis ceux des femmes. Les deux sont écoutés et respectés.

o        Y a-t-il des personnes ou des groupes plus impliquées que d’autres ? Y a-t-il des personnes moins actives, plus « en retrait », d’après vous ? d’après vous, pourquoi ? Vous-même, où vous situez vous ? Oui il y a des gens qui sont en retraits, ils n’ont pas vraiment conscience. Cela se voit par leur comportement surtout chez les hommes. Chez les femmes elles sont toutes motivées.

o        Comment les femmes s’organisent entre elles ? Par communautés ou entre toutes les femmes? Ont-elles des activités spécifiques ? Comment se passe la communication entre femmes ? Face aux problèmes ou aux questions qui se posent, comment se prennent les décisions ? (réunions collectives, assemblées ?)  Oui il y a des réunions rien qu’avec les femmes. Les choses se passent bien. Avant ce n’était pas le cas les femmes n’étaient pas écoutées mais là les choses évoluent. Je l’ai remarqué dans mon expérience personnelle.

o        Pensez-vous que les femmes s’impliquent différemment que les hommes ? Ont-elles un rôle particulier ?

Non ici elles sont légales de l’homme. Les hommes sont intéressés et nous intéressent à la cause. Ils nous disent qu’on a quelque chose à dire aussi. On leur apporte nous en tant que femmes énormément d’idées.

o        Comment les hommes vous considèrent-ils ? Comment se passent les relations hommes-femmes, ici ? Bien.

o        Quelle place les femmes prennent-elles vis-à-vis de « l’extérieur » (journalistes, hommes politiques ? proprio ? voisins ? …)

Les politiciens ne font pas de différences entre les femmes et les hommes. En fait cela dépend de la sensibilité de chacun. Elio di Rupo était très touché de voir les enfants, les femmes et dans quelles conditions elles vivaient. Turtelboom elle n’a aucune sensibilité pour les femmes. On s’est rendue à son cabinet avec les enfants et elle ne nous a pas reçue elle nous a laissé sur le trottoir.

1.  Que croyez-vous que l’extérieur pense des femmes dans une occupation ? (Les Belges? Les étudiants, voisins,...? médias ? politiques ? autres ?...)

Certains nous comprennent et d’autres nous disent de rentrer dans notre pays.

o        Est ce que vous avez des enfants?  Pas de famille en Belgique. Je vis seule.

o        Pourquoi la Belgique?

La personne qui m’a aidée à fuir ne pouvait que me proposer la Belgique. J’ai du partir dans la précipitation.

§       Qu'est ce qui vous manque de votre pays? Ma famille.

 

 

 

 

 

 

 

 

Interview

 

Bouchra

 

ü      3iéme interview  Marocaine-24ans :

1. Vie quotidienne et relations sociales au sein de l’occupation

Comment est organisée la vie de tous les jours dans l’occupation ? Expliquez nous comment se passe une journée à l'occupation. (Le matin, à midi, le soir)

-        On se réveille, on mange, on reste ici avec les dames on discute. Les gens (ceux qui sont de l’autre côté de la tenture) on des réunions. Les hommes, les femmes. Le soir je sorts un peu mais je dors ici tout les soirs.

Comment faites vous pour manger? Pour vous laver?

-          Parfois je me lave ici. Je mange ici se sont les gens qui apporte à manger des marocains parfois des Belges aussi.

Quelles sont les grandes activités menées au jour le jour et qui s'en occupe?

-          Il y a toute l’organisation de la sécurité. Dehors il y a des gens qui vérifient qui rentre. Pour éviter qu’il y ait des clochards. Ce sont des algériens qui le font, il n’y a pas de tour de garde, se sont toujours les mêmes.

Comment se passe la communication quotidienne au sein du groupe ?

-          Cela se passe bien. Il y a  des gens qui parlent français ou néerlandais.

Y a-t-il des problèmes particuliers liés à l’occupation ? Lesquels ? Comment sont-ils résolus ?

-          Je ne sais pas. Pour moi il n'y a pas de problème. En fait des fois y a des bagarres, les hommes entre eux et puis les femmes entres elles aussi. C’est à cause de la fatigue, la routine y a rien à faire on ne fait pas quelque chose de spécial alors les gens sont nerveux. Mais les bagarres s’est pas souvent.

Comment les occupants sont ils regroupés?  (y a-t-il des groupes de gens qui sont plus souvent ensemble, qui travaillent plus souvent ensemble ? qui font les mêmes tâches ?) Si oui, en fonction de quoi ? (ex. hommes/femmes, nationalités, type de formation, degré de « conscience politique », etc.)?

-          Y a pas spécialement de regroupement car on est ici pour le même problème.

Quelles « compétences » ou « qualités »faut il pour pouvoir participer à l’organisation de l’occupation ? (politique, langue, organisationnelle,...). Quelles « compétences » avez-vous? Comment peuvent-elles servir à l'occupation? pourquoi ? (demandez au passage sa formation de base, éducation). Aviez vous eu d’autres expériences d'occupation ou professionnelles par ex avant, qui peuvent vous être utiles ici, dans  l’occupation ? Je ne sais pas.

2. POURQUOI FAIRE UNE OCCUPATION?

Pour toi ça veut dire quoi « sans papiers »

-           Pour moi sans papier veut dire patience. On en a marre de la situation. Moi ca fait 6 ans que je suis en Belgique. J’ai terminé mon au Maroc puis je suis venue ici, j’ai fait des cours de français pendant 2 ans puis des cours de néerlandais pendant 4 mois. Je travaille chez des dames marocaines. J’habite avec mes frères. C’est mon beau-frère qui m’a fait venir ici.


Début d'une manif devant l'ULB

Qu’est-ce que vous attendez de cette occupation ?

-          Avoir les papiers, travailler.

Pourquoi ce type d’action plutôt qu’une autre ? Pensez vous que ce soit une bonne stratégie pour obtenir des papiers?  Avant cela, avez-vous fait d’autres actions ou démarches?

-          C’est la première fois. S’il le faut moi je ferai la grève de la faim.

Etes-vous venue ici seule ou « accompagnée » ? Avec qui (autres femmes, proches, mari, famille ?) (si elle est arrivée en couple : demandez si « cela aurait été différent si elle avait été seule ; se serait-elle lancée dans l’occupation ?) ; à l’inverse si elle est arrivée seule, demander si cela aurait été différent si elle avait été en couple, en famille ?

-          Il y a mes trois frères dans l’occupation ils sont tous sans papiers et puis il y a ma sœur Zoubida, elle est porte parole. C’est pus facile avec mes frères.

Vos amis, votre famille, savent que vous êtes à l'occupation? Que pensent-ils

-          Ici en Belgique personne ne le sait mais au Maroc oui. Ils disent qu’il faut être patient et me soutienne. Ils disent que c’est bien.

§         Prise de décision, leadership et rôle des femmes dans ces processus

Comment le groupe de sans papiers a décidé de faire une occupation? Comment faites vous pour prendre des décisions? C’est ma sœur qui m’a dit de venir ici.

Comment fais tu pour dire que tu es d'accord ou pas d'accord?

-          En fait ma sœur fait les réunions, c’est elle qui s’en occupe. Mai je suis entendue si j’ai quelque chose à dire.

Avez-vous des portes paroles? Y a-t-il des « leader » affiché, des « porte parole » ?  Qu’est-ce qu’un « bon leader » d’après vous ? Quelles compétences sont nécessaires ici pour être un bon leader ? C’est ma sœur qui est porte-parole.

Y a-t-il des personnes ou des groupes plus impliquées que d’autres ? Y a-t-il des personnes moins actives, plus « en retrait », d’après vous ? D’après vous, pourquoi ? Vous-même, où vous situez vous ?

-          Oui y a des gens plus en retrait. Moins je suis moins active que les autres.

Comment les femmes s’organisent entre elles ? Par communautés ou entre toutes les femmes? Ont-elles des activités spécifiques ? Comment se passe la communication entre femmes ? Face aux problèmes ou aux questions qui se posent, comment se prennent les décisions ? (réunions collectives, assemblées ?)

-          La communication se passe comme à l’extérieur y a des gens avec qui cela ne va pas mais aussi non ça va. Y a une bonne communication entre femmes. Avant on  faisait des réunions rien qu’avec les femmes. On en a fait deux trois mais maintenant on en fait plus. Peut-être parce que y a beaucoup de femmes qui partent.

Pensez-vous que les femmes s’impliquent différemment que les hommes ? Ont-elles un rôle particulier ?   Non c’est la même chose.

Comment les hommes vous considèrent-ils ? Comment se passent les relations hommes-femmes, ici ?

-          Il y a beaucoup de respect des hommes vis-à-vis des femmes mais entre eux parfois ils se bagarrent.

Quelle place les femmes prennent-elles vis-à-vis de « l’extérieur » (journalistes, hommes politiques ? proprio ? voisins ? …)

-          Je sais pas je ne rencontre pas les gens de l’extérieur.

Que croyez-vous que l’extérieur pense des femmes dans une occupation ? (Les Belges? Les étudiants, voisins,...? Médias ? Politiques ? Autres ?...)

-          Je crois qu’ils veulent nous aidés mais ils ont peu de moyens. Ils nous soutiennent en règle générale

Est ce que vous avez des enfants?

-                                                          Non

De la famille en Belgique?

-                                                          Oui

Qu'est ce qui vous manque de votre pays?

-                                                          Ma famille et mon village.

 

Interview

 

Zoubida

 

ü      4ième Interview : Femme Marocaine porte parole des femmes.

Impression avant l’interview de l’étudiant : Via un membre de l’UDEP, j’avais en ma possession le numéro de GSM de Zoubida, ainsi que celui de sa sœur. J’ai d’abord laissé un message sur le répondeur des deux femmes. Aucune réaction. J’ai réessayé et là, j’ai enfin eu une réponse. Nous avons convenu de nous rencontrer (Zoubida et moi) le mardi 23 décembre. Arrivée sur place, je me suis adressée à une sorte d’accueil. Il m’a accompagné au fond du gymnase. Zoubida se trouvait (avec quelques autres femmes et des enfants) derrière un tissu coloré. Elle donnait le sein. Seule Zoubida m’a ensuite parlé en Français. Il y avait beaucoup de bruit, de vas-et-viens. Nombreuses ont été les interruptions. Je n’ai pas senti de pression.  

-          Pourquoi es-tu ici ?

-          On dit dans mon pays d’origine que « Personne qui trouve le bien dans sa maison, ne pars ailleurs le chercher ». Voilà pourquoi je suis en Belgique pour trouver une vie meilleure.

-          Comment t’es-tu retrouvée dans cette action ?

J’étais à la salle « Cosmos » où il y a une réunion chaque lundi pour les sans papiers. J’ai entendu qu’il ya aura une occupation au 133 ? à Ixelles. Donc j’étais là-bas avec tous les sans papiers. On a commencé là-bas puis on est ici à l’ULB.

C’est dans la rue où l’on distribuait des flyers que j’ai découvert les réunions de l’UDEP.  J’ y ai été trois fois à ces réunions avant de me lancer dans l’occupation du bâtiment de la société Electrabel.

-          Tu t’es dit que c’était une bonne idée ?

Oui comme je suis ici avec les enfants depuis longtemps, je me suis dit qu’en restant à la maison je ne recevrai rien surtout pas les papiers. Alors que si je bouge, ça va peut-être donner quelque chose pour moi et pour mes enfants. C’est pour cela que j’ai décidé de participer à cette occupation.

-          Qu’est-ce que tu attends de l’occupation ?

La régularisation de tous les sans papiers. Les demandeurs d’asile, les familles avec les enfants, les diplômés, de toutes les communautés. Tous veulent travailler et être régularisés.

-          Il y a beaucoup de femmes dans les réunions de l’UDEP.

Oui. Femmes et enfants.

-          Tu as l’impression qu’elles prennent part aux discussions ?

Oui tout le monde peut parler, s’exprimer sur tout. Sur ses sentiments (comment on se sent).

-          Tu penses qu’il faut certains critères (qualités) pour participer à une occupation ?

Non

 

-          Tu es arrivée seule ?

Avec mes enfants. Mon mari aussi est sans papiers.

-          Tu crois que tu aurais pu le faire sans être accompagnée par ton mari ?

Si tu viens tout seule ici, avec quatre enfants, tu ne vas pas t’en sortir : le travail, le loyer, s’occuper des enfants, … C’est incroyable qu’une femme puisse assumer ça seule. C’est bien que mon mari soit avec moi. On travaille, je m’occupe des enfants. On s’aide.

-          Ton entourage te soutient-il ?

Oui. J’ai beaucoup d’amis belges, d’amis marocains qui me disent que c’est bien de me lancer dans cette occupation, c’est une manière de m’exprimer, de faire entendre ma voix. C’est un peu le dernier recours après toutes les démarches que j’ai pu faire. J’ai frappé à toutes les portes. Je n’ai pas d’autre choix que de venir ici. C’est d’abord pour mes enfants. Ils sont scolarisés. Ils ont le droit de vivre, de recevoir la carte SIS (de bénéficier de la sécurité sociale), de recevoir les allocations familiales. Je n’ai rien de tout cela.

Cela ne serait pas normal que je reste dans cette situation irrégulière toute ma vie. Ils grandissent (10, 8, 6 et 5 mois), ils savent s’exprimer.

-          Raconte ton parcours.

Je suis née au Maroc. J’ai quitté le pays il y 9 ans. J’ai 38 ans.

Pour moi, c’était clair si j’avais la possibilité de quitter mon pays ne fût-ce qu’un jour, je traversais la mer et je ne revenais plus. C’était mon rêve. Je voulais vivre comme les jeunes femmes que je voyais de passage en vacances. Elles sont très chiques, elles parlent bien, elles sont libres.  Je me disais moi aussi je ferai comme elles. Que moi aussi, je vivrais ma vie comme je l’entends. J’ai donc demandé un visa. Ma demande a heureusement été acceptée. Il était valable un mois.

Arrivés en Europe (en Hollande dans ma famille), mon mari et moi, nos deux familles d’Europe se sont disputées. Mon mari et moi avons divorcé. Une partie de ma famille a immigré en Hollande. J’ai décidé de m’installer en Belgique. Comme je connaissais le Français, ma famille pensait que ce serait plus simple pour moi. Je m’y suis retrouvée seule avec ma fille de quelques mois. J’étais enceinte de mon deuxième enfant. Mon mari vivait alors en Espagne dans une partie de sa famille. Il ne savait pas à ce moment-là que j’étais enceinte. Quand je lui ai annoncé ma grossesse, au début, il ne voulait pas me croire. Ensuite, il refusait de me reprendre si je restais avec ma famille.

En fait, comme j’étais enceinte et que je ne connaissais pas du tout la Belgique. Ma sœur m’a aidé à m’installer. Et puis c’est le bouche à oreilles dans le réseau marocain qui m’a aidé à trouver un appartement, du boulot… 

Quand mon (ex) mari est revenu vivre avec moi en Belgique, on a fait une fête pour annoncer qu’on se remettait ensemble mais rien d’officiel.

 

-          Quelles sont les démarches que tu as déjà effectuées pour obtenir les papiers ?

Après la naissance de mon deuxième enfant, j’ai introduit une première demande. Réponse négative. C’était en 2001. La raison du refus c’est que l’Etat belge pense que je suis retournée au Maroc pour le divorce. C’est faux. Premièrement. J’ai quitté le pays avec en mains, un visa d’un mois. J’ai largement dépassé ce délai. Je n’aurais pas eu un nouveau visa. Deuxièmement. Retourner dans mon pays (Et revenir ici)  coûte de l’argent.  Je n’en ai pas. Et puis, je n’ai aucune envie d’y retourner. Sauf pour les vacances. Après la naissance de la troisième, j’ai fait la demande en 2003. J’ai souligné le fait que mes enfants étaient scolarisés, que moi je suivais une formation pour apprendre le Français et le Néerlandais. Que j’ai trouvé un travail. Bref, que nous étions intégrés. Demande refusée également. Après une thrombose dans la jambe, j’ai introduit une dernière demande pour raison médical cette fois. C’était en 2005. J’attends toujours la réponse.

-          Comment fais-tu pour gagner de l’argent ?

Je travaille au noir. Tous les sans papiers travaillent au noir. C’est normal. Au début, ce n’était pas facile de trouver du boulot. Comme personne ne nous connaissait. Aujourd’hui, c’est plus simple. On en trouve via notre entourage.

-          Tu fais quoi ?

J’étais diplômée au Maroc. J’étais couturière. Je voulais continuer à faire ça ici. Comme je n’ai pas encore mes papiers, je travaille en attendant dans le « nettoyage », comme cuisinière dans les fêtes marocaines. Mais je travaille aussi pour des familles belges. Par exemple, j’ai fait suivre ma grossesse à l’ONE. J’ai fait connaissance avec la secrétaire à qui j’ai parlé de ma situation. Elle m’a trouvé un premier travail après l’accouchement.

-          Quelle est la journée type ici dans l’occupation ?

C’est difficile… Chaque jour, il y a des nouveaux arrivés, des choses différentes à gérer. Je suis représentante pour les femmes. On organise chaque jour une réunion, aves les représentantes des huit communautés qu’on a déterminées. Il y en a plus mais on a décidé de se limiter au chiffre huit pour que le débat reste gérable. Ces réunions sont organisées donc chaque jour, à des heures différentes. En fonction de notre emploi du temps à chacune, on décide ensemble de l’heure.  Quand on se réunit, on parle de nous, de nos problèmes, du nettoyage, de la sécurité, de l’organisation au sein de l’occupation en général. Les enfants des femmes présentes dans l’occupation ne peuvent pas aller à l’école. Les femmes enceintes, vers qui se diriger quand on a besoin d’un médecin pour un enfant. Il s’agit de tous les problèmes rencontrés au quotidien. Tous les représentants des huit communautés (Maroc, Tunisie, Niger, Latino, Congo, Mauritanie Guinée, Algérie, Pakistan, Iran pas encore) doivent être d’accord pour qu’une décision soit prise.

Dans la salle de sport où nous sommes, les femmes se placent comme elles peuvent. Elles ne se regroupent pas par nationalités. En dehors de la séparation hommes-femmes, il n’y a pas d’autres sous-groupes (métiers, niveau de formation,…)

La langue de communication est le Français.

Au niveau du groupe d’occupants (hommes et femmes), il y a deux à trois jours par semaine, une assemblée générale.

Je reste ici la plupart du temps. Ce weekend, je suis rentrée chez moi, car la petite est malade. J’ai alors confié mes autres enfants à une amie. Sinon, tous mes enfants sont ici avec moi. Je ne travaille plus pour le moment.

-          Ensemble (hommes et femmes) combien êtes-vous ? Entre 500 et 600 environ. Les femmes sont environ 60.

-          Tu trouves cela important que les femmes soient représentées ? Oui. C’est formidable que la femme aussi parle et affirme sa présence. Ce n’est pas que l’homme qui doit se battre. La femme aussi a la force de se battre.

-          Les Femmes s’organisent-elles différemment des hommes ? Avec les femmes, c’est très facile. Elles sont très sensibles. Elles ne se disputent pas. Donc, c’est très facile de faire les réunions avec les femmes.

-          Quelles sont les relations hommes/femmes ? Il y a du respect. Comme des frères et des sœurs. Il n’y a pas de différence entre eux et nous. C’est d’abord les femmes et les enfants. Il y a beaucoup de solidarité aussi.

-          Y a-t-il des activités attribuées aux femmes (repas) ? Chacun fait à manger de son côté ? Comme on est nombreux, on ne peut pas servir tout le monde.

Les femmes aimeraient apprendre le Français. On attend que quelqu’un se porte volontaire pour donner cours.

J’ai parlé avec une association pour que les femmes de l’extérieur puissent venir ici et discuter avec les femmes de l’occupation. Ainsi elles pourront parler d’autre chose que des papiers. J’ai envie de faire de bonnes choses pour les femmes.

-          Comment es-tu devenue porte-parole des femmes ?

Quand on a été expulsé de la chaussée d’Ixelles, la presse couvrait l’événement. La presse est venue chez moi pour me parler. Par hasard, enfin je ne sais pas. J’ai parlé Néerlandais avec un journaliste du canal flamand. Ensuite, un autre journaliste m’a demandé de répondre à ses questions. Quelques jours plus tard, les journalistes demandaient de parler à Zoubida. C’est comme cela que ça a commencé.

J’allais vers les autres femmes, leur parler. J’ai gagné leur confiance petit à petit. C’est la confiance d’abord. Et le courage aussi. Les autres femmes ont peut-être plus de difficultés à s’exprimer par rapport à leur mari. Car moins de liberté. Alors que dans mon couple, ce n’est pas un problème. Parler le Français, ça aide aussi. 

-          Ton expérience acquise dans ton pays d’origine t’a-t-elle servi dans ce rôle de porte-parole ?

Non, j’ai tout appris ici. J’ai le courage ici, mais avant je ne l’avais pas. Maintenant vraiment, je suis une autre femme.

C’est lié à plusieurs choses. Le fait que je sois venue en Belgique représente une grande expérience dans ma vie. La souffrance dans la longueur me donne de la force. Le fait d’être maman de quatre enfants dans cette situation illégale me donne aussi du courage. Parler à la presse pour faire passer un message, c’est une expérience très riche pour moi. Je ne savais pas que j’étais aussi courageuse. J’avais peut-être moins l’occasion de m’exprimer avant. Mais là, je suis fière de ce que je fais. Y compris ici dans cette occupation. Je le dis et le dirai plus tard à mes enfants comme leur maman a été formidable. Et c’était pour eux, pour leur avenir. Même quand je serai morte, mes enfants doivent être fiers de moi parce que je n’ai pas obtenu les papiers facilement. Même dans la souffrance, je trouve cette expérience fabuleuse. Pour mes enfants aussi. Ce ne sont pas des enfants qui ont tout, tout de suite. Cela développe chez eux des qualités (patience, esprit…).

-          Donc, tu es plus impliquée que les autres ? Oui.

-          Il y a d’autres femmes comme toi ? Non.

-          Quelles sont les qualités qu’il faut pour être un bon porte-parole ?

Le pouvoir. Le courage. La confiance aussi. C’est très important d’avoir la confiance de tout le monde. Avoir confiance en soi aussi. Dire la vérité. Etre bien avec tout le monde.

-          Tes enfants comprennent pourquoi tu es ici avec eux ? Oui. Ils savent que je suis là pour eux, pour obtenir les papiers. Ils savent que si maman souffre c’est pour la bonne cause.

-          Et ton mari, quel est son rôle dans ce combat pour les papiers ?

On était ensemble à la réunion de l’UDEP. On a décidé ensemble de se lancer dans cette aventure. Comme le ministère n’a pas sorti la circulaire promise pour le 14 octobre, on s’est lancé. On ne demande pas de régulariser tous les sans papiers, mais bien les sans papiers longue durée. On espère que le soleil  se lève un jour. Nous aussi on aimerait avoir une voiture, une maison avec une chambre pour chaque enfant. Depuis qu’on est ici, toute la famille vit dans la même pièce. Ce n’est pas évident. On espère que notre rêve se réalisera ici en Belgique.

-          Ton mari, joue-t-il aussi un rôle de représentant ?

Non, il ne connaît pas les langues. Moi j’ai étudié le Français au Maroc. Mais c’est fort différent de parler en classe ou dans la vie de tous les jours comme ici. Mon mari n’a pas suivi d’études. Il vivait à la campagne. Il a appris le métier de boulanger sur le terrain et pas à l’école.

-          Toi, tu as appris le Français ? J’étais donc étudiante au Maroc. J’y ai appris le Français. Mais la langue est différente ici, j’ai l’impression qu’ici on parle le dialecte de la Belgique. Au Maroc, je parlais le Français pur. Au Maroc, je parlais juste en classe. Ici je parle dans la vie de tous les jours. C’est plus dur. J’ai pris des cours. 

-          As-tu un contact avec l’extérieur les associations extérieures qui vous aident ?

Le propriétaire, l’ULB, l’UDEP, les étudiants, le CAS (association de jeunesse)… En tant que porte-parole des femmes, je suis en contact avec eux.

-          Comment tu crois que l’extérieur pense des femmes dans l’occupation ?

Je pense qu’il y a beaucoup de femmes qui ne connaissent pas notre combat.

Hors micro elle m’a dit que c’était difficile pour un couple de vivre dans une occupation. Elle espère que ça sera le plus court possible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Interview

 

 

 Ben

 

ü      5ième Interview : Femme tunisienne

·         Âge    ; 38 ans 

·         Pays d'origine           : Tunisie

·         Situation familiale en Belgique et à l'étranger: Célibataire sans enfants,

·         Situation juridique: demandeur d’asile

·         Formation: Secrétaire

·         Profession : sans

·         Situation financière

·         Parcours migratoire: Tunisie --->  Belgique

      Questions liées à l'individu :

·         Comment s'organise votre quotidien dans l'occupation? Décrivez-nous une journée type?

A part les toilettes, je n’ai aucune activité particulière dans l’occupation. Les autres                                                                                         femmes s’occupent de leur famille et préparent de quoi manger. Moi je suis souvent dehors.

·         Avez-vous des activités extérieures? Si quelles sont-elles? Comment vous organisez-vous?

J’ai des activités lucratives hors occupation. Je rentre souvent le soir pour dormir ici et marquer ma présence.

·         Quels sont les points positifs de l'occupation?

Elle nous donne une existence et nous permet de constituer un groupe de pression pour soutenir notre demande collective de régularisation.

·         Rencontrez-vous des problèmes dans l'occupation? Si oui, comment les résolvez-vous?

Jusqu’à présent non. De toutes les façons l’ULB a désigné un responsable qui patronne un peu les choses ici.

·         Quel est votre rôle dans l'occupation?

Aucun rôle officiel. J’essaie de participer aux réunions et de donner mon opinion chaque fois. Je peux faire plus si on me le demande.

·         Comment êtes-vous arrivé à occuper un immeuble ? Pourquoi cette action plutôt qu'une autre?

Je suis ici en Belgique depuis 9 ans. J’habite en Flandre et j’ai mon appartement. J’ai tout essayé, même le mariage, sans résultat. J’ai appris par hasard qu’il y avait une organisation des sans papiers et je suis venue y adhérer parce que c’est mieux d’agir en groupe qu’individuellement.

·                     Quelles sont vos attentes?

J’espère qu’en agissant en groupe de pression, nous obtiendrons la régularisation  de notre statut ici c.à.d. les papiers comme réfugiés vu que le recours individuel aux différentes institutions officielles n’a rien donné. Même les avocats cherchent à nous escroquer.

 

·         Pensez-vous votre action juste?

Oui parce qu’elle nous permet de faire connaitre notre cause au grand public et de sensibiliser les autorités. On est souvent exploité quand on fait seul les démarches de ce genre. Cette action constitue mon ultime recours après avoir tout tenté pendant 9 ans. 

·         L'occupation est-elle un bon moyen pour arriver à bout de vos revendications?

C’est un moyen de pression comme un autre. N’ayant pas reçu l’action individuelle, il ne nous reste que cette action collective. Certains envisagent même la grève de la faim.

    Questions liées au groupe :

§         Y-a-il un leader dans l'occupation? Il y a des représentants élus par communauté qui travaillent avec l’UDEP.

§         Comment communiquez-vous? Il y a des réunions tant au niveau des femmes qu’au niveau de l’ensemble de l’occupation. C’est à travers elles que passe la communication.

§         Comment se prennent les décisions? Lors des réunions souvent en assemblée générale ou sont conviés tous les occupants.

§         Quel est le rôle de la femme dans l'occupation?  Il n’y a pas de rôle particulier réservé aux femmes, mais nous essayons d’affirmer notre présence en participant à toutes les activités.

§         La présence des femmes dans une occupation est-elle nécessaire, importante?

Oui. Elles sont une composante des sans papiers et doivent être représentées. Leur présence ainsi que celle de leurs enfants donnent du crédit au mouvement.

§         Que croyez-vous que "l'extérieur" pense de vous (les femmes dans une occupation)?

On reçoit quelques encouragements. Je n’en sais pas plus.

§         Comment vous organisez-vous entre femmes?  Il n’y a pas d’organisation propre aux femmes. Elles s’occupent d’elles et de leur famille et participent aux réunions quand les délégués le leur demandent.

§         Etes-vous nombreuses (majoritaire)?  Les femmes constituent une minorité dans l’occupation.

§         Quels sont les rapports des femmes avec l'extérieur (porte-parole, proprio, voisin, gouvernement, journalistes)? Les contacts avec l’extérieur passent par les responsables de l’UDEP qui collaborent avec les délégués.

§         Quels sont vos rapports avec les hommes? Vous sentez-vous écoutées?

Jusque là il n’y a pas de problèmes. Nos interventions lors des réunions sont prises en compte.

§         Quels sont vos rapports avec les autres femmes? 

Elles restent souvent groupées sur base communautaire. Tout semble normal jusqu’à présent.

 

 

 

Interview

 

Homme marocain

 

ü      6ième interview : Homme marocain, il est l’un des leaders du groupe.

 

·                     Combien de femmes y-a-t’il dans cette occupation?

Je n’ai pas de chiffre exact, mais elles représentent presque un quart du total.

                    I.Quel rôle jouent-elles dans l’occupation?

Elles sont membres du groupe comme tous les autres. Elles participent aux réunions et interviennent sans discrimination. Il n’y a pas d’activités du groupe qui soient réservées uniquement aux femmes.

                  II.Comment sont-elles représentées?

A l’assemblée générale toutes sont  invitées. Quant il s’agit de constituer une délégation, il y a une femme marocaine qui a été désignée pour les représenter. C’est elle qui porte leur opinion et défend au besoin leurs points de vue. Je pense qu’elle leur rend compte de tout ce qui se discute en délégation.

                III.Comment évaluez-vous leur participation au mouvement?

Importante et significative. Leur déléguée est très active et milite avec beaucoup d’énergie. Cela donne de la valeur à notre démarche.

                 IV.Avez-vous des problèmes avec elles dans l’occupation?

Jusque là non. Comme on est organisés en communautés, on a l’impression que les hommes veillent souvent sur leurs femmes et les protègent.

                   V.Y a-t-il quelque chose à améliorer de leur part?

Oui, plus de participation. Plus d’initiatives pour faire avancer nos revendications. Elles constituent une composante importante de notre mouvement mais peu sont vraiment actives.

 

 

 

 

Annexe 5

Observations

 

Observation des étudiants à propos de l’occupation

 

·     Observation d’une assemblée générale des sans papiers :

 

Le dimanche 11 janvier 2009,  j’avais rendez-vous avec Monsieur Wade, un sans papiers du groupe de l’ULB, pour recueillir auprès de lui les impressions de la gente masculine sur le rôle et l’action des femmes dans cette occupation (salle des sports de l’ULB).

Ce monsieur fait partie de la communauté mauritanienne dont il est le porte parole. Mais il est  aussi, d’après mon constat et les renseignements reçus, un des leaders du groupe global des sans papiers.

Je suis arrivé dans les installations de l’ULB aux alentours de 19h45. Monsieur Wade était en pleine conversation avec un groupe d’occupants dans la grande salle des sports et ne pouvait pas me recevoir immédiatement. D’autres petits groupes éparpillés dans les différents locaux étaient aussi en discussion assez animée.

J’appris par la suite qu’en ce moment là ils étaient en train de préparer une assemblée générale qui devait se tenir aux alentours de 20h00. Je me suis dit que c’était là l’occasion pour moi d’assister à cette réunion et de me rendre compte de la façon dont les choses étaient gérées dans une occupation.

Peu avant le début de la réunion, il y eut une dispute assez violente dans un coin de la grande salle vers l’entrée principale. Mon voisin de droite m’apprit que c’était assez courant au sein de la communauté maghrébine, je ne devais donc pas m’inquiéter.

Je remarquais qu’il y avait une centaine de personnes présentes éparpillées aussi bien dans le local d’entrée que dans la salle principale. On m’informât que la majorité des occupants était sortie depuis le matin pour participer à la marche pro palestinienne (ou anti-israélienne c’est selon) et qu’ils ne devaient pas tarder à rentrer.

La réunion commença aux alentours de 20h15 sous la direction du porte parole de l’UDEP. 

Bien qu’il fut question d’une Assemblée Générale, on pouvait remarquer qu’environ 2/3 des occupants présents y prirent part. Les autres membres, hommes et femmes, semblaient être  occupés à d’autres taches. Il fallut crier plusieurs fois pour que le rassemblement se tienne.

L’ordre du jour annoncé comportait plus ou moins les points suivants :

-     information sur l’agenda des actions du groupe (accomplies et futures),

-     évolution des dossiers individuels,

-     adresse actuelle des occupants,

-     dossier des soins médicaux d’urgence,

 

Ces informations furent données par le Délégué de l’UDEP complété sur le point 3 par le Délégué de l’ULB qui était non loin du lieu ou se tenait la réunion.

 

N’étant cooccupant des lieux, les détails développés dans cet ordre du jour ne retenaient pas beaucoup mon attention.

J’ai néanmoins retenu les renseignements suivants, sauf erreur:

-     des rencontres étaient programmées avec les dirigeants des partis politiques dans le futur proche. Des audiences étaient prévues avec le Premier Ministre et Mme la Ministre en charge du dossier des sans papiers,

 

-     les dossiers individuels des occupants étaient en cours de préparation et devront être remis rapidement à la Ministre pour soutenir la revendication. Les retardataires étaient encouragés à accélérer ce travail,

 

-     un accord a été obtenu par l’ULB auprès de la commune de Bruxelles Ville pour que les occupants utilisent l’adresse de l’ULB dans leur dossier officiel. L’information était donnée par le Délégué de l’ULB,

 

-     les occupants identifiés auront droit aux soins médicaux d’urgence en cas de besoin. Il suffira de présenter une certaine carte connue des occupants,

 

J’ai noté la présence de 11 femmes (surtout latinos) sur la soixantaine des membres participant à la réunion. Leurs questions étaient pertinentes dans la mesure ou il s’agissait surtout de demander de précision sur les sujets développés. La majorité des femmes maghrébines était restée dans le coin drapé.

Les multiples interventions des hommes avaient plutôt un caractère plus vindicatif et sortaient parfois du cadre défini. Les maghrébins étaient particulièrement bruyants.

J’ai également noté une participation que je qualifierai de très militante de la part de deux  femmes présentes à cette réunion (une tunisienne et une guinéenne). J’appris par la suite qu’elles étaient là à titre personnel et qu’elles ne comptaient pas parmi les déléguées représentant les femmes.

La réunion dura environ 1h00 et, comme on pouvait s’y attendre, les apartés ont tout de suite remplacé l’assemblée générale pour continuer à commenter les informations qui venaient d’être données. Ces apartés étaient encore en cours au moment ou je quittais les lieux vers 22h30.

Ma présence aux cotés du Délégué UDEP avait suscité un intérêt plutôt curieux de la part du grand nombre des participants. Beaucoup parmi eux m’ont abordé après la réunion pour essayer de connaître mon statut et par la suite me parler de leur situation personnelle et voir si je pouvais les aider.

Après l’assemblée générale, je me suis entretenu avec Mr Wade que j’étais venu voir au sujet du rôle des femmes. L’opinion des hommes qu’il m’a résumée semble aller dans le sens de ce que j’avais observé pendant le temps que j’ai passé dans cette occupation.  Les femmes participent à tout mais dans  une moindre mesure que les hommes. Quelques unes sont de loin plus actives par rapport à la majorité d’entre elles. J’ai eu l’honneur de m’entretenir brièvement avec deux d’entre elles.

Pendant que se déroulait notre entretien, une autre dispute intervint dans le même coin de la grande salle, mais elle laissa les gens pratiquement indifférents. Cela semblait indiquer que ce genre d’incident était courant parmi les occupants.

C’est au moment ou je quittais les lieux que bon nombre des occupants manifestants commençaient à revenir du centre ville. Certains cherchaient à s’entretenir avec moi, mais je ne pouvais plus le faire. Cela ne rentrait pas dans le cadre de ma mission.

 

 

 

 

 

 

 

·    Observations avant et pendant l’entretien de la femme Africaine sud Saharienne et de la femme marocaine de 24 ans qui ont eu lieu l’une après l’autre le même jour :

 

Première tentative d’entretien :

Mon premier entretien a été fixé par téléphone avec une dame dénommée Nana. Elle m’a été conseillée par un membre de l’UDEP. Elle est considérée comme une personne assez en retrait dans  le groupe.

Le rendez-vous est fixé pour 9h du matin. Arrivée dans le hall, dans lequel il n’y a personne sauf un homme  d’origine Africaine qui se trouve à l’entrée. Aimable, il répond à ma question et l’on se dirige vers la grande salle des sports. Avant d’y accéder nous devons passer par un petit hall, des couvertures sont tirées pour permettre à un  petit groupe une relative intimité. De ce petit aménagement de fortune s’échappe un cri de bébé et des murmures de femmes qui essaye de la calmer. Les cris s’entendent dans tout le bâtiment. La grande salle est plongée dans la pénombre tout le monde dort sur des matelas par terre alignés en  ligne  droite, à part les cris de l’enfant on n’entend rien.

Mon guide me dit d’attendre à l’entré et il se dirige au fond de la salle où d’autres couvertures on été suspendues pour éviter que cet espace soit vu aux yeux de tous. Il revient et me dit que Nana n’est pas présente.

Deuxième tentative d’entretien :

Je recontacte Nana qui me donne un autre rendez-vous un autre jour mais l’après-midi. A nouveau elle n’est pas présente, mais elle me donne le nom d’une autre femme Africaine Sud Saharienne dénommée Edith.

Je retourne à l’occupation pour rencontrer cette personne, mais je n’ai pas de rendez-vous, il doit être environ 17h.  Il y  a plus de monde à présent des gens sortent, rentrent. Dans le hall, je me redirige vers le groupe de personne sur la droite à l’entrée, d’origine Africaine. Ils m’expliquent qu’ils se sont placés là pour surveiller un peu les entrées et les sorties, les inscriptions des autres sans-papiers. Ils ont mis des gradins pour là aussi se créer un semblant d’intimité, ils ont une radio. Ils connaissent Edith. Ils veulent savoir quelles sont les nouvelles de l’extérieur ? Si on parle d’eux ?  Ils disent que c’est dur, fatiguant. Ils sont désolés pour  les étudiants à qui ils privent les cours.  Pour eux (les étudiants) ils essayent  que les lieux ne soient pas trop abimés.

On se dirige ensuite ensemble vers le grand hall. Arrivés dans le grand hall un homme s’approche. Il se présente, il s’appel Abdel, il veut savoir qui je suis, pourquoi je suis là. Par un interrogatoire très serré il essaye de savoir ce que je pense de la cause. Un homme passe avec une bouilloire contenant de l’eau chaude. Abdel lui donne l’ordre de verser de l’eau chaude dans sa tasse, l’homme s’exécute dans le silence. D’emblé il dit qu’Edith n’est pas là et qu’il y a très peu de femmes disponibles aujourd’hui.  J’ai l’impression qu’il me fait comprendre que je ne pourrais pas accéder à la place des femmes. Mon guide de la communauté Africaine c’est éclipsé. Abdel peu aimable devient désagréable lorsque je lui parle de l’UDEP. Il me dit qu’il n’a aucune affinité avec l’UDEP mais que chacun est libre d’avoir ses propres convictions. Je mets un terme à la conversation il me reconduit jusqu’à la porte de sortie.  Il veut que je le tutoie et me dit qu’il n’oubliera pas mon prénom.

Troisième tentative d’entretien :

Cette fois pour plus de sureté je donne rendez-vous à Edith par téléphone et en soirée.

Je  me dirige vers la grande salle, je croise énormément de monde tous me salue. Je demande à un jeune homme s’il connait Edith, on se dirige vers la salle de sport. A peine ayant fait un pas de la salle qu’à nouveau, Abdel se dirige vers nous. Il semble venir de nulle part. Il a à nouveau dans  les mains une tasse de café remplie. Le jeune homme s’éclipse me laisse seule avec lui.

Abdel semble plus calme  moins nerveux.  Je lui dis que j’ai rendez-vous avec Edith, Il me répond qu’elle n’est pas là. Mais sans que je lui demande quoi que se soit il veut savoir si ça m’intéresse toujours de rencontrer des femmes car il peut m’aider ! J’accepte, nous nous dirigeons vers le fond de la salle là où des couvertures et des paravents ont été placés.  Durant ce cours trajet, il me demande si j’étais fâchée l’autre jour, je lui retourne l’observation, il nie qu’il est sous pression pour lui c’est normal de savoir qui rentre dans cette salle, il me fait comprendre qu’il ne veut pas que n’importe qui rentre. Il ne veut pas  que des gens qui se moquent de leur cause rentrent dans la salle. Il refuse le voyeurisme mal placé. Il me fait comprendre qu’il y va de la protection de tous les occupants. Je vais dans le sens de son discours lui donne raison.

On s’arrête à l’entrée, de l’emplacement des femmes. Il me demande si je parle espagnol ? Je réponds par la négative, il semble ennuyé. Finalement, il interpelle quelqu’un pour aller chercher une femme, cette personne s’exécute immédiatement, une jeune femme sort de l’emplacement. Il me dit  que cette jeune femme répondra à mes questions. Il est sûr de lui. Il me présente à cette jeune femme qui se nomme Bouchra comme étudiante en journalisme. Je le reprends et lui dit que je ne suis pas étudiante en journalisme, il se retourne vers moi, il a à nouveau l’air  énervé il me dit que ce n’est pas du tout ce qu’il a compris le premier jour il sous-entend que c’est de ma faute si il y a une méprise, je clarifie ma situation et je lui dis même que ma profession de base  est assistante sociale (comme si je devais à nouveau me justifier en sa présence et que ma profession pourrait me valoriser dans ce contexte à ces yeux), il se calme. Finalement il me souhaite un bon entretien. C’est lui qui met un terme à la conversation.

Observation  durant l’entretien :

Je demande à Bouchra si cela ne l’a dérange pas que je l’interroge, elle me dit que non. L’entretien est sur le point de commencer mais finalement Edith  arrive, elle rentre dans la tente, elle me cherche. Elle a été prévenue de  ma présence. Je commence par interroger Edith. Nous sommes assises sur les matelas, il y a une télévision avec des dessins animés, deux petites filles la regardent. Les femmes ont disposée des tables, des chaises et des tapis. Nous sommes totalement isolées du restant de la  grande salle. Il règne un certain confort comparé à la dureté de la grande salle dans laquelle le seul confort qu’on donne aux gens est traduit par des matelas par terre. Il y a énormément d’aller et venue d’autre femmes maghrébines durant l’entretien. L’ambiance est très détendue, les femmes dansent, jouent, rigolent, font une petite vaisselle. Une femme me présente des fruits.  Il y a un espace pour les matelas mais en plus un espace pour se déplacer. On n’oublierait presque que nous sommes dans une occupation, dans une salle de sport. Edith m’explique lors de l’entretien que cette espace n’est destinée qu’aux femmes magrébines les autres femmes doivent dormir dans la grande salle avec les hommes.

Au milieu de l’entretien Edith regarde sa montre elle marmonne quelque chose, elle regarde ailleurs s’agite,  elle doit aller chercher le pain pour les occupants dans une heure dans une boulangerie qui n’est qu’à 5minute de l’occupation. Elle semble ennuyée hésitante de me demander si j’ai une voiture. Ce changement de comportement me trouble vu qu’Edith a répondu aux questions en étant sûr d’elle, aucune faiblesse n’est apparue dans sa voix même lorsqu’elle a évoqué des évènements assez pénibles de sa vie. Il est à noter que je me suis garée sur le parking et que des occupants m’ont vue me garer. Ont-ils prévenus quelqu’un qui a transmit le message à Edith ? J’accepte de l’y conduire, elle se détend on reprend l’entretien.

Je faits ensuite un entretien avec Bouchra. Edith c’est éloignée de nous pour ne pas écouter et nous laisser tranquilles, elle s’est assise sur une chaise. Aucune femme Magrébine ne lui parle ou ne lui prête attention. Au bout d’un moment elle me dit qu’elle retourne près du groupe d’africains dans le hall, elle m’y attendra. Elle quitte l’emplacement des femmes maghrébines.

Je continue l’entretien avec Bouchra. Seulement une femme venue de l’extérieur vient s’assoir près de nous vers la fin de l’entretien. De toutes les femmes Maghrébine présentes c’est la seule qui parle français, elle est Algérienne.

Les  réponses de Bouchra se font plus courtes en la présence de cette femme. A chaque question elle regarde avant de répondre la femme qui écoute notre conversation. Il m’a semblé que Bouchra voulait que la femme réponde à sa place.

L’entretien prend fin, dans la grande salle plus aucune trace d ‘Abdel.

 

 

Lettre des occupants au VLD

07-12-2008

 

Les occupants sans papiers de l’U.L.B. et de la V.U.B. au VLD

 

Chers responsables politiques ;

Il y a un mois que nous sans papiers, avons décidé de sortir de l’ombre pour revendiquer dignement et d’une manière pacifique notre droit à la reconnaissance humaine la plus banale, qui est, d’être régularisé.

Cela est d’autant plus faisable qu‘il y a un accord sur ce sujet avec une date définie qui n’a pas été respectée.

Nous tenons à vous rappeler que personne de nous n’a choisi ce sort que nous vivons et qui est très pénible; il y a parmi nous des papas, des mamans, des enfants en âge de scolarisation, des ados, des intellectuels de bonne volonté qui sont prêts à donner de leur mieux pour ce royaume.

Mais ce que nous constatons et qui est contradictoire à la vie humaine, est que même des prisonniers de graves délits sont traités mieux que nous; ils sont nourris, logés et vivent en sécurité.

Si une personne sans papiers ne travaille pas dans la clandestinité pour survivre, ce qui est humainement normal, elle vit une vie de chien errant; Il n’y a pas un chien en Belgique qui est sans papiers; comment se fait il qu’une personne peux rester 3, 4, 5, 10 voire parfois 15 ans dans ce royaume sans être régularisée?

Et la meilleure façon de contrôler l’immigration pour ne pas dire l’arrêter, c’est d’identifier ceux qui sont présents, à moins qu’il y ait une complicité passive avec les marchands de sommeil et les exploiteurs de travailleurs clandestins, ce qui est une atteinte à la politique financière du royaume.

Donc, puisque la politique est aujourd’hui une religion universelle, nous vous demandons à vous responsable du VLD de faire preuve de courage politique et de responsabilité pour la régularisation des sans papiers et la mise en application de l’Accord de gouvernement dont madame Turtelboom est responsable.

Nous savons nous sans papiers ; au delà de la crise nationale et internationale, que le peuple belge est très sensible à notre souffrance. Il est loin des querelles politiques et électorales.

Nous utiliserons tous les moyens pacifiques pour faire valoir nos droits ; mais vous conviendrez avec nous que dans une société occidentale comme celle-ci où, l’euthanasie est considérée comme un droit individuel pour mettre fin a sa souffrance, que le volet pour exprimer son droit est large jusqu‘à l‘extrême.

Si l’on considère qu’il n’y a pas de plus grande souffrance que celle de celui qui est rejeté par toute une société (à commencer par les responsables politiques), notre réaction pourrait être disproportionnée.

Vous êtes des intellectuels organiques, une force constructive, humanitaire et positive ; nous comptons sur votre bonne compréhension ; chacun de nous, de vous, est auteur de sa propre histoire ; faisons qu’elle soit constructive, réunificatrice et pleine de bons souvenirs.

Aidez nous, nous sommes EN danger nous ne sommes pas UN danger.

 

Les portes paroles sans papiers de l’UDEP-ULB & VUB.

 

 


 

 

 

 


Le Journal Sans Papier ferme boutique jusqu’à nouvel ordre...
Je suis le seul à l’animer. Ce qui ne permet pas d’embrasser l’ensemble du mouvement sans papier belge dans sa complexité et de couvrir correctement des point d’actualité internationale, sauf à dépenser une énergie que je  dois malheureusement employer ailleurs pour le moment.
Merci à tous d’avoir participé à sa rédaction par cette liste et aux personnes du mouvement
en général et de l’UDEP en particulier qui ont soutenu activement son initiative en participant
aux dernières émissions. En espérant que celles-ci, faute d’avoir mobilisé suffisamment sur le moment, serviront au moins à l’histoire du mouvement, lorsqu’elles seront disponibles en post-cast sur le site de la radio. Ce qui m’assure-t-on, ne devrait plus tarder.
A bientôt. La lutte continue.
Patrick

MERCI A PATRICK ET A TOUTES CELLES (ET TOUS CEUX) QUI ONT ANIMé et RéDIGé El Diario JourNal Sans PapierS sur RadiO PaniK, ce fut une expérience riche et votre travail fut extraordinaire au niveau de la qualité JoUrnalistique et Radiophonique.

Merci ET bonne routes dans Vos projetS.

L'UDEP (Union de défense des personnes sans papiers)

pour écouter le journal Sans Papiers cliquez ICI
http://www.radiopanik.org/spip/spip.php?rubrique96

 

Rapport de l'OCDE;

Il faut régulariser malgré la crise!

Jean-Pierre Garson, chef de la division des migrations internationales de l'OCDE

"Malgré la crise, les pays doivent continuer à intégrer les immigrés,
car ils font partie de leur économie"

LE MONDE | 25.02.09 |


e télescopage entre la crise économique et les courants migratoires inquiète les trente pays membres de l'Organisation
de coopération et de développement économiques (OCDE). Jean-Pierre Garson, chef de la division des migrations internationales
de l'institution, s'est vu confier la rédaction d'un rapport sur le sujet, prévu pour le mois de juin. 

Les travailleurs migrants sont-ils particulièrement frappés par la crise économique ?

La crise intervient dans un paysage singulier : ces dernières années ont été caractérisées par des flux migratoires très importants,
avec un regain de l'immigration de travail. Les immigrés ont largement bénéficié des créations nettes d'emplois
dans les pays de l'OCDE.

La crise inverse tout, selon la règle "dernier entré, premier sorti". Les immigrés sont plus touchés que les autres parce qu'ils
sont concentrés dans les secteurs les plus exposés, dans les qualifications peu élevées, les emplois temporaires,
les statuts précaires. Dans les premiers pays touchés, ils ont été très vite balayés.

Au-delà du chômage, quel est l'impact de la crise sur les migrations ? 

Certains prédisent une explosion du nombre de clandestins, une chute des migrations, la multiplication des retours au pays...
Tout cela est basé sur du vent. A ce jour, on a très peu d'éléments de mesure. Je crois qu'on ne peut pas s'attendre
à des retours massifs de travailleurs migrants, car la situation est pire dans les pays d'origine.

On a vu, dans les années 1970, que les immigrés ne rentraient pas chez eux. Dernièrement, l'Espagne a annoncé un
objectif de 100 000 retours, avec une forte incitation financière. Ils n'ont même pas 2 000 demandes...
Quant aux clandestins, la crise à elle seule aurait plutôt tendance à réduire leur nombre, en limitant
l'intérêt économique de la migration.

Beaucoup de migrants en Europe viennent de nouveaux adhérents à l'Union européenne :
Pologne, Roumanie... Y a-t-il une situation spécifique aux Vingt-Sept ?

L'élargissement de l'Union européenne a déclenché des migrations bien plus importantes que ce qu'avait prédit la Commission.
L'immigration au Royaume-Uni et en Irlande a très fortement augmenté, et des pays comme l'Espagne,
le Portugal ou la Grèce sont devenus des destinations pour les migrants à la recherche de travail.

En quelques années, les Roumains sont devenus la première nationalité étrangère en Espagne, devant les Marocains
et les Latino-Américains ! A l'heure où le chômage pousse les Espagnols à revenir vers les emplois saisonniers qu'ils
avaient abandonnés aux immigrés, le gouvernement a peu de marges de manoeuvre... 

Quel message voulez-vous adresser aux pays de l'OCDE ?

La crise est porteuse de racisme, de xénophobie. On entend des discours qui dérapent. Beaucoup de pays
ont durci leur politique migratoire, réduisant leurs quotas, se montrant plus sévères avec les clandestins, appliquant
strictement la préférence accordée aux chômeurs nationaux...

Nous voulons inviter les gouvernements à une analyse équilibrée. Leur rappeler que la croissance s'est faite avec
les immigrés, qui font partie de leur économie. Le vrai enjeu aujourd'hui, c'est de ne rien lâcher sur les politiques
d'intégration. Au contraire, il faut profiter de la crise pour mettre en place des politiques de formation, afin de mieux
utiliser les qualifications des travailleurs migrants ; permettre aux immigrés de passer d'un statut à un autre,
puisqu'on sait qu'ils ne repartiront pas. 

Pour l'OCDE, les pays développés doivent-ils rester des terres d'immigration, même en temps de crise ?

Oui. Certains besoins de main d'oeuvre sont structurels et résisteront à la crise, notamment dans le secteur de la santé,
le soin aux personnes âgées. En période de reprise, les immigrés apportent souplesse et dynamisme.
Restent ensuite les questions géopolitiques : on ne peut pas chercher des marchés et des matières premières dans
les pays en développement et leur fermer complètement la porte.

L'histoire des migrations a toujours été celle du donnant-donnant. Les pays occidentaux n'ont pas intérêt à voir
se développer à leur porte des situations explosives, qui entraîneraient une montée en flèche des migrations
incontrôlées : réfugiés, demandeurs d'asile ou clandestins.


Propos recueillis par Grégoire Allix

Article paru dans l'édition du 26.02.09


19/02/2009

Qu'avons nous fait pour éviter?

http://www.biobble.com/web/photo.php?biobble=h-82&photo=3170&size=50

12/02/2009

SANS PAPIERS/ TURTELBOOM ET VAN ROMPUY DOIVENT RENDRE DES COMPTES

TURTELBOOM ET VAN ROMPUY DOIVENT RENDRE DES COMPTES

Ce vendredi 13 février, les étudiants de l'UCL, de la VUB, de l'ULB, les personnes sans papiers occupant les universités et leurs soutiens, se rendront chez la Ministre en charge de l'Asile et de l'Immigration pour lui demander des comptes.

Départ à 10h15 du Palais de justice et arrivée à 11h30 chez la Ministre Turtelboom où une délégation sera reçue (Rue de la Loi, à côté du métro Arts Lois)

RÉPONSE DE LA MINISTRE PANTOUFLE:
Les occupations sur les campus universitaires ont pour objectif de faire pression sur le gouvernement et sur la ministre compétente (Annemie Turtelboom) pour, au minimum, faire appliquer l'accord de gouvernement.

La réponse de la ministre sur le blocage du dossier des sans-papiers sera donnée ce vendredi 13 février lors d’une rencontre entre celle-ci et les porte-paroles des personnes sans papiers.
hermanvanr300.jpgUn 1er Ministre capable de faire respecter les engagements du gouvernement ?

NOUVELLES OCCUPATIONS :
Le mouvement d'occupation des universités grandissant s'inscrit dans un vaste mouvement de solidarité universitaire, déjà vivace à  l'ULB, la VUB et l'UCL. Il risque fort de s'étendre au nord du pays si la Ministre refuse de respecter l'Accord du gouvernement ou si le premier Ministre qui s'est engagé à le faire respecter n'assume pas sa mission.

L'accord de gouvernement de mars 2008 prévoyait une clarification des critères sur base de trois principes: l'attache durable, le travail et la longueur des procédures. Cet accord est bloqué et remis en cause par le gouvernement depuis bientôt un an.
 
Les personnes sans papiers se trouvent dans une situation intenable, en l'absence de critères clairs de régularisation, la Ministre connaît cette situation et mesure sa responsabilité sans jamais démordre de ses positions pour tenter de faire avancer la situation. Cela fera bientôt un an que rien n'a été mis en œuvre dans ce dossier et que l'état du dialogue est au point mort.

"L’université se doit de réagir à cette mise à mal de notre démocratie, par la réflexion et le débat mais également par un soutien visible des membres de la communauté universitaire."(Communiqué de L'Assemblée des Étudiants de Louvain, AGL).

A 12h, après avoir entendu la réponse de la Ministre, les personnes sans papiers de l'UDEP iront rejoindre leurs partenaires syndicaux (CSC, FGTB) et Associatifs (Ciré, MOC, comités d'étudiants,...) afin d'évaluer avec eux la situation et de préparer la suite des actions (Occupations projettées à Gand et Leuven e.a.).
Nous y préparerons également l'interpellation prochaine du premier Ministre, Herman Van Rompuy.
 
Départ groupé à 8h45 ce vendredi 13 février à la gare SNCB de Louvain-La-Neuve
 
 
Les occupants des Universités VUB = ULB = UCL, l'UDEP

05/02/2009

COSOU (Comité de soutien aux occupants de l'UCL) et L'UDEP (Union de défense des sans papiers)/ cas ulb

weeza

Crisie, klimaat, LIEFDE?

Fête de la St Valentin à l'occupation de la VUB

De Sans-Papiers van UDEP VUB ULB UCL

    nodigen u uit om de avond van 14 februari met hen door te brengen in hun bezetting aan de VUB

Op het programma:  Filmvertoningen
 
Geluidsinstallatie (als die er komt)
    • Een hele avond lang free podium

Toegang gratis voor iedereen Tram 25, 24; Bus 95-96 (station Etterbeek) naast de halte van de Lijn PARKING  B

 

AGENDA POLITIQUE DES OCCUPATIONS ULB -UCL -VUB -

Fevrier 2009 - UDEP

manifllncamara

Action de protestation à l'UCL avec les étudiants, les habitants et le vice recteur Mr Reynders.

LUNDI 9 FEVRIER : Manifestation à 10h 30 au CD&V (rue de la loi/ métro Maalbeek). Délégation des occupants reçue à 12h00. Demande de rencontre au Ier Ministre.

VENDREDI 13 FEVRIER : 10h30 MANIFESTATION DU PALAIS DE JUSTICE AU CABINET DE TURTELBOOM.
Délégation reçue par le cabinet.

Assemblée Générale de tous les occupants ULB-UCL-VUB et de leurs soutien (Cosou UCL, Etudiants VUB, cas ULB, Citoyens,...) à 15h. Annonce des futures actions après l'Assemblée Générale.

AGENDA UCL - LLN
vendredi 06 : réunion d'informations à 12h45 à l'agora 14 sur l'occupation et la problématique des personnes sans papiers.

lundi 09 : lundi de la guitare à 22h à l'agora spécial sans papiers organisé par le kapodastre

mardi 10 : soirée contes à l'occupation avec le kap contes à l'occupation (à confirmer)

mercredi 11 : les sans papiers sont invités au match d'impro (UCL Vs ULB).

jeudi 12 : fête à l'occupation avec fanfare (à confirmer)

mardi 17 : projection du film "it's a free world" à l'occupation

jeudi 19 : conférence sur les droits des sans papiers organisé par le kot droits de l'homme en collaboration avec le comité de soutien
l'équipe activité
Martin 0473/38.54.42
Gérald 0472/90.36.92  INFOS : http://ucl-sanspapiers.skynetblogs.be

COSOU (Comité de soutien aux occupants de l'UCL)
et L'UDEP (Union de défense des sans papiers)